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Berlin. La nouvelle chancellerie.
Devant au bureau de Hitler, la salle de réception, dont les murs et le plancher gardent trace des tableaux et des tapis enlevés, meublée de meubles de jardin. Au mur une carte de la Grande Allemagne, l’Allemagne et les pays conquis et occupés sont en noir.
Entre Günsche, qui ôte de la carte l’Ukraine, les Etats Baltes, la Pologne, la Hongrie, la Tchékie, la Grèce, l’Italie, le Danemark, la Hollande, la Belgique, la France, puis une partie de l’Allemagne de l’Est, dont la Silésie, et une partie de l’Allemagne de l’Ouest, celle de l’autre côté du Rhin. Seuls restent en noir, en plus de l’Allemagne du centre, une partie de la Roumanie, la Norvège, la Courlande, une partie des Balkans, le Nord de l’Italie. Günsche va vers la double porte qui donne dans le couloir, et l’ouvre en grand.
Entrent 2 SS, qui se mettent à droite et à gauche de la porte, puis, Hitler, voûté, traînant la jambe, la main gauche en poche et Bormann, une serviette à la main. Günsche, reste au-delà de la double porte ouverte, la barrant.
Hitler.– Ca n’a rien pour me déplaire. Cette nudité me rappelle les chers taudis de ma jeunesse.
Hitler regarde la carte et va s’isoler près de la fenêtre.
Hitler.- (off) … Parti de Berlin dans le soleil étincelant de la gloire, 6 ans après, de retour, rideaux baissés, lumières éteintes, en train fantôme, parmi les trains de banlieue.…Tout est foutu …Ont-ils fait assez bombance, tous, ont-ils assez ripaillé, et au moment où le garçon présente la note, je paierai seul ? Ils cracheront avec moi, ces salopards. … ...L’espérance est un charlatan trompeur. Je ferai qu’ils espèrent contre toute espérance jusqu’à la seconde même où ils rendront l’âme… Mes chevaux, mes chiens, mes esclaves, mes femmes, mes enfants, mon Bormann, mon Berlin, mon Allemagne, je veux que tout aille, avec moi, avant moi, dans le trou. Je veux des funérailles nationales. ...(haut) Bormann?
Bormann.– Führer ?
Hitler.- Juste là, dites-moi ce que vous pensez que je pense.
Borman.– Je pensais que vous pensiez : du haut où nous étions, voilà où nous sommes tombés.
Hitler.- (off) Achève : dis que c’est moi le coupable, je tombe à genoux, je bats ma coulpe : Mon père, j’ai péché. C’est ma faute, ma très grande faute.
Bormann.– Le silence du Führer est assez parlant. Je sais bien que dans sa peur de nous froisser, il n’ose le dire.
Hitler.- (off) Il va oser. Fais ta prière, Adolphe. Tends-lui ton pistolet.
Bormann.– Son dégoût est tel qu’il lui répugne de dire le nom du coupable. Je le dirai à sa place. La faute de la défaite incombe,
Hitler.- (off) Je meurs.
Bormann.– .. .. au peuple allemand. Le peuple allemand est indigne de son Führer. Le peuple allemand est une chiffe molle. La route est trop pénible pour lui, entraîné par son sac, il s’affale lourdement au bord de la route. Mais le Führer peut compter sur ses fidèles lieutenants : au knout, nous allons le faire se lever et marcher.
Hitler.- (off) Quelle idée de génie ai-je eue d’avoir donné à ce fonctionnaire assoiffé de pouvoir la puissance absolue…(haut)… Briefing dans une heure.
Bormann.– A vos ordres. Hitler va vers la double porte. Günsche fait un signe.
Paraissent Greta Schroeder, Traudl Junge, portant chacune une petite valise, Morell, porteur d’une petite valise de médecin.
Hitler.- (allant vers elles, montrant Bormann) Après le ciel bas, chargé de nuages lourds de son front, que le bleu de vos yeux et le soleil de vos sourires, est une belle éclaircie, Mesdames. (à Günsche) Enfermée dans un QG austère, recluse dans un petit compartiment, fatiguée par un voyage interminable, votre fragilité a bien souffert. Günsche, je vous confie mes secrétaires. Gâtez-vous, choyez-vous. Vous êtes notre bonne santé, quand nous sommes malades. Les deux secrétaires s’inclinent et sortent.
Hitler.- (rappelant Günsche) Günsche, vous sortirez Blondi. Trop longtemps, trop cruellement, elle a été incarcérée dans le train, dans une cage. Faites-lui goûter dans le parc la liberté à laquelle elle a droit. Sort Günsche.
Hitler.- (emmenant Morell) Mon cher Hippocrate, il faut que je fasse appel à votre art (il sort sa main de sa poche, et la montre à Morell tremblante) Personne n’était plus maître de lui que moi, et personne ne l’est moins. Ma main vit d’une vie indépendante, ma salive coule aux coins de ma bouche, mon système digestif, à ma honte, fait des siennes. J’ai été tellement volontaire, que je ne peux même plus actionner ma volonté à n’être plus volontaire. Vous allez me choisir parmi vos poisons le contre-poison adapté. Sortent Morell et Hitler par le couloir. Bormann entre dans le bureau d’Hitler.
On entend la sirène de début d’alerte, puis des pas pressés qui descendent les escaliers, puis le bruit haut d’une escadrille de bombardiers, puis la sirène de fin d’alerte, des pas plus lents, qui montent les escaliers.
Entre Göring, rattrapé par Goebbels.
Goebbels.- (saluant) Reichsmarschal Göring.
Goebbels.– J’y pensais.
Göring.- (allant vers Bormann, faisant un Knicks) Révérende mère, nous autorisez-vous de nous entretenir avec sœur Adolphine, (montrant le bureau de Hitler) au parloir ?
Bormann.– Vous vous moquez de moi, Reichsmarschall. (les précédant, il ouvre la porte du bureau)
Entrent du couloir Himmler et Fegelein, Fegelein allant, venant en regardant.
Fegelein.– Führer.
Himmler.- (effrayé, de la main il lui fait signe de parler bas) Pas si fort. Le titulaire est chatouilleux sur son titre.
Himmler.– Wilhelm, vous seul m’aimez vraiment. Vous me portez une attention muette incessante, vous vous inquiétez d’une ombre sur mon front, d’une pâleur sur ma joue, d’un silence, d’une rêverie. Vous, au moins, je suis certain que Bormann ne vous ralliera pas à lui. . ..Vous avez quelque chose que je n’ai pas : l’art de plaire, avec quelques chose en plus, d’ingénu. Vous savez trouver le chemin des cœurs. Il se noue ici tant d’intrigues meurtrières, qu’il faut, pour ma sauvegarde, que je ne les ignore pas. Aimez-moi, Fegelein, acceptez.
Himmler.– Acceptée. Je vous rappellerai officiellement à moi. Le prétexte sera de vous donner du courrier secret à transmettre au Führer. Vous, de votre côté, vous me ferez rapport de ce qui se passe ici.
Fegelein.– Entendu. (Ils se serrent la main avec force)
Entre Bormann par la porte du bureau de Hitler. Il va vers Himmler.
Bormann.– Reichsführer SS Himmler, heil Hitler.
Fegelein.–(Fegelein fait le tour de Bormann, appréciant.) Ah oui oui. Oui oui oui, oui oui.
Fegelein.– La lutte pour le pouvoir n’est pas un concours de beauté, on n’y trouve pas de Miss Allemagne, je pensais. Je m’attendais à trouver un nez écrasé, un front bossu. (s’inclinant)Je m’aperçois que je me trompais.
Himmler.– Il ne s’embarrasse guère de protocole. Excusez-le.
Bormann.– Cette spontanéité me change de tous ces calculateurs, qui tournent sept fois la langue dans leur bouche.
Bormann.– Apprenez que votre plaisir sera partagé, jeune homme.
Bormann.– (l’invitant) Reichsfuhrer.(souriant, à Fegelein) Si vous voulez bien attendre.
Bormann invite Himmler à entrer dans le bureau. On entend des bruits de bottes, Bormann ferme la porte du bureau sur Himmler, et va vers la porte du couloir. Fegelein va s’asseoir sur une chaise de jardin.
Entrent le général Guderian, chef d’Etat-Major, le général Krebs, le général Burgdorf.
Guderian.– Reichsleiter, heil Hitler. (présentant) Général Krebs, mon adjoint. Général Burgdorf, adjoint du général Krebs. Tous trois s’inclinent.
Bormann.- D’après les résultats passés, Général, je me fie, figurez-vous, plus à lui qu’à vous. (l’invitant à entrer dans le bureau de Hitler) Général. Guderian et Bormann entrent dans le bureau de Hitler.
Krebs.– Le général Guderian désapprouve le Führer, qui est son supérieur hiérarchique.
Krebs.– Bien qu’il soit mon supérieur hiérarchique, je désapprouve le général Guderian.
Burgdorf .– Et vous approuvez Führer. Vous serez promu à la place du général Guderian. Moi, comme je vous approuve et que vous approuvez le Führer, je serai promu à votre place. J’aime assez cette logique militaire.
Fegelein.– Lieutenant-colonel Fegelein, attaché du Reichsführer Himmler auprès de la Chancellerie. Heil Hitler.
Fegelein.- Avouez, Messieurs, officiers supérieurs, et ici, quelle chance on a.
Fegelein.– Payés grassement pour gagner, payés aussi grassement pour perdre, dans l’abri le plus sûr d’Allemagne : avouez que la fortune nous comble. Généraux quoi qu’il arrive : si nous gagnons, nous gagnons, si nous perdons, nous gagnons quand même, puisque nous gagnons quand même notre solde… ... (Burgdorf éclate de rire) .. .. Et puis, entre nous, connaissez-vous dans l’histoire de l’Allemagne, des généraux qui aient mieux fait que nous ? Au cours d’une même campagne gagner la Tchéquie, la Bulgarie, la Pologne, la Grèce, le Danemark, la Hollande, la Belgique, la France, et dans la foulée, reperdre la France, la Belgique, la Hollande, le Danemark, la Grèce, la Pologne, la Bulgarie, la Tchéquie. N’est-ce pas beau comme tout ? Au cours de la même guerre, vainqueurs à l’endroit et vainqueurs à l’envers : non seulement, nous avons été victorieux de notre côté, mais aussi victorieux en face. Comme le dit notre brillant stratège, : victoire totale plus défaite totale égale guerre totale. Que ne peut le génie allemand, avouez.
Burgdorf éclate de rire, donne un coup de poing amical sur le bras de Fegelein, pendant que Krebs a gardé le sourcil froncé.
Burgdorf.- (à Krebs) Général, on n’a pas tellement l’occasion de rire. C’est de l’humour anglais.
Burgdorf.- (montrant Fegelein) Dites donc vous avez là un fameux lascar.
Bormann.- (souriant) Il vous plaît ? J’en suis heureux. (aux deux généraux) Je vais vous conduire dans vos chambres, dans le bunker.
Saluant Fegelein, Burgdorf, Krebs et Bormann sortent par le couloir. Fegelein va à la fenêtre.
Au bout d’un instant, entrent timidement Eva Braun et Gretl Braun.
Eva Braun.– Vous vous caricaturez vous-même, lieutenant-colonel. Vous en êtes.
Fegelein.– Pardon, si j’ai fait ma cour, c’est pour arriver au plus vite au sommet. J’ai cherché comme eux un haut grade, mais à leur différence, c’est pour n’avoir plus à l’exercer. Je déteste commander autant qu’obéir. Qu’est-ce que suppose commander ? S’assurer sans cesse d’être obéi : la barbe. Il est vilain de forcer quelqu’un de faire quelque chose malgré lui. J’ai horreur de brutaliser autant que d’être brutalisé. Il n’y a qu’une chose que j’aime : c’est aimer et être aimé. Je n’ai grimpé l’échelle de Jacob, que pour accéder à l’Olympe, résidence des dieux, (faisant une révérence) et des déesses. La vérité est que je ne suis pas fou des Messieurs, mais de leurs dames.
Les yeux de Fegelein vont d’Eva à Gretl, de Gretl à Eva.
Fegelein.– J’aurais deviné qu’elle avait paru avant vous : elle a été le brouillon. (Il fait la révérence) Puis est venu le propre. Eva Braun, riant, lui rend sa révérence. Entre par le couloir Bormann.
Eva Braun.– Approximative.
Bormann.– Ce jeune homme charmant est le lieutenant-colonel Hermann Fegelein, attaché du Reichsführer Himmler auprès de la Chancellerie.
Bormann.—Wilhelm, Eva Braun, l’amie du Führer.
Eva Braun.- (faisant la révérence) La tendre amie. L’amie de cœur.
Eva Braun.– Ma personne vous a plu, non mes relations. Ma personne s’en est trouvée flattée.
Eva Braun.– Elle m’a trop plu.
Bormann.- (à Eva Braun) Le Führer m’a demandé de vous conduire à lui, dès votre arrivée, Melle Braun. Sortent Bormann et Eva Braun.
Gretl.– Mademoiselle.
Gretl.– Vous n’avez pas pris autant de précautions lorsque vous avez accosté ma sœur.
Gretl.– Je n’étais que le brouillon de ma sœur, disiez-vous.
Gretl.– C’est à elle que vous avez essayé de plaire.
Gretl.– Vous êtes un homme dangereux, que toute femme devrait fuir.
Gretl.– A la condition que vous ne m’interdirez pas de me défier de vous.
Bormann.- Vous ne perdez pas votre temps. Vous avez déjà vos entrées dans le gynécée. A voir comme facilement vous accrochez les atomes, est-ce que vous accepteriez de me servir ?
Bormann.– Le parti en ma personne a un œil sur chaque foyer allemand, à l’exception d’un seul, celui de qui vous savez. Souvent les révolutions sont des révolutions de palais. Voulez-vous être mon œil au trou de serrure du sérail ? Il est du devoir du grand inquisiteur de s’enquérir de la pureté de la foi nazie jusque dans le saint des saints.
Bormann.– J’en étais sûr… … A propos, le Führer ne s’oppose à ce que vous assistiez au briefing.
Tous.– Heil Hitler. Htiler se tait.
Il se met à la tête de la table, tous se mettent debout tout autour. Ostensiblement, il sort sa main tremblante de sa poche, regarde chacun avec attention, et la remet dans la poche.
Speer.–En évacuant la Bulgarie, la Pologne, la Grèce, la Silésie, les sources de nos matières premières se sont taries. Si de plus, nous évacuons la Roumanie, la source du pétrole se tarira aussi. En stock, en matières premières, fer manganèse, bauxite, pétrole, nous en avons, pour trois mois.
Goebbels.– N’a jamais été meilleur. La domestication de l’Allemand est parfaite. Nous avons réussi de faire de l’Allemand, ce que l’homme a fait de la vache et du chien. Bien que le Bon Pasteur ne songe qu’à l’égorger, le dépecer en gigots et côtelettes, le bon troupeau de brebis se presse avec amour contre son bon Pasteur. Si le bon Pasteur se jetait à la mer, tout le troupeau moutonnier se jetterait à la mer à sa suite, j’en suis certain.
Guderian.– Führer. Selon le rapport Gehlen, sur le front de l’Est, les Russes sont contre nous à 10 contre un. … Führer, nous ne suffisons plus. Non seulement nous n’avançons plus, mais nous n’empêchons plus ceux d’en face d’avancer. Nous nous épuisons dans un vain corps à corps… .... A sauter tout près à pieds joints, on ne saute ni bien haut, ni bien loin, mais en reculant, en prenant de l’élan, on décuple le saut…. ...Quand surviennent les temps de précarité, il ne faut pas hésiter, même si c’est avec un pincement au cœur, de puiser dans le compte épargne…(prudemment) ...Je demande que vous m’autorisiez à faire retraite, que vous me rappeliez les troupes allemandes qui occupent la Norvège, le Nord de l’Italie, les Balkans, la Courlande, et que vous ordonniez, à elles et à nous, de passer à la contre-offensive.
Hitler.– La Courlande, les Balkans, le Nord de l’Italie, la Norvège, rien que ça ? Pour l’apurement du passif, le chef de famille veut liquider le patrimoine ? Le commandant suprême veut que nous nous retirions des pays conquis ? Dirons-nous que ce que nous avons conquis, nous ne l’avons pas conquis ? Que ce qui est allemand ne l’est plus ? Trahirons-nous nos victoires et nos conquêtes ?... …Et non seulement cela, mais, en plus, le Chef d’Etat-Major Général demande à faire retraite. Le général a-t-il oublié ses cours de l’Ecole Militaire : qu’il y a plus de sûreté à se défendre qu’à faire retraite ?… .. Marcher à reculons, c’est marcher en ayant à la fois les yeux devant soi et derrière soi. On est moitié en avant, moitié en arrière. C’est le meilleur moyen de se ramasser une gamelle. Mr le Chef d’Etat-Major Général, les meilleures positions sont celles où on est.
Guderian.– Führer. Il se fait un terrible massacre de jeunes gens.
On frappe fort deux coups à la porte.
Hitler.- (hurlant) Rein.
Entre un radio, une depêche à la main. Hitler le regarde.
Le radio.- (lisant la dépêche) Prusse orientale. Le général Reinhardt, que les orgues de Staline hachaient bataillon après bataillon, pour ne pas devenir une bouillie sanglante, a tenté une échappée et l’a réussie.
Hitler.- (hurlant) Le général Reinhardt est limogé.
Paraît un deuxième radio, une dépêche à la main.
Hitler.- (hurlant) Le général Hossbach est limogé.
Paraît un troisième radio, une dépêche à la main.
Hitler.- (hurlant) Le général la Harpe est limogé. Sortent les radios.
Bormann.- (prenant note) Kaltenbrunner les traitera.
Hitler.- (à Bormann) Qu’est ce qu’il lui prend ?
Hitler.– C’était une tâche administrative. Où était son mérite ? C’est moi que visait l’attentat. Hitler tourne le dos à Fegelein. Fegelein, penaud, ramasse la vareuse, la brosse de la main et la rend à Burgdorf, en l’aidant à l’enfiler.
Fegelein.- (off) Aïe la gaffe. J’ai cru qu’il était comme tout le monde, que plus c’était gros, plus il l’avalerait. Le bougre est plus fin que je pensais. (haut, s’inclinant) Pardonnez-moi si je me suis laissé emporter.
Il sort.
Himmler.– (claquant des talons) La loyauté est mon honneur. Les SS et les Waffen SS sont votre ombre, Führer, derrière vous, à vos pieds. Ils mettent toujours leurs pas exacts dans les vôtres. Ils sont votre exacte silhouette à terre. ..Combattants des ténèbres, soldats obscurs, ils n’aspirent qu’à une chose : être reconnus et combattre au grand jour.
Himmler.– (claquant des talons) Les Waffen SS feront honneur au Führer.
Goebbels.– Le Führer me permettra de citer un de ses anciens principes : que dans toute guerre il ne doit y avoir qu’un seul front. Je rappelle au Führer l’exemple qu’il nous avait donné, qui lui avait si bien réussi. Je propose que nous essayions de signer avec l’Union Soviétique un deuxième pacte de non-agression.
Göring.– A l’Ouest, Führer ? Nombreux à l’Ouest, sont nos partisans : Quisling en Norvège, Mosley en Grande-Bretagne, Laval en France. Nous sommes le rêve des démocraties. Chacune aimerait un Hitler dans son pays. Elles et nous, sommes des alliés objectifs : nous avons un ennemi commun, les Rouges. Si nous leur tendions la main ?
Hitler.– Rein.
Entre un radio, porteur d’une dépêche. Hitler lui fait signe.
Hitler.- (éclatant de rire, à Göring) La réponse vous convainc, Reichsmarschall ? (à tous) Quelqu’un demande la parole ? Le briefing est clos. On entend à nouveau la sirène.... ... S’ils croient que je vais leur obéir, chaque fois que la sirène sifflera, ils se trompent. A partir de maintenant, je coupe le sifflet au sifflet. Nos briefings auront lieu dans le bunker. Rompez.
On entend des bombardements au loin. Tous se précipitent et sortent. Sortent les 2 SS.
Marlène von Exner.- (passant pommes de terre et carottes, les mettant dans la soupe, sortant la tarte du four) Comment cet homme peut-il tenir en se nourrissant de pommes de terre, de carottes, de flocons d’avoine, d’huile de lin, et de tarte aux pommes ? Comment peut-il se traiter ainsi à la dure ? S’ imposer un tel régime de fer ? Il ressemble à l’artiste qu’il a refusé d’être : on dirait qu’il se serre sans cesse la ceinture. Le plus puissant du plus puissant pays mange comme le crève-la-faim, qu’il a refusé d’être. Traudl Junge et Greta Schroeder mettent la table, posent une bouteille d’eau minérale la tête de l’assiette de Hitler, s’assiéent, attendent.
Hitler.– Bonjour, Mesdames.
Les trois.- Führer.
Il s’asseoit, puis elles, mais Greta Schroeder,ostensiblement, de côté.. Marlène von Exner lui sert sa soupe. Hitler observe Greta Schroeder, et mange.
Traudl Junge.– Il m’a écrit qu’il était bien où il était. Hitler.– Je regrette qu’il ne me regrette pas, parce que moi, je le regrette.
Un silence. Hitler ne quitte pas des yeux Greta Schroeder. Les trois mangent.
Christa Schroeder.– Je vous avais entendu. Si je devais en vouloir à quelqu’un, ce serait à moi. Il n’aurait tenu qu’à moi de présenter ma démission.
Christa Schroeder.- Tout regret serait mal venu. Il faut croire qu’entre les deux situations, être à vos côtés ou être la femme de cet homme, j’ai préféré la première.
Christa Schroeder.– Que je vous prie de me pardonner. Il est honteux de se laisser aller. Tristesse, c’est complaisance envers soi. Je ferai effort, je vous le promets.
Hitler.- (lui montrant la place en face de lui, Greta Schroeder s’y mettant, se levant à demi et s’inclinant) Soyez remerciée.
Un silence. Hitler avale. Les trois mangent, boivent, Marlène von Exner sert à Hitler la tarte aux pommes.
Marlène von Exner.– Si.. ..Dommage, Führer, dommage.
Marlène von Exner.– Que n’êtes-vous, Autrichien, avec l’Autriche, comme vous êtes avec moi, Autrichienne. (Hitler et les deux secrétaires mettent le nez dans leur assiette) Est-ce que vous vous souvenez, Führer ? Combien l’Autriche était follement amoureuse du bel Allemand, à la belle carrure, de la demeure d’à côté. Elle ne rêvait que d’une chose, épouser son voisin. Rappelez-vous le jour inoubliable de leurs noces. Hélas, le mariage passé, le mari s’est révélé tout autre : jaloux, soupçonneux, autoritaire, grossier, violent. On n’entend plus dans la maison qu’hurlements, bruits de coups… … Pourquoi, Führer, donnez-vous à l’Allemand en vous, le pas sur l’Autrichien ?
Marlène von Exner.- … .. . Ce qu’il ne sait pas, c’est que je triche. J’ajoute du beurre et de la crème. Ce qu’il aime, c’est ce qu’il croit qu’il ne mange pas.
Les deux secrétaires éclatent de rire. Puis elles débarrassent la table.
Marlène von Exner.– Je mets les formes.
Elles sortent.
2
Guderian.- (allant vivement à lui) Mr le Ministre des Affaires Etrangères. Mr le Ministre, rappelez-vous comme le feu avait mis de la peine à prendre : à force que vous avez alimenté, soufflé, fourgonné, il a si bien pris enfin, c’est devenu un tel brasier, que le feu s’est étendu à la maison. Ne pensez-vous pas que le moment est venu de l’éteindre ?… .… ...Il faut avoir ce courage entre les courages : celui de se faire humble. Avouer l’échec, abandonner l’entreprise et débuter autre chose, c’est la sagesse. Vous avez poussé le Führer tant qu’il gagnait : maintenant qu’il perd, acceptez de le retenir. Le devoir pour un liquidateur, c’est de sauvegarder l’entreprise, de maintenir l’activité et l’emploi : il est urgent de déclarer l’entreprise en cessation de paiement.. ...Sauvez l’Allemagne, Mr le Ministre, persuadez le Führer de négocier avec les Alliés.
Ribbentrop.– Savez-vous, général, quelle est la différence entre vous et moi, c’est que pour moi la fidélité au serment est encore un devoir. Ribbentrop entre dans la salle des cartes.
Peu de temps après.
La voix de Hitler.—(hurlant) Qu’est ce que j’entends ? Un Chef d’Etat-Major général, nommé par le Chef de l’Etat, dit au Ministre des Affaires Etrangères, que la guerre est perdue, et lui demande de convaincre le Chef de l’Etat de signer l’armistice avec l’ennemi ? La devise du soldat n’est-elle pas : vaincre ou mourir ? Son devoir n’est-il pas de se battre, jusqu’à ne plus pouvoir se battre ? (appelant) Général Guderian. Guderian entre dans la salle des cartes.
Hitler.- (off, le regardant en silence) Le parjure, la trahison ont été pour moi un mode de gouvernement. Voyons s’il suivra mon exemple. (haut) Vous m’avez juré fidélité pour la vie : la fin de vie est-elle comprise dans la vie ? Vous seriez fidèle dans la bonne fortune, et pas dans la mauvaise ? Le serment tenu dans des temps heureux serait trahi dans des temps difficiles ? Sans honte, un Chef d’Etat-Major général, trahit sa profession, sa patrie, son Führer : comment peut-il se regarder dans le miroir sans honte ? …(off) Je t’ai coincé, gothique. (haut) Votre courage a des problèmes de santé, général. Je le mets en congé de maladie. (à Krebs) Général Krebs, je vous nomme Chef d’Etat-Major Général, chef suprême des armées, en remplacement du général Guderian. Guderian claque des talons et sort.
Hitler.- (allant à la pôrte, hurlant) A l’avenir, quiconque dira que la guerre est perdue, sera considéré comme un traître à son pays, avec tout ce que cela signifie pour lui et pour sa famille. (off riant) Ca roule.
Hitler interroge Bormann de la tête, en montrant les chaises vides.
Paraît un radio, un message en main. Hitler l’interroge des yeux.
Hitler.- (hurlant) Et eux. La division Adolf Hitler : débaptisée. La VI° armée : insignes d’argent SS, uniformes noirs, arrachés. Général Sepp Dietrich, dégradé au rang de simple soldat. Toute l’armée, en feld-grau, aux arrêts de rigueur.
Radio.- (lisant le message) L’énorme pelleteuse russe a soulevé de sa large pelle dentée les armées de la Vistule du général Himmler, les a jetées sur le côté, et a passé.
Paraît derrière les radios, Himmler, boueux.
Entre Goebbels, une feuille à la main.
Hitler.– Que je m’abaisse à supplier le peuple ? S’il vous plaît, mon peuple, sois gentil, crois en moi un peu ? Si le Führer ne peut plus faire de miracles, croire en lui est une question de foi : est-ce à lui de ranimer cette foi, ou à ses disciples ? La seule tâche du Führer est d’être. C’est à ses disciples d’aller prêcher le monde. Je croyais que cela allait de soi.. .. La séance est levée.
La cuisine-salle à manger des secrétaires. Marlène von Exner, passant ses pommes de terre, ses carottes, les mettant dans la casserole de la soupe, puis sortant la tarte aux pommes du four. Entrent Traudl Junge et Greta Schroeder, avec leurs plateaux-repas. Hitler entre, le visage attristé, va vers Traudl Junge.
Traudl Junge.–Voulez-vous honorer sa mémoire ? Hans n’aimait pas qu’on parle de lui.
Marlène von Exner sert Hitler. Silence. Tous mangent, Hitler mange vite, pas très proprement. Marlène von Exner lui sert la tarte Hitler l’avale.
Hitler.– Melle von Exner, ne me désespérez pas. Vous rongez mon remords…(Un silence) ...Pour vous dire la vérité, à part moi, je me réserve d’y revenir. Pardonnez-moi. Hitler se lève, salue et sort.
Marlène von Exner.– Pour ton mari, nous partageons ton chagrin, Traudl.
Greta Schroeder.- (lui serrant les épaules) Nos vies sont des désastres.
Marlène von Exner- (qui ne cesse de regarder la porte) Et s’ils oublient de le libérer ?
Entre Fritz Dargès, Greta Schroeder fait un signe à Marlène von Exner : voyez que j’ai eu raison.
Traudl Junge.– Il paraît qu’on a fait la forte tête ? Est-ce que le rebelle sait que, si les barreaux sont de son côté, ils sont aussi du nôtre ?
Greta Schroeder.– Enfin quelqu’un décolle de la masse gluante. Au moins avec vous, on n’a pas les doigts qui collent. (Traudl Junge sourit)
Marlène von Exner.– L’obéissance est le ciment de la nation. Si chacun se mettait à désobéir, le bâtiment tomberait en ruines.
Marlène von Exner.– Cela me fâche, que vous ne voyiez pas les choses comme moi,.. .. mais je ne suis pas trop malheureuse d’être fâchée.
Fritz Dargès et Marlène von Exner restent assis loin l’un de l’autre comme ils étaient, parallèlement et ne se regardent pas.
Marlène von Exner.– Lorsque la cuisinière a fini sa gelée de coings, elle attend qu’elle ait refroidi, et puis elle penche un pot, pour voir si la gelée a pris. Il a suffi de certains quinze jours, pour que je m’aperçoive que j’étais prise.
Marlène von Exner.– Le silence est un hommage que la parole rend aux sentiments.
Marlène von Exner.– A la fenêtre du wagon, le regard suit distraitement les fils téléphoniques tendus le long de la voie, entre les poteaux : l’œil les suit, les fils s’approchent, s’éloignent, se rapprochent, se re-éloignent, mais ils ne se joignent pas, ils ne se touchent pas.
Fritz Dargès.- (se levant) Muet et aveugle, sa vue et sa parole ont désaltéré se soif. Le voilà remis.
Le bureau de Hitler, dont la porte est ouverte, les 2 SS étant de part et d’autre. Entre Bormann, tenant une feuille entre les mains.
Hitler.– (corrigeant) Mais périssent les principes plutôt que le faible du Reichsleiter pour la diététicienne du Führer.
Hitler.– Vous avez raison. Nous ne pouvons pas tolérer cela.…(après un silence) .. Renvoyez-la. Faites-le, vous. Qu’elle parte sur l’heure. Je ne supporte pas l’idée de la croiser dans le couloir. Imaginez si ses yeux fixaient les miens, quelle torture ce serait. Ils me crucifieraient. ... (Bormann s’éloignant)…Bormann. Lointains, les êtres sont des chiffres et des statistiques, proches, ce sont un visage, des yeux. Celui qui fait la loi, peut suspendre pour lui la loi. Lorsque Melle von Exner sera à Vienne, vous lui ferez donner un livret de pureté raciale à elle et à sa famille.
Le bureau de Bormann. On frappe, Bormann : herein, entre Marlène von Exner.
Bormann.- (allant et venant) Melle von Exner, je vous rappelle certain entretien lointain, au cours duquel, en me dominant, je vous ai demandée en mariage. Quelle n’a pas été ma stupéfaction : sans réfléchir de qui venait la demande et à qui elle était adressée, vous m’avez répondu que pour vous la saison de la jeune fille était la plus belle des saisons, que vous ne vous imaginiez pas témoigner à l’égard des hommes autre chose que de la camaraderie. Quand je vous ai demandé si vous ne vouliez pas un jour avoir des enfants, vous m’avez répondu, que vous imaginiez plus volontiers ne pas en avoir qu’en avoir, qu’assez de femmes pourvoyaient au remplacement des générations. Je vous laisse à penser le crachat à la figure que cela a été pour moi. La joue m’en tire encore.… ... (un silence) … … D’après mes sources, depuis quelque temps, vous témoignez envers certain, autre chose que de la camaraderie. Ce qui offense particulièrement le Reichsleiter, c’est que votre choix s’est porté sur un petit aide de camp, quelqu’un qui porte des manteaux, qui recule et avance des chaises, qui ouvre et ferme des portières. .. .. Quelque chose va vous contraindre de témoigner à l’égard de l’aide de camp la même camaraderie que vous aviez témoignée à l’égard du Reichsleiter. … … Soyez heureuse pour votre identité. Le parti a retrouvé trace des parents de votre grand mère. Hélas pour votre santé, ils étaient juifs… … Vous savez que pour cette espèce de contagion, la quarantaine est obligatoire. Par voie de conséquence, le Führer a ordonné que vous fassiez votre valise sur le champ, et que vous retourniez à Vienne dans l’heure. Sans livret de pureté raciale, vous savez d’autre part, dans quelle espèce de maison de santé, vous serez affectée, vous et votre famille. .. .. Vous pouviez penser qui, du Reichsletiter et de la cuisinière devait avoir le dernier mot..
Il lui tourne le dos. Sort Marlène von Exner.
La salle des secrétaires. Traudl Junge, et Christa Schroeder tapent à la machine. Entre Marlène von Exner.
Greta Schroeder.- (allant vers elle) Je savais que vous aviez une touche d’autre chose. Vous ne pouviez pas être de la même vulgaire race que Bormann. C’est confirmé. (elle l’embrasse)
Traudl Junge.– Ca, ça ne se fera pas, je vous jure. (elle ôte de la machine la feuille qu’elle était en train de taper, en place une blanche, et se met à taper) Devinez pourquoi certains sujets ne sont jamais abordés en notre présence. Il est trop soucieux de sa réputation auprès de ses secrétaires. Je tape la scène que vous avez eue avec Bormann, et je glisse ma lettre dans le courrier du Führer.
Greta Schroeder.– Marlène. Fritz Dargès ?
Rentre Traudl Junge, qui laisse la porte ouverte et attend.
Bormann.- (à Traudl Junge) Vous vous croyez hors d’atteinte, vous et votre famille ?
Traudl Junge.- (tout en tapant et lisant ce qu’elle tape) hors d'atteinte, vous et votre famille point d’interrogation
Elle attend pour continuer à taper qu’il continue. Voyant qu’il se tait, elle tire la feuille de la machine, se lève, va à la porte.
Traudl Junge.– J’attendrai confirmation de Melle von Exner.
Bormann.– Elle vous le confirmera… ... Patientez jusqu’à ce qu’elle soit à Vienne… … Je vous saurai gré.
Sort Bormann en s’inclinant.
Le bunker.
Göring.- (levant la main) Heil ! Longue vie à notre Führer.
Göring.- (sort un papier de sa poche) Führer, chaque année, un arbre s’élargit d’un cerne de plus, chaque année une couronne de plus s’ajoute à la majesté du tronc. Chaque année, l’homme est plus épais, plus entêté, plus obstiné d’une écorce de plus… … 56 ans sont faits de 50 et de 6. 50 ans est l’âge où l’homme se libère, l’âge où le génie se révèle : ç’a été l’âge où vous avez déclaré la guerre. 6 ans de plus, et c’est le chiffre de l’homme nouveau. Arrive la 6 ème, c’est l’âge où l’homme persiste et signe. .. ..Les Alpes, Führer, sont une forteresse naturelle, ses parois abruptes sont ses remparts, ses ravins et ses gorges sont ses fossés, ses grottes et ses cavernes sont ses souterrains, le Berghof est son haut donjon. Votre garde rapprochée vous propose de vous y emmener et de vous y défendre.
Bormann.– Führer, de l’alternative, prenons plutôt le parti opposé. Rentrons le périscope, immergeons, coupons les moteurs, vidons les ballasts, déposons-nous en silence sur le fond… … Autant il est difficile de se distinguer du commun, autant il est facile de s’y fondre. Autant il est difficile de sortir de l’obscurité, autant il est facile d’y entrer. Gommons nos signes particuliers, et nous serons comme tout le monde… .. Les Alliés n’ont qu’un but : vous faire prisonnier. Frustrez-les de leur victoire : quand ils auront pris le bunker, ils croiront que vous êtes pris, mais vous ne serez plus là. Jugez de leur rage : c’est comme s’ils avaient perdu la guerre pour rien. Sauvez Hitler et le nazisme : engagez la guerre de partisans.
Göring.– J’insiste, Führer, nous pouvons vous sauver. (il lui offre son cadeau) Bon anniversaire, mon Führer.
Hitler fait un signe à Günsche, qui prend le cadeau. Tous serrent la main de Hitler, Gûnsche prend de chacun son cadeau. Himmler se détache du groupe et s’avance vers Hitler, et lui tend son cadeau, qui a la forme d’une boîte.
Hitler.– C’est ?
Hitler.– On souffre ?
Göring.- (gêné) Vous me pardonnerez, si je vous quitte, Führer. Le service du Reich me réclame.
Hitler.- (off) Ne croyez pas que vous en réchapperez. Avec les traces de sang que vous laissez derrière vous, ils vous courront jusqu’à l’hallali. (haut) Speer.
Tous sortent.
Speer.– Comme une pièce de théâtre, une vie fait un tout, Führer : elle a un début, une suite et une fin, et la fin fait partie de la pièce, comme la suite et le début. Celui qui maîtrise sa vie, doit maîtriser aussi la fin de sa vie. .. .. Pensez aussi à une chose. Si vous n’êtes plus, vous ne serez ni pris, ni jugé, vous serez donc présumé innocent, mais si vous êtes encore, vous serez pris, jugé, condamné comme assassin, ennemi public n°1, tueur en série, honteusement pendu. Soyez dans la dernière forteresse, le dernier combattant, et vous vous survivrez immortel dans la mémoire des peuples.
Hitler.– Merci.
Hitler serre la main à Speer qui sort. (à Günsche) Günsche, je ne veux voir personne. Hitler rentre dans son bureau.
Dans le couloir central. Krebs, Burgdorf , Fegelein. Eva Braun va vers eux.
Fegelein.- J’aurais une proposition. Celui qui, dans un’immeuble laid d’une rue laide d’une banlieue laide, habite un logement laid, pour ne pas enlaidir en plus son dimanche, que fait-il ? Il s’habille, prend le tram, va au centre séjourner quelques heures dans les belles rues, les belles places, meublées de beaux palais, de beaux hôtels, de beaux magasins, et il aura embelli son dimanche… … Si nos corps et nos esprit changeaient d’étage ?…. … Si nous organisions un bal ?
Eva Braun.- (applaudissant) Génial. Allons jouer le beau jeu de la jeunesse et de l’amour : allons danser. La frivolité dans les moments menaçants est une marque de courage. Ouvrons un bal, en haut dans la grande salle… ...Bormann, occupez-vous du champagne, général Burgdorf des gâteaux, Günsche des verres, faites-vous aider par le général Krebs. Fegelein montez le gramophone et les disques : n’oubliez pas Blutrote Rosen erzählen dir von Glück. Je vais inviter les secrétaires et le docteur Morell.
Tous s’égaillent, pour finir par monter à la surface. On entend au loin de la musique de danse.
Paraît Hitler dans le couloir central. Il va au pied de l’escalier, écoute.
Hitler.- (off) Où est l’amour dont elle m’assurait ? Elle danse je sais bien dans quels bras : ne sait-elle pas qu’elle me torture ? Où est leur crainte ? Où est leur respect ? Ils ne savent pas que ma rage a encore quelques capacités de nuisance.
On entend hurler une sirène, les bruits d’une escadrille qui vole très haut, et, soudain une bombe exploser en haut, la poussière descendre l’escalier. Cris, pas pressés, la musique s’arrête.
Hitler.- (éclatant de rire, claquant des mains, sautant en l’air) Merci, Oncle Sam.
Hitler rentre précipitamment chez lui, on l’entend encore s’esclaffer, son rire s’éteindre, on entend des pas précipités dans l’escalier.
La salle des cartes. Hitler.Goebbels arrive en courant.
Entrent Krebs et Burgdorf.
Goebbels.– Enfin, chacun a en face non plus le portrait de la fiancée, mais la fiancée en chair et en os. C’est le mariage de la carpe et du lapin : parions que le lapin n’ait pas envie de baiser la carpe.
Le radio.- Führer, les Russes ont pris Vienne.
Le deuxième.– Führer, les Américains ont pris Essen.
Hitler.– (à Krebs) Il y a un risque que l’Allemagne soit coupée en deux. Téléphonez à l’amiral Doenitz que je lui confie la moitié Est de l’Allemagne, au maréchal Kesselring la moitié Ouest.
Sort Krebs.
Entre le deuxième radio.
Hitler.- (off, applaudissant, levant la tête vers le ciel) Magnifique. Que ça me plaît. Détruisez tout. Rasez tout. Que les villes allemandes ne soient plus que des tracés de rues entre des éboulis de pierres. Donnez-vous en cœur joie. Que l’Allemagne ne soit plus qu’un tumulus, un cairn, qu’une nécropole. Qu’elle soit un Pompéi sous 5 m. de terre. Qu’elle ne soit plus qu’un chantier pour archéologues. Le radio le regarde, sans mot dire. Nous la reconstruirons de neuf, soldat.
Entre Burgdorf.
Hitler.–(off) Ne pas le laisser penser. (haut) Allons étudier les cartes. Sortent Hitler, Burgdorf vers la salle des cartes.
Couloir central. Goebbels est resté dans le couloir central.
Dans le couloir, Fegelein attendant. Gretl Braun descendant de l’extérieur.
Gretl.– Wilhelm, votre plaisir a conçu lui-même votre déplaisir. (embarrassée) Il n’a pas été nécessaire de trop m’aimer, vous n’avez que trop bien réussi. (baissant les yeux) J’attends un événement qu’on dit heureux.
Bormann.– Les Gauleiters, chefs du parti nazi dans les Länder, commencent à douter. A l’Est et à l’Ouest, il y a un certain chaos, et ils laissent faire. Si la tête doute, comment convaincrait-elle le corps à tenir ? Les hommes de foi douteuse ont besoin, comme St Thomas, de toucher les plaies de leurs mains. Vous devriez ranimer leur foi
Plus tard . Dans la Nouvelle Chancellerie, la grande salle, relativement épargnée. Les Gauleiters, moroses, entrent. Entre Hitler, voûté, le pas traînant, la main tremblante.
Hitler.– Gauleiters. Certains d’entre vous, en 1ère ligne, inquiets, s’interrogent : que fait l’arrière. Quoique secret, pour dissiper leurs inquiétudes, je vous dévoilerai ce que fait l’arrière, à condition, qu’en retour, vous me juriez de garder le silence, tellement la surprise, en guerre, est un facteur décisif. Dites : nous jurons.
Hitler.– Je vais vous dévoiler le secret du secret. Apprenez que, dans nos usines souterraines, nos ingénieurs et nos ouvriers travaillent d’arrache-pied à la fabrication: pour la Kriegsmarine, de deux sous-marins, équipés de schnorchels et de radars, un lourd de type XXI, un léger de type XXIII ; pour la Luftwaffe, d’un chasseur Me 110 au radar intégré, d’un bombardier Me 262 propulsé par deux moteurs à réaction ; pour la Wehrmacht, de deux blindés, un char lourd Tiger, un char léger Panther ; je n’oublie pas les fusées à longue portée V2, chargées de bombes, qui montent jusqu’à la stratosphère. Comme un orage dans un ciel d’été, je veux frapper massivement, au moment où l’ennemi ne s’y attend plus, le coup le plus définitif possible. Chaque jour de plus où vous résisterez, sera un jour supplémentaire pour la fabrication de notre puissance de feu. C’est celui, de nos ennemis ou de nous, qui remportera la dernière bataille qui gagnera la guerre. N’oubliez jamais que tout sera sauvé, à la minute peut-être où penserez que tout est perdu. .. (se levant) Sieg heil.
Tous.- (debout, vibrant) Sieg heil.
Tous.- (vibrant) Heil Hitler.
Traud Juge.–Il s’est inventé, créé, mis au monde, à lui seul, tout seul ; tout seul, à lui seul, il nous a inventés, créés, mis au monde. Il nous a créés de rien, il nous sauvera du rien. Dans la situation la plus désespérée, il est toujours parvenu à faire un miracle. Il faut croire en lui. Entre Hitler, deux feuilles en main.
Traudl Junge.–Parce que vos secrétaires ont pour toutes armes une machine à écrire, et qu’elles sont des femmes, vous les croyez assez lâches pour vous abandonner ?
Hitler.– Je sais ce que vous pensez de la situation. Vous qui vivez près des choses, on ne vous en fait pas accroire. Je confirme ce que vous pensez : la guerre est perdue.
Hitler.– Je suis ce que vous avez bien constaté que je suis un homme comme tout le monde. Je suis certain que vous m’avez toujours donné les proportions normales, les humaines. Je vous avoue que cela ne me déplaît pas de me reconnaître devant vous comme votre égal.
Hitler.-Vous avez choisi librement de finir avec moi, je veux vous prouver ma reconnaissance. La décision de finir est déjà éprouvante, je veux vous ôter ce qui fait qu’elle est insupportable : la fin elle-même. (Il sort de sa poche deux étuis) L’acte de la fin sera si bref, que ce sera comme s’il n’était pas. Il leur donne, elles prennent.
Hitler.- (montrant sa main tremblante) Avec ça ? Je ne peux même plus tenir un pistolet. Et si je suis blessé, est-ce que suis sûr de trouver quelqu’un qui acceptera de m’abattre ? Je ne peux pas courir le risque de tomber vivant entre leurs mains. Hitler sort.
Traudl Junge.- (jetant l’étui, dans la poubelle) Des clous, mon ami. Gardez votre mort aux rats pour vos gros rats gris d’égout. Je laisse filer votre train vers le terminus, moi, je descends.
Elles sortent.
4
Burgdorf.– Avant le regard embrassait toute l’Europe. Maintenant, l’œil distingue les Berlinois aux balcons. Ce qui veut dire que l’avion est en train de s’écraser.
Krebs.- Vous avez mauvais esprit, Burgdorf.
Entre Hitler. Entre Bormann, porteur d’un télégramme.
Hitler.–(haussant les épaules) Grand bien lui fasse.
Hitler.– C’est vrai. (décidant de se mettre en colère, haut) Gros porc. Fat fat. Quand nous, nous implantions des colonies à l’Est, le gros triplait ses colonies de lard à son Sud. Lesté de graisse à fond de cale, il a été à la fin tellement plus lourd que l’air, qu’il n’est plus arrivé même plus à décoller. Télégraphiez : En raison de sa trahison, le Führer prive le Reichsmarschall Göring de ses droits de succession. Il ne le condamnera cependant pas à la peine capitale, s’il se démet de ses grades et fonctions pour raisons de santé. Réponse immédiate exigée. Sort Bormann.
Hitler.– (éclatant de rire) L’éleveur de poulets s’est poussé une crête, il se veut coq. Il a arraché une plume à son croupion et s’en est fait un panache à sa casquette. Il devrait savoir que rien n’est plus difficile que de nettoyer des taches de sang.
Bormann.- (lisant le premier) Le Reichsmarschall Göring s’est démis de ses fonctions.
Hitler.- (à Krebs) Convoquez le général d’aviation Ritter von Greim. Je veux le nommer chef de la Luftwaffe, à la place du traître Göring.
Sortent Krebs, Burgdorf. (off) Bourrer le mou. Bourrer le mou. Il sort.
Plus tard. Le bureau de Hitler. Hitler, à son bureau rêve devant la maquette de Linz. On frappe, entre Günsche.
Günsche.– Le général de la Luftwaffe Greim vient d’arriver, Führer. Son pilote Hanna Reitsch demande à être reçue.
Hitler se lève. Entre Hanna Reitsch.
Hitler.– Hanna Reitsch a bien fait.
Hitler.– (la relevant) C’est une chose, hélas, à laquelle, je ne peux pas me résoudre. .. .. Je n’ai jamais quitté l’Allemagne, Hanna. Il ne s’est pas passé un seul jour de ma vie, que je n’aie entendu parler allemand. Chez soi, la nuit venue, dans le noir, on n’a pas besoin d’allumer la lumière, on ne risque pas de se cogner, on sait la place de chaque chaise, de chaque table, de chaque commode : en Allemagne, je connais par cœur mes Allemands : je sais exactement à quoi m’en tenir avec chacun. A l’étranger, qu’est-ce que je serais ? Un émigré : ignorant de la langue, des lieux, des gens. Je serais sans cesse à me tourner de peur d’un coup. Entre mourir de la main d’un autre, Dieu sait où, et mourir de la mienne, à Berlin, comment pourrai-je hésiter ?
Entre, par la porte de côté Eva Braun, portant un plateau avec deux tasses, du chocolat chaud, des viennoiseries, que, voyant Hanna Reitsch, elle pose surf la table basse.
Eva Braun.- (tendant la main à Hanna Reitsch) Je rêvais de piloter des avions, moi aussi.
Hitler.– Général, un importun éclat d’obus était entré dans votre pied sans votre permission. Greim.– Votre chirurgien l’en a chassé, je suis de nouveau chez moi. (il essaie de saluer) Heil Hitler.
Greim.– Je suis honoré de votre confiance.
Greim.– A vos ordres.
Le couloir central. Hanna Reitsch paraît, s’assied sur un canapé. Sort Bormann de son bureau.
Bormann.– Capitaine.
Bormann.– L’amie du Führer.
Bormann.- L’amie de cœur.
Bormann.– Si vous voulez.
Bormann.– Depuis toujours.
Bormann.– Mais c’est une vendeuse. Elle travaillait dans le magasin de Hoffmann, le photographe. Hanna Reitsch se détourne de lui. Bormann entre dans la salle des cartes.
Hanna Reitsch.- (off) Siegfried le guerrier, Parzifal le chaste, renonce au monde pour l’Allemagne, et il s’apparie à une dinde. Je croyais trouver un homme plus qu’homme, et je découvre un petit bourgeois : pendant que dans son petit fauteuil il lit son petit journal, sa petite femme lui prépare un bon petit chocolat chaud bien sucré et de bons petits gâteaux, et ils passeront tous les deux une bonne petite soirée à faire une bonne petite réussite. J’ai été trompée : je reprends mon vœu.
Sort de la salle des cartes Greim, Hitler, Bormann.
Greim.- (à Hanna Reitsch) Urgent. Ne perdons pas de temps.
Tous deux sortent sans se retourner. Htiler leur fait en vain un dernier signe de la main.
Hitler.- (pour détourner l’attention, à Bormann) J’y pense. Fegelein. A la tête d’un commando de SS, Fegelein va m’enlever, comme Skorzeny Mussolini, pour qu’Himmler ait une monnaie d’échange pour son rachat. Où est Fegelein?
Hitler.- (criant) Eva. Sort Eva chez elle.
Eva Braun.– Il est si peu mon Fegelein, que je ne sais pas où il est.
Eva Braun.– En passant, quelqu’un que je connais me salue, me sourit : je lui réponds par un salut et par un sourire.
Eva.– Oui ?
La voix du radio.– Quelqu’un vous appelle, Melle Braun.
La voix de Fegelein.– Eva ?
La voix de Fegelein.– Hermann Fegelein à l’appareil. Pour Dieu, Eva, la machine est folle, ni le frein ni l’accélérateur ne répondent plus, sautez avant qu’il soit trop tard. Eva, je vous supplie, au nom de votre beauté, ne soyez pas votre propre vandale. Ils vous entraînent vers les bas fonds, coupez vos liens, comme un bouchon remontez à la surface. Partez avec moi.
La voix de Fegelein.– Eva, ayez pitié de vous.
La voix de Fegelein.– Eva. Elle raccroche.
La salle radio, porte ouverte. Le radio, Bormann.
Hitler.– Où il habite ?
Hitler.- (éclatant de rire) La loyauté est mon honneur. Pauvre Gretl. (De la porte vers le couloir central, appelant) Günsche. (montrant de la main l’étage supérieur) Ordonnez au lieutenant Kaltenhuber, de me le ramener mort ou vif. Sort Hitler.
Un peu plus tard. La salle radio, porte ouverte. Le radio à l’écoute. Bormann.
Bormann.– Bormann. Je vous écoute.
Un peu plus tard. Le couloir central. Paraissent le lieutenant Kaltenhuber, Fegelein menottes aux mains, fers aux pieds, les 2 SS.
Hitler.- (de la cravache, il lui fait sauter la casquette) Sale morpion. Ton lieu de prédilection : le bas-ventre. Les toisons pubiennes : ta résidence principale. Entre urine et fèces, entre pissotière et tartissoires, c’est là où tu gîtes. La partie faible de l’homme, c’est la femme, la partie faible de la femme, c’est boîte à couture, boutons et boutonnières : là tu es à l’aise, Hercule mou. Pauvre type. C’est sur leurs arrières que tu as fait la guerre, c’est là que tu as gagné tes feuilles de chêne d’argent. Pou.
Hitler.– Et il continue. Tu me prends pour un Himmler, un Bormann, un Burgdorf, une Eva Braun ? Pour me cuire à point, me rouler dans la farine, et me passer dans la poêle à frire, comme tu me sous-estimes… .. Et vois comme tu es un cynique au petit pied : tu avoues pour me flagorner, mais en avouant, tu te condamnes toi-même. Imbécile. (il lui arrache ses galons, fort) Capitaine Kaltenhuber.
Hitler.– Je vous institue cour Martiale. Himmler, traître et déserteur, a cherché à traiter à l’ennemi. Son aide de camp Fegelein s’apprêtait à trahir et déserter à l’ennemi, comme son chef. Je vous laisse juger selon votre conscience.
Hitler.– Quel traître serais-je moi-même, si j’invoquais la parenté pour amnistier un traître.
Kaltenhuber et les SS lèvent Fegelein, et l’emmènent dans une salle de débarras. Hitler attend dans le couloir central.
Un peu plus tard. De la chambre de débarras, sortent Kaltenhuber, Fegelein, les 2 SS.
Hitler.– Un ver de terre haché : ses tronçons sanglants tordent leur moignons suppliants. On entend une salve, puis un coup de revolver séparé. Hitler sort, regardant Eva Braun.
Eva Braun.– (off) L’éphémère libellule, au beau corps élancé, aux belles ailes arachnéennes s’apparie au crépuscule, et meurt avant la nuit.
Rentre Eva Braun.
5
Hitler.–(off) Ne pas laisser leur esprit en repos. (haut) Quel est le général responsable de notre quartier de Berlin ?
Hitler.– Appelez–le moi.
Hitler.– (en rage) Lorsque vous aurez quelqu’un, dites-lui que le général Weidling est limogé.
Couloir central. Entre le général Weidling, paraît Hitler.
Hitler.– J’ai attenté à votre honneur, général, vous avez droit à réparation. A titre de dommages et intérêts, je vous nomme votre supérieur : je vous nomme défenseur de Berlin. Allez et faites pour le mieux.
Hitler.- (off, se frottant les mains) Ca ne marche pas, ça court.
Hitler.– Que fait Wenck ?
Krebs.– Wenck ne peut plus avancer. Il est encerclé au sud de Postdam.
Le radio.- Führer, impossible de transmettre le message, les transmissions sont coupées.
Dans le couloir central, un des deux SS s’approche de l’autre.
Le 2ème SS.– Nous lui avons prêté serment de fidélité.
Hitler.– Fidèles entre les fidèles. J’accepte. Dites à Wenck de se presser. Bonne chance. Ils sortent.
Hitler s’assied sur la canapé du couloir central. Il broie du noir. On entend, en haut dans l’escalier des pas, des rires, des courses d’enfants, qui s’éteignent. Des pas continuent de descendre. Paraît Goebbels.
/ScannedImage-20.jpg)
Goebbels.– (observant Hitler) Vous vous êtes enfermé dans votre chambre, vous avez baissé les volets, et dans le noir, vous broyez du noir.
Goebbels.- Je vous réponds que tant qu’on est en vie, rien n’est perdu… .. Et si nous perdons la guerre, nous aurons gagné tout de même. Etre tués en se battant, c’est être tués invaincus. Vécu victorieux, morts invaincus, nous serons vivants à jamais pour les vivants futurs. Ambitionnons la plus haute ambition humaine, la gloire posthume. Survivons à jamais, Führer : devenons mythe et légende… .. J’ai décidé que ma femme, mes 6 enfants, et moi, nous vous accompagnerons jusqu’à votre dernière destination. Nous venons d’emménager dans le bunker, à l’étage des gardes.
Hitler.- … Eva, deux aérodromes sont encore praticables : Gatow et Staaken. .. .. A Munich, tu as un appartement, un compte en banque. Je veux que tu fasses ta valise, et que tu partes sur le champ. (Il la pousse vers sa chambre)
Hitler.– Quelqu’un fait un faux pas, il tombe de son haut, et le voilà le derrière par terre, la bouche ouverte comme un imbécile : tout le monde rit, sauf toi… …
Hitler.- (la poussant) S’il te plaît. Fais ta valise.
Hitler.– Non. Je ne te mérite pas, Eva.
Hitler.– Vieux, malade, les cheveux blancs, raté, moribond.
Hitler.– (l’embrassant) Je croyais te faire honneur en t’aimant malgré ton état, c’est toi qui me fais honneur en t’aimant malgré le mien. (Hitler pleure) Je vois qu’elle aurait pu être ma vie, quand je ne peux plus la vivre… ...Sauvons ces quelques minutes. Mets ta robe noire à roses rouges (sortant dans le couloir central, appelant) Goebbels. Cherchez moi un officier d’Etat-Civil. Bormann, trouvez-moi deux bagues. Günsche, dites à la cuisine qu’on prépare un repas, et qu’on dresse une table de noces. Eva Braun rit et applaudit, et va dans sa chambre, Hitler la suit.
Dans le couloir central. Goebbels, Bormann.
Bormann.- (montrant sa main) 2 identiques..... J’ai une idée. Le trésor des SS contient les bagues des Juives des camps.
Bormann.– Je vais les faire décaper. Il n’y aura plus une once de crasse, je vous garantis. Ils sortent.
Salle des secrétaires. Traudl Junge à sa machine à écrire. Entre Hitler en grand uniforme.
La voix de Walter Wagner.– Devant moi, Walter Wagner, Conseiller Municipal, Officier d’Etat-Civil, ont comparu, pour se marier ce jour : Adolf Hitler, né en 1889 à Braunau de Hitler Aloys et de Pölzl Klara ; Eva Braun, née en 1912 à Munich de Braun Friedrich et de Krappburger Franziska, les témoins étant le docteur Joseph Goebbels, Ministre du Reich, et Martin Bormann, Reischleiter. Déclarez-vous tous deux être de pure descendance aryenne et n’être pas atteints de maladies héréditaires in compatibles avec le mariage ?
La voix d’Eva Braun.– Je le déclare.
La voix d’Hitler.– Oui.
La voix d’Eva Braun.– Oui.
Goebbels.– Traudl veuillez ajouter au testament politique du Führer, le codicille suivant. (Traudl prend note en sténo) "Moi, Joseph Goebbels, refuse catégoriquement ma nomination par le Führer de chancelier. Dans le délire de trahison qui entoure le Führer, il doit y avoir au moins une poignée d’hommes qui lui demeurent loyaux inconditionnellement. Avec ma femme et mes enfants, qui, eussent-ils été assez grands pour en juger, y auraient consenti, j’ai pris la résolution de finir, aux côtés du Führer, une vie qui pour moi n’a plus de valeur, si je ne peux plus l’employer au service du Führer, et à ses côtés."
Il sort. Traudl tape le codicille.
On entend déboucher une bouteille de champagne, des bruits de flûtes en cristal. Eva Braun en longue et large robe de taffetas noir, imprimée de larges roses rouges, au poignet un bracelet d’or, une montre sertie de brillants, au cou le pendentif d’une topaze, dans les cheveux une broche, entre, portant deux flûtes de champagne, qu’elle pose à côté des secrétaires. Traudl tape toujours. Entre Hitler.
Hitler.– (appelant) Günsche. (paraît Günsche) Ordonnez à mon chauffeur Kempe de vous apporter 200 litres d’essence. Lorsque nous ne serons plus, vous répandrez sur nous ces 200 litres, vous nous brûlerez. Veillez à ce que nous brûlions en entier. Vous disperserez nos cendres. Je ne veux pas qu’on me retrouve dans un bocal dans un musée tératologique.
Hitler.- (off) Aurai-je le courage ? Tel que je me connais, j’ai peur que non. Je vais me donner du fil à retordre. Je vais opérer des manœuvres de diversion. Je me connais : je vais atermoyer, je vais me filer entre les doigts. Oui, mais sinon ? Sinon ? Par lâcheté, ne faut-il pas que je m’arme au moins de ce courage-là ? Par lâcheté ? Il se lève, erre de salle en salle.
La salle des cartes, les portes ouvertes. Burgdorf, et Krebs, debout. Passe Hitler, qui fait leur détour.
Krebs.– Ca le froisserait. C’est lui qui est censé donner l’exemple. Burgdorf allant, venant.
Krebs.– .. .. Ce n’est pas une schnapsidée. Burgdorf cherche la bouteille, l’offre à Krebs.
Burgdorf.– Prost. Il boit à son tour. Tous deux font trois tournées.
Krebs.– Burgdorf.
Krebs.– Depuis que l’histoire est l’histoire, quel homme a été adulé par toute une nation, comme le Führer par l’Allemagne ?
Krebs.– (se levant et faisant le salut) Heil Hitler.
Krebs.– Honneur et gloire au plus grand Allemand de tous les temps.
Burgdorf.– Mauvaise santé. Puis Krebs à Burgdorf.
Passe Hitler par-dessus leurs jambes.
Hitler.- (off). Combien de milliers de soldats ne m’ont pas ouvert la voie, pourtant ? Oui, maisvoilà, eux, étaient pleins de moi : ils avaient quelqu’un au nom de qui aller où ils allaient. Comme eux, j’ai moi, mais tandis qu’eux, en plus d’eux, ont moi, moi, en plus de moi, je n’ai que moi. Et mon moi est très réticent d’aller où ils sont allés, au nom de moi.
asse Hitler.
Krebs.– C’est clair.
La radio. Avec un arrière-fond de mitraillade et d’explosions.
Hitler dans son bureau, devant son miroir.
Hitler.– Le temps nous est compte. C’est l’heure. (expliquant à Eva Braun) .. La règle : ne pas réfléchir. Se faire machine. La suite du programme sera dans l’ordre : saluer le monde, prévenir Günsche, entrer chez nous, fermer la porte, nous embrasser, nous asseoir sur le canapé, toi, ôter l’ampoule de l’étui, casser un bout, la mettre en bouche, casser l’autre bout, avaler. Moi, ôter l’ampoule de l’étui, casser un bout, armer le pistolet, mettre l’ampoule en bouche, casser l’autre bout, mettre le canon en bouche, avaler, appuyer sur la détente. Entendu ?
Hitler.– Rappel : ne pas réfléchir. Nous enclenchons le mécanisme ?
Hitler.- (à haute voix) Mesdames, Messieurs, pardonnez-nous, il est temps pour nous, Eva et moi, de partir. Nous nous sommes que trop éternisés. (se rassemblent Günsche, Bormann, Goebbels, Burgdorf, Krebs, Traudl Junge, Greta Schroder) (Il donne une poignée de main aux premiers, Eva à sa suite, s’arrête à ses deux secrétaires, dont il saisit à chacune un bras de ses deux mains) C’est avec vous, que dans mon dernier âge, j’ai pu jouir de la même douce égalité dont j’ai joui dans mon premier. Grâce à vous j’ai vécu de dernières heures aussi belles que les premières. (Il les embrasse, Eva les embrasse aussi) Günsche, dans 10 minutes, nous serons à vous.
Tous ont les yeux fixés sur la porte. Silence tendu. Immobilité parfaite. Au bout d’un Bormann, timidement, regarde Günsche, qui, discrètement, regarde sa montre.
Goebbels.- (objectant) On n’a rien entendu.
Helga.–(se débattant) Tu mens. Où sont les valises ?
Helga.–(idem) Tu me hais. Qu’est-ce que tu as encore inventé ?
Helga.–(idem) C’est faux. Tu n’as aimé qu’un seul : l’oncle Aldi. Sans cesse, tu nous chapitrais, tu nous disais de mettre les mains sur la table, de ne pas parler la bouche pleine. Tu ne nous embrassais que quand l’oncle Aldi était là, et fort, que quand il te regardait.
Helga.– (idem) Tu crois que je ne voyais pas ton manège ?.. .. Pour l’oncle Aldi, tu te coiffais, tu te fardais, tu te mettais du rouge à lèvres, tu mettais tes plus jolies robes. Tu faisais des mines, tu faisais la romantique, la rêveuse.
Helga.–(se défendant furieusement, hurlant) Non. Non. Non. Au secours.
Magda Goebbels.–Pour une fois dans ta vie, tu vas obéir ?(elle lui pince le nez d’une main, de l’autre elle lui presse les joues, pour la forcer à ouvrir la bouche, au docteur Kuntz, furieuse) Allez-y donc.
Le docteur Kuntz parvient à mettre le cachet dans la bouche, il presse sa main devant la bouche d’Helga, pour qu’elle ne le crache pas. Magda presse de deux doigts le long du cou de Magda, comme on fait quand on gave les oies. Helga sombre dans l’inconscience.
Goebbels, descendant de la surface, suivi de 4 SS de la garde du bunker, qui attendent près de l’escalier, puis de Günsche, qui monte de l’escalier inférieur.
Goebbels.- (off) Un jeune homme qui a lu tard un roman policier, regarde l’heure, pressé de se coucher, il jette pantalon et chemise par terre : pantalon et chemise gardent à terre une vague forme de ses cuisses, de sa poitrine. C’est ce qui reste de moi. Une dépouille.
La voix de l’amiral Doenitz.– "L’amiral Doenitz, président du Reich, annonce à l’Allemagne la mort héroïque, ce jour, de son Führer Adolf Hitler. Notre Führer Adolphe Hitler vient de tomber dans l’honneur, à la tête des derniers défenseurs de la capitale. Vive le III° Reich."
Musique funèbre.
Radio.
Les explosions, les mitraillades, les coups de fusil cessent peu à peu.
Dans la salle des cartes. Krebs et Burgdorf.
Krebs.- (se levant aussi) Sauf à être malhonnête
Krebs.– C’est clair.
Krebs.– C’est clair.
Krebs.– Heil Hitler.
Ils placent le canon sur leur tempe, appuient sur la détente, et tombent.
Traudl Junge.– Il n’est vraiment plus ?
Traudl Junge.– Je veux vérifier.
Traudl Junge.– Il n’est vraiment plus. .. .. (de ses deux poings, elle appuie sur son cœur) .. .. Comme mon cœur bondit. C’est comme si au-dessus de moi était ôté un lourd couvercle… ..Depuis tant d’années, sous l’œil du gardien, nous étions à nous demander si nous agissions bien, si nous nous conduisions bien, si nous parlions comme il faut, si nous pensions comme il faut, tout d’un coup, on trouve la porte de la cellule grande ouverte.
Traudl Junge.– Cette subite liberté m’enivre. Ah, Günsche, l’idée que je suis à moi me saoule.
Günsche.– Avant, quelqu’un réfléchissait pour nous : maintenant on est obligé de réfléchir par nous-mêmes. On ne sait pas. On ne nous a pas appris.
Günsche.– Je ne m’estime pas assez. Je n’ai pas une assez bonne opinion de moi.
Günsche.– C’est vrai qu’autrefois
Günsche.– Avec toutes ces foules ? A quoi bon ?
Günsche.– Je n’ai pas le choix. Il faudra bien que j’essaie.
Günsche.– Je crains que ce ne soit les femmes qui seront désormais nos institutrices.
Greta Schroeder.– (à Traudl Junge) Dernier cri de l’évolution humaine : la civilisation allemande. Vous devriez voir là-haut. Les seigneurs de l’Europe, des ingénieurs et des médecins, en haillons, avec un couteau ébréché, dépècent un cadavre de cheval et mangent la chair crue. Des hommes de la pierre taillée, vivant de chasse et de pêche.
Bormann.– Günsche, l’officier et les soldats du corps de garde vont tenter une sortie.
Bormann.– Je suis opposé à ce que les femmes nous accompagnent. Leurs jupes vont se prendre dans les rayons de nos roues.
Greta Schroeder.– Nous avons dit que nous venons, Bormann.
Traudl Junge et Greta Schroeder vont dans leur chambre, reviennent avec un sac.
Greta Schroeder.– Vous avez honte de votre identité de Reichsleiter ?
Bormann.- Nous passerons par les jardins jusqu’à la station de métro de Kaiserhofstation. Nous suivrons le tunnel du métro jusqu’à la gare de Friedrichstrasse… … Pendant le trajet en surface, ayez un mouchoir blanc en main, soyez toujours prêtes à le lever et à vous rendre.
Bormann.– Je veux sauver le nazisme. Je veux rallier des partisans, mener une guerre de l’ombre.
Tous trois sortent, puis Bormann.