Lui
Poésies didactiques
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1 Son beau regard noir là-bas Est en quête du tien Pourquoi au lieu d'aller droit Au sien faire l'aumône du tien,
De la salle fais-tu le tour, T'attardes-tu aux groupes, Te livres-tu aux conversations creuses, T'adonnes-tu aux confidences oiseuses,
Sinon, parce que ses larmes amères Te gorgeant d'un bonheur délectable, Tu espères qu'il pleure De ne te voir venir ? |
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2
T’arrachant aux chers tiens, Semant les pleurs derrière toi, Tu es arrivé à tes fins, Comblés sont tes voeux, Tu as celui que tu veux, Tu l’as, il est à toi, L’être insigne.
Et tu te commets avec des gens serviles, Tu t’abaisses avec des gens bas.
Le bel être unique a pour rivaux Des gens indignes.
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3
Aimer, dis-tu ? Aimer une beauté? Mais la beauté aimée Aime-t-elle? Elle aime....Etre aimée. Aimer qui ne peut aimer ?
Des amis, dis-tu ? Quel ami est un ami ? L’ami ne s’aime-t-il pas En l’autre ? Et chaque ami ne croit-il pas que l’autre L’aime plus qu’il l’aime, lui ?
S'il est la seule compagnie Qui peut te satisfaire, A quoi bon courir Plus qu’il est nécessaire ?
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4
Mais une pièce à succès asservit l’acteur A son rôle. A dire le même texte du même auteur Lui-même s’enrôle, S’engage à se répéter, se ressasser, Soir après soir des mois et des mois.
Sur la scène du monde, de même, La réussite asservit L’homme qui réussit, Le cadenasse à la place Qui l’a fait connaître. Il n’est plus son maître.
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5
Toi, mon aîné à moi, Qui as mis tes pas Dans les pas De ton aîné à toi, Que, présomptueux et suffisant, Tu as prétendu surpasser en beauté et vérité,
A mon tour, je mets mes pas dans les tiens Comme tu as mis les tiens dans les siens, Mais présomptueux d’une autre sorte, Je ne prétends pas te surpasser en beauté et vérité, Mais en bonté,
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8
Ce travail de taupe fouisseuse de galeries obscures, Avec rejets de terre, par puits, à l’air, Tes deux devanciers, l’ont connu aussi, ont-ils renoncé ?
Ces lentes avancées épuisantes d’explorateur solitaire A travers sombres forêts inextricables, Ils les ont faites avant toi, ont-ils abandonné ? |
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9
Seuls les actes forcent le blocus De la noire obscurité, Seuls les actes forcent le passage A l’éclatante clarté.
L’action doit régner, seule essentielle, L'action fait du bruit, malgré elle. |
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10
Allongé, languide, nonchalant, Je me passe des images, préférant Rêver plutôt que vivre, redoutant Convoitant à la fois l’action épineuse.
J’ai des remords mortels De ma torpeur paresseuse, Pas si mortels, cependant, Qu’ils m’extraient
De ma coupable inertie, Et impéritie.
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11
Tu sais trop que tu es le seul à savoir le séduire, Le forcer dans ses défenses, Abattre ses résistances, Le conquérir,
Que seul, tu as les mots, la manière De lui plaire, Et lui aussi le sait, Et tu sais qu’il le sait.
Mais, trop sûr de toi, tu le négliges, le maltraites, Par dessus la jambe le traites. Sans toi, lui, certes, rien ne serait. Mais sans lui, toi, qu’est ce que tu vaudrais ? |
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12
Personne n’est plus beau, ni plus cultivé, ni plus intelligent, Ni plus riche, ni plus talentueux, Ni plus fidèle. Personne, non plus, de toi n’est plus amoureux, Jamais toi, non plus, tu n’as été plus heureux.
Et turpide, Tu te commets dans des aventures sordides.
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15
Ne fais pas comme les présents touristes, qui courent le monde, Visitant chefs d’œuvre en ruines Du temps passé fertile, Désespérant du temps présent stérile.
Toi, verrouille-toi chez toi, par longues veilles et durs travaux Façonne nouveaux chefs d’œuvre, Afin qu’un jour, en ruines à leur tour,
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13
A grand peine, tu l’as élevé, éduqué, Formé, façonné, Tu lui as fait tout connaître, Si bien que l’élève a dépassé le maître.
Grâce à toi, il a une force, un esprit, un savoir, Un jugement, un goût hors pairs, Et en tout une aisance, Que toi, tu n’as qu’à force de veilles et de souffrances.
Tu n’arrives à sa hauteur qu’avec effort. Mais d’avoir honte de toi, tu as tort. Il est envers toi d’une indulgence entière, N’a jamais été envers toi ni méchant, ni sévère. |
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14
T’a-t-il critiqué une seule fois ? N’est-il pas ton parfait censeur ? Ne t’a-t-il pas dit à chaque fois Que tu t’en es tiré à honneur ?
Pourquoi de toi plus exiger ? De toi peut-il sortir plus que toi ? Puisque toi pour toi est le seul sujet, Pourquoi chercher plus que toi ?
Tu es déjà tant d’êtres Pourquoi vouloir encore plus être ? Au-delà des frontières de toi serait faux. Perfection plus que la tienne serait fausse.
Stupide orgueil que le tien. Tu es déjà tout. Au-delà de tout, Ne sais-tu pas qu’il n’y a rien? |
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15
Que son amour soit la fin de tes amours, Qu’il soit de tes amours l’aboutissement, Comment aurais-tu imaginé une telle belle fortune ?
Et que tu aimes continûment sans usure d’amour, Mais avec accroissement, Comment aurais-tu espéré un tel heureux sort ?
Femme passe, et sa fertilité Son amour se ride et se flétrit, Homme passe, et sa futilité Son amour s’aigrit et rancit.
Mais lui, plus jeune chaque jour, Puis plus vieux, puis bien plus vieux, Puis jeune comme un adolescent, Te charme et t’enchante incessamment.
Toi, par nature infidèle Croyais-tu qu’un jour, tu serais fidèle ?
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16 Pourquoi tourner le dos à son logis, Allonger l’allongement, ajouter la courbe à la courbe, Le crochet au crochet, le détour au détour, Louvoyant à babord, puis à tribord, en longues obliques, Erratiques,
Sinon parce que tu crains qu’il ne soit pas là Et que tu sois obligé de l’attendre,
Lui qui ne s’absente jamais Que d’une courte absence ? |
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Si enchanté et sous le charme qu’il était du voyage passé, T’ayant consulté sur la destination nouvelle, Déjà il voulait repartir, Bagages prêts il t’attendait.
Mais toi, à l'avance, fatigué Des fatigues à venir, Tu ne te résous pas, tu renâcles, Tu diffères, tu surseois, tu temporises. |
Que dirais-tu d’un architecte, qui arrête sa construction au tiers, Laisse l’armature à l’air, et tout à l’abandon, Fers rouillés rouillant le béton ?
Une maison inachevée est plus laide Qu’une maison en ruines, Celle-là au moins laisse deviner Sa noble ancienne allure.
La chose inachevée est un déchirement, Non la chose, mais l’inachèvement. Le passant se retourne et dit : Qu’est-ce que cette monstruosité ?
Et il passe, faisant la grimace. |
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19
Fier entre tous, il a ses pudeurs, C'est un homme exigeant, Il aime que tu le pries avec ferveur, Que tu fasses son long siège patient, Jusqu'à ce que le désir de toi lui vienne, Et le prenne.
Mais, froissé qu'il ne cède à la première invite, Tu boudes et te dépites. Et pourtant, être ombrageux, N'est-ce pas parce qu'il est pudique, Que tu en es amoureux ? Ne sois pas illogique. |
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20
Aussi rares que les paillettes d'or dans les lits des fleuves Sont grands hommes et saints hommes.
Plus nombreux que le sable de la mer Sont biographes et hagiographes.
Ne vis pas avec la foule qui vit De la vie d'autrui,
Vis avec lui, Qui, seul, vit de lui.
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