Zone de Texte: Esprit : Sports et Olympisme . N°27 										20
Zone de Texte: PREMIER DE CORDEE
 Entre Récit Sportif et Philosophie Olympique

										        Christophe AIT-BRAHAM
Zone de Texte: Connaisseur ou pas : Premier de Cordée est le premier titre, voire l’unique qui est cité si l’on demande à 
quiconque de nous donner le nom d’un roman sur la montagne ! Et pourtant, Roger Frison-Roche, auteur de Premier de Cordée, n’est pas le premier grand auteur à avoir fait de la Montagne un personnage parmi 
d’autres, dans son œuvre.
Premier de Cordée (1941), titre clin d’œil qui ouvre en fait la voie d’une série romanesque ; un triptyque qui se compose de La Grande Crevasse (1948), et de Retour à la Montagne (1957).
Zone de Texte: Tout le récit de Premier de Cordée s’articule autour du courage, de l’exploit sportif, avec comme personnage central : la Montagne. La course en montagne se révélant être une parabole de la vie : « Pierre savoure la joie de la victoire remportée, double victoire sur la montagne et sur lui-même ; son âme est en paix et il monte avec la sérénité de quelqu’un qui est sûr d’atteindre désormais le but qu’il s’est proposé. Déjà, il ébauche de grands projets […]. »
La force physique n’est pas celle qui prédomine et qui ouvre toutes les voies vers les sommets : « Dans cette vallée [de Chamonix] où le sens de l’égalité est profondément enraciné, on ne juge pas les gens sur leur fortune, mais sur leurs qualités morales. »

En effet, la Montagne, lieu privilégié de toutes les divinités (à commencer par le bon vieux Zeus et sa famille, sur le Mont Olympe) se mérite. N’oublions pas que l’Européen a d’abord osé découvrir les Amériques, bien avant de s’aventurer sur les hauteurs du Mont-Blanc, avec tout de même deux siècles entre les deux !!!
« Ils repartirent […], et en quelques minutes atteignirent le domaine interdit aux gens des plaines. Ils pénètrent dans ce monde de glace et de granit avec la sécurité familière aux vieux coureurs de cimes. »

Frison-Roche décrit même cet espace naturel et parfois ô combien inaccessible avec une certaine religiosité. Et cette description nous renvoie aux images télévisées de ces sportifs, qui avant une course, un match, un combat, font un petit geste, un signe de croix, ou lèvent un regard vers le ciel… « Pierre, […] en face de lui, la chaîne du Mont-Blanc, qui s’exhaussait à mesure qu’il montait, a repris sa véritable dimension ; la coupole supérieure repose comme la voûte d’une cathédrale byzantine sur l’architecture compliquée des Aiguilles, amenuisées par la distance. C’est une forêt de pierres ou pilastres, tours, campaniles, lanternes qui s’enchevêtrent et se hérissent, émaillés de névés glauques. »

Les symboles sont forts et jalonnent toute l’œuvre de Frison-Roche ; ses personnages, « héros inconnus », 
construisent leur vie autour de leur projet d’ascension. Choisir une voie en montagne… c’est d’une certaine façon tracer sa route…. Prendre un cap… évoluer… progresser, comme le marin sur son voilier, le marathonien sur le 
bitume… « Leurs larges semelles bottaient dans la neige lourde et, lorsqu’ils levaient le pied, on en distinguait la forme, découpée à l’emporte-pièce sur le caillou. Leurs pas se dessinaient ainsi en noir sur la blancheur et la 
froidure de la montagne. »  

La trace, l’empreinte... les hommes préhistoriques, déjà, marquaient ainsi leur passage, de façon plus ou moins 
artistique, et gravaient pour l’éternité le repère ou le signe de leur propre existence. 
L’exploit sportif, des héros ou des anonymes ne serait-il donc pas une conquête de soi ? 
Je pense que Coubertin a très largement répondu à cette question, pour vous inviter à le relire !
« Conquérir » pourrait être défini par : chercher des limites, voir ses limites ! Frison-Roche, oh pardon, la Montagne nous le rappelle : « de temps à autre le Dru se venge, avale un grimpeur, par-ci, par-là, pour bien prouver qu’il est toujours une grande montagne […]. Un dernier attouchement de lumière vient colorer en rose la cime du Dru. 
De grands oiseaux noirs et crieurs volent en cercle […]. Les choucas au bec jaune sautillent et se querellent aux pieds d’une silhouette humaine, si l’on peut encore qualifié d’humain ce cadavre habillé de givre, dont les mains déjà momifiés se crispent toujours sur le rocher […] immobile sentinelle, le cadavre monte une faction éternelle, face au monde des cimes ; on dirait qu’il contemple, par-dessus l’embrasement de l’ouest, les au-delà mystérieux de l’espace. »