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Le "Nose Art" de "Black
Swan" |
Le matin du
1er Mai 1943 dix-neuf bombardiers B17, appelés aussi Forteresses
Volantes, décollaient de la base de Molesworth en Angleterre. Le B17, piloté
par le Lieutenant HAYES, eut quelques difficultés techniques pour suivre les
autres. Tous appartenaient au "303rd Bomb Group" et allaient rejoindre en
altitude le 91ème, le 305ème et le 306ème "Bomb
Group".
L'un de ces B17, du "427th Squadron", portait le N° 42-5780 et s’appelait "BLACK
SWAN". Il comprenait 10 membres d’équipage :
EQUIPAGE DE LA FORTERESSE VOLANTE B-17 F
N° 42 5780
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En effet, en
Mai 1943 la défense anti-aérienne Allemande (Flak) de la base sous-marine de
St Nazaire, qui abritait la 6ème et 7ème flottille de sous-marins Allemands,
était confié à la Vème Brigade de la Flak de la Kriegsmarine. Elle était
commandée par un stratège le Kapitän zur see Karl-Conrad MECKE. La Vème
Brigade était composée de plusieurs Bataillons d'Artillerie. Au Nord de la
Loire il y avait le 703ème, le 705ème Bataillons d'Artillerie de Flak Lourde
et le 820ème Bataillon de Flak Léger (dont une Batterie au Sud). Dans le
Pays de Retz, au Sud de la Loire, c'était le 809ème Bataillon de Flak Lourde
qui était chargé de la défense anti-aérienne avec ses 7 Batteries dont une
de projecteurs. Tout ceci représentait environ 80 canons de calibre 10,5 cm
dont la cadence de tir était d’environ 12 à 15 coups à la minute par canon.
Plus tard, ces Bataillons seront renforcés par des canons plus modernes de
12,8 cm Flak 40 comme ceux de Mindin (6ème Batterie 809 Marine-Flak) face à
St Nazaire. On comprend mieux le surnom de St Nazaire "Flak City" donnés par
les aviateurs Américains.
L’autre
danger important était la "Luftwaffe". En Mai 1943, la défense aérienne de
la Bretagne était confiée au "Gruppe III./JG 2 Richthofen" commandé par
l'Hauptmann Egon MAYER. Ce pilote de chasse abattra officiellement 102
avions dont 25 bombardiers quadrimoteurs mais il se fera tuer en Mars 1944
dans un combat aérien. L’Hauptmann Egon MAYER avait sous ses ordres 3
escadrilles : la 7./JG 2 commandée par l’Oberleutnant Ottfried PHILIP, la
9./JG 2 commandée par l’Oberleutnant Josef WURMHELLER qui étaient toutes les
deux basées à Vannes (Meucon) et la 8./JG 2 commandée par l’Oberleutnant
Bruno STOLLE basée à Brest (Guipavas). Tous les avions étaient des
Focke-Wulf 190 équipés de mitrailleuses et de canons de 20 mm.
La formation
était maintenant au Sud de Nantes et s’approchait de plus en plus de
l’objectif lorsque soudain la Flak ouvrit le feu en envoyant une pluie
d’obus. Le moteur N° 3 du B17 défaillant et l'avion touché par la Flak il
arriva ce que craignait tous les équipages de bombardiers. Le B17 de Jay
STERLING, qui était déjà le dernier dans la formation, commença à traîner et
à s’éloigner du reste du groupe.
Le "Gruppe
III /JG 2 Richthofen" avait décollé avec 21 Focke-Wulf 190 pour intercepter
la formation de B17. Ils entrèrent en action en mitraillant et envoyant des
obus de 20 mm qui explosaient dans le bombardier. Les mitrailleurs se
défendirent avec acharnement. Powell GRIFFIN avec ses mitrailleuses jumelées
de calibre 50 (12,7 mm) de la tourelle supérieure réussit à abattre un
chasseur Allemand qui s’écrasa près de La Chapelle-des-Marais. Le pilote de
la 7./JG 2, Paul ROSSNER, sauta en parachute mais se fera tuer à la fin de
ce mois de Mai 1943 dans un autre combat aérien. C’était l’enfer dans le
bombardier et le Lieutenant Harry ROACH donna l’ordre d’abandonner l’avion.
Un pilote Allemand de la 9./JG 2 tira un coup au but dans les réservoirs et
fit exploser le bombardier qui était à 5000 mètres. Cinq parachutes
descendirent mais un grand morceau de l’aile du B17 qui planait faucha le
parachute d’Harley FIELDS, le heurtant à la tête et le tuant sur le coup.
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Sur la dérive, on peut
encore lire le "sérial" du Black Swan |
Le B17
s’écrasa près du village des "Morandières" sur la commune de St Père-en-Retz.
Les Allemands inhumèrent les 6 tués, Jay STERLING, Harley FIELDS, Arthur
McCORMACK, Daniel CASHMAN, William WHALON et Jesse CLEAVELIN, dans le
cimetière du Pont-du-Cens à Nantes. Il n’y avait plus que quatre survivants.
Le Sergent
Powell GRIFFIN, tombé dans un champ, n’était pas allé très loin. En effet
il était gravement blessé aux jambes et brûlé au visage et aux mains. Il fut
transporté sur une civière par Paul GAUTIER et André MELLERIN, en compagnie
notamment d’Albert FOUCHER, Pierre GAUTIER et René MELLERIN, à la ferme de
"La Basse Bosse". Le Docteur Pierre MARGAT de Pornic, réquisitionné par les
Allemands, diagnostiqua rapidement ses blessures et donna les premiers
soins. C’était maintenant l’hôpital puis le camp de prisonnier (Stalag XVII)
qui l’attendait en Autriche.
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l'épave du "Black Swan"
photo Anselme LEDUC |
Le Lieutenant
John NEILL tomba près du village de "La Baconnière" à proximité de la route.
John NEILL avait une difficulté évidente à bouger son cou. Lors de
l’ouverture de son parachute, sa tête avait subit un choc violent. Il fut
secouru par Joseph MARIOT et Julien MOURAUD qui réussirent à soulager sa
douleur. Le point de chute étant situé près de la route de St Père-en-Retz à
Pornic, plusieurs Français arrivèrent rapidement sur les lieux. Un peu plus
tard John NEILL se cacha dans une haie. Il fut ravitaillé en fin
d’après-midi par Michel MAILLARD, de la ferme de "La Sévrie", qui lui donna
un morceau de pain et une bouteille de vin. John NEILL malgré ses blessures
fit plusieurs kilomètres, notamment en charrette, et se rendit dans la nuit
à Pornic. Il fut fait prisonnier par les Allemands le matin du 2 Mai 1943 à
la Gendarmerie de Pornic et subit aussitôt un interrogatoire. John NEILL,
après avoir été soigné, fut envoyé dans un camp de prisonniers à Sagan
(Stalag Luft III).
Le Lieutenant
David PARKER n’était pas blessé et il se cacha jusqu’au matin du 2 Mai. A
l’aube, mouillé et complètement endolori, il décida de s’approcher de la
ferme de "La Sévrie" qu’il apercevait au loin. Joseph ALLAIS qui se tenait
devant la porte lui permit d’entrer. Quelques minutes plus tard, il séchait
ses vêtements devant le fourneau et était réconforté par la famille ALLAIS.
Soudain deux policiers Allemands en civil entrèrent et l’arrêtèrent. Une
personne, un collaborateur, avait vu cet Américain entré dans la maison des
ALLAIS et avait prévenu les Allemands. Rien n’a été fait à la famille ALLAIS
mais leur ferme fut surveillée pendant longtemps. David PARKER fut emmené en
voiture, pour lui la guerre était finie. Il fut envoyé lui aussi au Stalag
Luft III avec John NEILL. Ce camp de prisonniers est devenu célèbre grâce au
film "La Grande Evasion".
Dans
l’après-midi du 1er Mai, ne trouvant pas tous les aviateurs, l’Oberleutnant
WOLF commandant la Feldgendarmerie de Pornic avait ordonné de prendre des
otages du village de "La Baconnière" et des fermes voisines. Pierre PORCHER,
Henri GLAUD, Michel MAILLARD et sa femme Constance PICOT, Constant PACAUD,
Julien MOURAUD, Jean MICHELOT, Joseph ALLAIS, Joseph MARIOT furent conduits
à la Gendarmerie de Pornic et interrogés par les Allemands durant une partie
de la nuit. Néanmoins ils furent tous libérés le Dimanche soir 2 Mai avec
soulagement mais NEILL et PARKER avaient été faits prisonniers.
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| Clément BRIDEAU |
Clément
BRIDEAU et Jean LERAY étaient occupés à couper du bois lorsque le Lieutenant Harry ROACH tomba, pas très loin d’eux, dans un petit pré bordé de grands arbres.
Clément se précipita pour l’aider car son parachute commençait à le traîner.
Son frère Pierre BRIDEAU, qui menait ses vaches aux champs, apparut aussitôt
pour l’aider lui aussi. Harry ROACH était tombé assez loin d’une route et il
eut aussi beaucoup de chance car son parachute ne s’accrocha pas aux arbres.
Un peu plus tard plusieurs personnes ayant vu le parachute descendre
entrèrent dans le pré. Ces Français étaient très excités en voyant cet
Américain et les discussions étaient enthousiastes. Pourtant Harry ne savait
dire en Français que ces seuls mots : "Camerades, Vive la France". Au bout
d’un moment tout le monde se dispersa. Il ne faut pas oublier que les
Allemands avaient vu eux aussi les parachutes descendre et l’endroit était
dangereux. Il y avait en plus près de la ferme des BRIDEAU un projecteur
Allemand de 150, appartenant à la 7ème Compagnie du 809 Marine-Flak, avec
plusieurs soldats Allemands. Les frères BRIDEAU se retrouvèrent seul avec
cet Américain. Tandis que Pierre rassembla ses vaches éparpillées, Clément
BRIDEAU emmena à travers champs le Lieutenant Harry ROACH à la ferme
familiale de "La Basse-Aiguillon" qui se trouve sur la commune de St
Michel-Chef-Chef.
Là dans le
verger caché par un champ de seigle Harry enleva tout son équipement
militaire : casque en cuir, combinaison de vol, bottes de vol isolées,
blouson d’aviateur, ceinturon, insigne d’officier, etc… Plus tard il fut
confectionné avec le parachute une robe en soie pour la petite Suzanne
PASGRIMAUD âgée de 7 ans. Elle porta cette robe à la communion de son frère
pendant l'occupation en Mai 1944. La mère de Clément et de Pierre,
Clémentine, apporta à l’aviateur de la nourriture et du vin. Elle soigna
également sa blessure au visage et la douleur dans son dos. Toute la famille
BRIDEAU et PASGRIMAUD entouraient cet aviateur pour le réconforter. Puis ce
fut le départ et Harry ROACH s’en alla par la route accompagné par Clément
BRIDEAU. Au bout de quelques temps ils rencontrèrent sur la route Léon
MORICEAU et sa fille Thérèse d’une ferme voisine que Clément connaissait
bien. Après une brève discussion et un au revoir chaleureux Harry s’en alla
seul. Néanmoins, malgré une pelle sur son épaule et une écharpe autour du
cou, Thérèse remarqua qu’il était trop bien habillé pour passer inaperçu.
Après avoir
parcouru environ 800 mètres, Harry rencontra un jeune garçon Joseph MONNIER
qui l’emmena chez lui. Là encore il fut réconforté et changea de vêtements.
Mais cette fois il fut habillé en haillons. Pendant qu'Harry essayait ses
nouveaux vêtements, une patrouille Allemande en side-car se faisait entendre
en bas de la route face à la ferme. Harry se cacha sous le lit mais le
side-car ne fit que passer. Ensuite Harry fut ramené près du village de "La
Baconnière" par le père MONNIER et il repartit seul en direction de la ville
de Chauvé, distante de 7,5 Km, qu’il atteignit le soir de ce 1er Mai. Dans
le bourg de Chauvé il fut remarqué, sans doute par son allure, par
l'instituteur Antoine TRIGODET qui l’emmena au presbytère. Antoine TRIGODET
frappa à la porte de la cuisine et demanda à Marie SEROT et Jean PEROUSSE où
se trouvait le Curé SEROT. La chance était avec Harry car le Curé
Jean-Baptiste SEROT faisait partie d’un réseau de résistance. Le réseau fut
activé et, avec l'aide de Madame Pol MICHAUD, le matin du 4 Mai 1943 Harry
ROACH quittait le Pays de Retz en bicyclette en direction de la ville de
Legé.
Harry ROACH
rejoignit Agen le soir du 8 Mai où il rencontra M. et Mme Jean THIBAUT et
le Père Patrick KELLY. Le 2 Juin il traversa les Pyrénées, en compagnie de
Jean SOUM, après de multiples péripéties. En Espagne, ce fut Esterri de Aneu,
Lerida, Madrid et Gibraltar. Le 4 Juillet 1943 Harry était en Angleterre
avec ses camarades.
Ce 1er Mai 1943, 7 Bombardiers B17 furent abattus et 73 aviateurs Américains
furent officiellement portés disparus en action. Beaucoup étaient morts et
les autres faits prisonniers. Un seul réussit à s’échapper : le Lieutenant
Harry ROACH. C’était le 44ème aviateur évadé qui avait rejoint l’Angleterre.
Le 1° B17 N° 42-5780 "Black Swan", celui de Jay STERLING, fut abattu à 11 h
24 par un Unteroffizier de 23 ans appartenant à la 9./JG 2. Ce pilote
survécut à la guerre et il décéda en 1987. L'un des autres B17 fut abattu
par l’Unteroffizier Paul RUMPLER, de la 8./JG 2, qui s’écrasa en mer juste
après entre 80 et 100 Km au Nord-Ouest de Brest avec son FW 190 A-5 N° de
fabrication 2685. Paul RUMPLER, âgé de 23 ans, fut le seul pilote Allemand
tué dans ce combat aérien.
Après la
guerre Harry ROACH continua sa carrière dans l’Armée Américaine comme
pilote. Malheureusement il trouva la mort en 1954 dans un accident avec son
avion en approchant de la piste d’atterrissage de Sioux City, la ville où
était né Jay STERLING.
En 1984 la
Municipalité de St Père-en-Retz, dont le Maire était à l'époque M. Jean
CHARRIER, fut la première à honorer la mémoire de ces aviateurs. Il faut
encourager et remercier toutes les municipalités, associations ou bénévoles
qui permettent d’entretenir le souvenir de cette période tragique afin que
les jeunes générations puissent mieux comprendre l'histoire et les
sacrifices consentis par ces jeunes combattants.
C’est avec
une grande surprise que le fils du Lieutenant Harry ROACH, qui s’appelle
également Harry, vint en France avec sa femme Jane sur les traces de son
père en 1984. Il y eut une cérémonie très émouvante pour se souvenir de ce
1er Mai 1943 et rendre hommage à ces aviateurs. Cette cérémonie eut
également un rebondissement car les deux premières heures du Lieutenant
Harry ROACH en France n’étaient pas très claires et sujettes à polémiques.
La semaine suivante le Directeur du "Courrier de Paimboeuf" M. Philippe
CAILLAUD écrivit "…la vérité est sortie de son puits dans toute sa
simplicité …" et il raconta succinctement les deux premières heures du
Lieutenant Harry ROACH en France avec les éléments connus à l’époque. Un
monument a été érigé aux Morandières à la mémoire des aviateurs du B17
42-5780 "Black Swan".
En 1985 ce
fut le Copilote John NEILL qui vint en France avec sa femme Dorothy. Il
rencontra notamment Joseph MARIOT qui l’avait secouru le 1er Mai 1943.
En 1997 la
famille du pilote Jay STERLING vint sur les lieux du crash pour se
recueillir au cours d'une cérémonie qui fut elle aussi émouvante.
Des très
nombreux témoins que nous avons pu entendre depuis 1984, Américains,
Français, Allemands, Irlandais, etc…la grande majorité est maintenant
décédée et il serait impossible aujourd'hui de raconter cette histoire avec
précision. Le dernier membre de l’équipage, John NEILL (co-pilote), vit
toujours en Californie.
Des photos du
B17 N° 42-5780 furent prisent le 1er Mai 1943, après l'arrivée des
Allemands, par Anselme LEDUC frère du célèbre aviateur René LEDUC.
Sur la
commune de St Père-en-Retz plusieurs avions ont été abattus dont le B17 N°
42-5780 piloté par Jay STERLING dont nous avons parlé. Un Bombardier
Lancaster de la RAF appartenant au 57 Squadron fut également abattu par la
Flak le soir du 2 Avril 1943 près de la ferme de "La Pichonnais". Les
moteurs du Lancaster sont toujours dans le champ où il s'écrasa. Les 7
membres de l’équipage, dont un Canadien, ont été tués et ils ont été
enterrés dans le cimetière du Pont-du-Cens à Nantes.
M. Charles
BAUD, qui habitait à St Père-en-Retz, passionné par l’histoire et l’aviation
a recueillit de nombreux éléments notamment de ces deux bombardiers. Il a
confié à l'Association "Les AEROPLANES" des éléments du B17 dont une partie
du stabilisateur portant encore la peinture Olive Drab.
éléments de l'empennage du Black Swan
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