sommaire

 

 

 

La liturgie

des jalons pour une meilleure célébration

 

 

 

La foi et la vie chrétiennes s’enracinent dans la réalité quotidienne de chaque fidèle. Mais elles s’expriment dans la prière de la communauté et se célèbrent dans la LITURGIE DE L’ÉGLISE. Je dis bien dans la LITURGIE DE L’ÉGLISE, et la raison est simple : quelles que soient les circonstances particulières, vie paroissiale, activités d’un mouvement… la liturgie n’est jamais la propriété d’une personne, d’un groupe. Elle reste chaque fois ouverte à l’ensemble de l’Église, qu’elle engage toute entière.

La liturgie, expression de la foi commune et partage de la vie chrétienne, prend racine dans le vécu particulier, mais pour le mettre en lien avec la grande famille chrétienne dans son ensemble. À ce titre, l’action liturgique engage le Corps du Christ dans sa totalité, même lorsqu’elle est accomplie par tels ou tels de ses membres…

Le premier acte promulgué par le Concile Vatican II concernait justement la liturgie. C’est une Constitution élaborée à l’intention de l’Église universelle et des Églises particulières. C’était il y a quarante-trois ans en 1963. Et depuis cette date, chaque Église particulière, sous la responsabilité de l’Évêque et de ses pasteurs, est appelée à l’appliquer avec le plus grand soin, dans l’esprit et dans la pratique. L’esprit n’est pas toujours, hélas, facile à faire passer. Quand à la pratique, il en est sorti le magnifique renouvellement que nous connaissons, mais aussi, ici ou là, des déviations, voir même des excentricités.

Afin de promouvoir ce que le Concile appelle la « restauration » de la liturgie, dans un souci de formation et de participation active de tous les fidèles, les communautés diocésaines se sont équipées d’un SERVICE DIOCESAIN DE PASTORALE LITURGIQUE (S.D.P.L.), présidé par l’évêque. Ensuite dans un souci de collégialité et d’ouverture, les Conférences épiscopales nationales ou régionales, afin de promouvoir le développement de la liturgie dans l’esprit et dans la pratique, ont institué des COMMISSIONS NATIONALES DE PASTORALE LITURGIQUE. Le Concile avait, du reste, prévu la création de ces organismes…

Le Centre National de Pastorale Liturgique (C.N.P.L.), au sein de la Conférence Épiscopale Française dont nous faisons partie, a édité, à l’intention des diocèses, des points de réflexion pour une meilleure application diocésaine de l’esprit de la liturgie dans la pratique de nos célébrations.

À la demande du C.D.P.L., je présente cet article aux fidèles, mais tout spécialement aux pasteurs et aux animateurs de la vie liturgique de nos paroisses. Je demande à chacun de s’en inspirer, non seulement dans tous ses aspects PRATIQUES, mais surtout dans l’ESPRIT du Concile, pour un meilleur service de l’action pastorale liturgique de nos paroisses. Ce faisant, nous aiderons « la multitude de ceux qui sont devenus croyants à n’avoir qu’un cœur et qu’une âme » (Ac 4, 32).

C’est bien là notre but principal.

 

+ Maurice MARIE-SAINTE

 

 

L’autel

 

Ce que la liturgie de l’Ancienne Alliance faisait en deux actions successives et dans deux endroits différents – au Temple, le sacrifice et, à la maison, le repas sacrificiel de communion -, la liturgie chrétienne le réalise en un seul acte et dans un seul lieu au cours de l’eucharistie. En régime chrétien, ce lieu unique est donc inséparablement autel et table.

« L’autel, où le sacrifice de la croix est rendu présent sous les signes sacramentels, est aussi la table du Seigneur à laquelle, dans la messe, le peuple de Dieu est invité à participer ; il est aussi le centre de l’action de grâce qui s’accomplit pleinement par l’Eucharistie » (dans Pour célébrer la messe, C.L.D. 1989, P. 81).

 

L’autel c’est le Christ

Menant son habituelle grandeur théologique jusqu’à la mystique, Saint Thomas d’Aquin va jusqu’à voir dans l’autel le symbole du Christ lui-même (S. Th. III q. 83). S’appuyant sur le double fait que la législation réclamait que les autels fussent en pierre, d’une part, et, d’autre part, que la Vulgate traduisait le rocher de l’Exode par le mot petra, il applique à l’autel la phrase de saint Paul dans 1 Co 10, 4 : « Tous, ils (nos ancêtres) ont mangé la même nourriture qui était spirituelle ; tous, ils ont bu à la même source, qui était spirituelle ; car ils buvaient à un rocher qui les accompagnait, et ce rocher petra, c’était déjà le Christ ».

 

La table du repas

L’autel est donc aussi inséparablement la table du repas, mais pas n’importe quel repas : le Repas du Seigneur, selon l’expression de Saint Paul en 1 Co 11, 20 qui est, historiquement, la première expression par laquelle la messe fut désignée.

Les différentes et légitimes tendances de la spiritualité et de la piété pourront conduire tel chrétien à être « de l’autel » et tel autre « de la table », mais aucun des deux ne pourra exclure complètement la tendance qui a moins sa faveur. Cela dit, l’utilisation de l’autel va nous permettre d’établir une distinction. On peut dire que le « meuble » en question est honoré comme autel, mais qu’on s’en sert comme table. En effet, c’est mystiquement qu’il est autel puisque le sacrifice qui s’y accomplit est rendu présent sacramentellement et de façon non sanglante, alors que c’est pratiquement qu’il est table puisqu’il est le lieu où l’on dépose réellement ce qui doit être mangé et bu dans le Repas.

 

Pour quel usage ?

L’autel est un des points qui fait le plus question dans l’application de la réforme de Vatican II. C’est une affaire trop importante pour qu’on la traite en quelques lignes. Pour ce qui concerne sa forme, sa dimension, son emplacement, nous renvoyons à la remarquable plaquette : La problématique de l’autel écrite par le Père F. Debuyst, O.S.B., éditée par « Chroniques d’art sacré ».

Il nous reste à présenter quelques conseils concernant l’usage qui est fait de l’autel durant la célébration :

ü                 L’autel-table peut révéler l’admirable sens que lui donne la liturgie, à condition d’être utilisé seulement au moment du sacrifice et de son repas, c’est-à-dire depuis la présentation des dons jusqu’au départ pour la distribution de la communion. S’il est aussi le lieu où l’on fait le mot d’accueil et les annonces, d’où l’on dit les oraisons, voire d’où l’on proclame l’évangile, il devient alors une sorte de « fait-tout » qui banalise son emploi et son sens. On saisit l’importance qu’il peut avoir pour l’assemblée, s’il est le lieu où l’on prend le pain (présentation des dons), où l’on rend grâce (prière eucharistique), où l’on rompt le pain (fraction) et où l’on le donne (communion) et rien d’autre.

ü                 S’il en est ainsi, on comprendra que l’autel ne puisse être l’endroit où l’on dépose tous les accessoires  de la célébration (le carnet de chants, le cahier des annonces, l’étui à lunettes, le magnétophone…). Du début de la célébration jusqu’à la présentation des dons, l’autel est vide. Il porte éventuellement un luminaire et peut-être un petit bouquet de fleurs discret et pas trop haut, mais l’un et l’autre seront plus habituellement situés dans son environnement. L’autel attend de devenir la table où le Seigneur nous invite à partager son repas.

 

 

L’ambon

 

L’Église est le lieu où l’on parle ! La célébration liturgique est un temps où la Parole retentit. Elle est un temps où les paroles sont échangées.

Quelles sont ces paroles ? Qui parle ? Quand et d’où parle-t-on ?

Autant de questions qui intéressent l’aménagement de « l’espace » liturgique. Notre propos concernera la liturgie de la Parole. Cette Parole vient de Dieu. Elle est tirée du livre des Ecritures. Elle n’est pas d’abord un enseignement, mais manifestation d’une présence. Proclamée dans l’assemblée, la Parole lui donne sa véritable cohérence. C’est elle qui fait naître l’Eucharistie. Tout doit donc converger pour « manifester » cette Parole.

On connaît l’importance du choix des lecteurs et de leur formation. Ils accomplissent un ministère et se situent comme serviteurs de Celui qui est l’interlocuteur de l’assemblée et on a généralement cherché à aménager le lieu de la Parole ou « ambon ».

Le mot « ambon » vient du grec et signifie « monter ». On peut présumer qu’en dehors du fait qu’il est instinctif de s’élever pour se faire entendre par un grand groupe, l’usage de l’ambon, déjà en vigueur dans le rite synagogal (cf. Livre de Néhémie, ch. 8), passa chez les chrétiens avec l’adoption des lectures liturgiques imitées de la synagogue.

Cet ambon est souvent mal implanté, relégué sur les côtés, trop bas, inexistant, disproportionné par rapport à l’autel.

Dans la présentation générale du Missel Romain (P.G.M.R) n° 272, il est dit : « la dignité de la Parole de Dieu requiert qu’il existe dans l’Eglise un lieu qui favorise l’annonce de cette Parole et vers lequel, pendant la liturgie de la Parole, se tourne spontanément l’attention des fidèles. Il convient que ce lieu soit, en règle générale un ambon stable et non un simple pupitre mobile. On aménagera l’ambon, en fonction des données architecturales de chaque église, de telle sorte que les fidèles voient et entendent bien les ministres. C’est de l’ambon que sont prononcées les lectures, le Psaume responsorial et la louange pascale ; on peut aussi prononcer à l’ambon l’homélie et la prière universelle. Il ne convient guère que le commentateur, le chantre ou le chef de chœur monte à l’ambon ».

Par souci d’économie, mais souvent par manque d’imagination, on n’a prévu qu’un seul micro et les différents acteurs dans la célébration se succèdent au même endroit pour mener les chants, pour lire l’Evangile, donner des intentions de prière, faire des annonces, donner la page où se trouve le cantique, etc… Il faut, lors de la création d’espaces liturgiques, veiller d’une façon particulière au lieu où sera placé la « table de la Parole ». Que ce soit un espace important, digne et surélevé. Il faut qu’il signifie de lui-même ce qu’il représente. Lorsque ces conditions sont difficilement réalisables, que soit placé un beau tapis ou que soit créée une magnifique composition florale, pour signifier la dignité du lieu d’où et proclamée la Parole de Dieu.

 

 

 

La préparation pénitentielle

 

Il y a un peu plus de trente-cinq ans que commençait l’application de la réforme liturgique issue du deuxième Concile du Vatican. Depuis ce temps, des habitudes se sont prises, des façons de faire se sont installées, vis-à-vis desquelles il est indispensable que nous portions un regard critique. L’enjeu n’est pas de l’ordre de la censure, mais de la fidélité.

 

Quelques rappels au sujet de la préparation pénitentielle

1.                  Contrairement à ce que l’on entend souvent dire, la préparation pénitentielle ne forme pas un rite en elle-même : elle n’est pas un rite pénitentiel, mais fait partie d’un ensemble rituel que l’Ordo Missae appelle « l’ouverture de la célébration ». Cela ne signifie pas qu’elle soit secondaire, mais veut dire qu’elle n’est pas un tout en elle-même : elle est une partie de quelque chose qui est plus grand qu’elle.

2.                 Si curieux que cela puisse paraître, la préparation pénitentielle avec toute l’assemblée, est une création de Vatican II. Rappelons qu, dans l’Ordo de Saint Pie V, à la grand-messe, le prêtre célébrant était seul avec ses acolytes à réciter le « confiteor » en arrivant au bas de l’autel. Pendant ce temps était chanté l’Introït, puis le Kyrie qui est une acclamation au Seigneur miséricordieux et non un acte pénitentiel. Vatican II a voulu que ce soit toute l’assemblée qui, au début de la célébration, confesse devant Dieu qu’elle est faite de pécheurs et proclame la miséricorde de Dieu.

3.                 A en juger par ce qui se passe dans nos célébrations, on croirait qu’il n’y a que deux formules de préparation pénitentielle : le « Je confesse à Dieu » et la triple invocation. Or, il existe quatre possibilités. Qu’est devenue la deuxième formule, courte mais puissante : « Seigneur accorde-nous ton pardon »… ? Qu’est devenue surtout l’aspersion ? Trop d’Asperges me systématiques l’on sans doute écartée au début ; mais il est temps d’y revenir. Il est temps surtout de revenir à une alternance des autres possibilités, selon les périodes liturgiques ou des occasions. L’aspersion au temps pascal, par exemple, a un sens pénitentiel lié au baptême, de la plus forte expression. Ajoutons que dans la dernière édition du Missel Romain en français (le petit missel carré d’autel), la troisième possibilité, celle de la triple invocation, a trois formulaires, et non un seul, et qu’on peut choisir d’autres ; le missel indique : « ces invocations ou d’autres ».

4.                 La préparation pénitentielle s’achève par ce que l’Ordo appelle la « Prière pour le pardon » que prononce le prêtre : « Que Dieu tout puissant nous fasse miséricorde… » Il ne s’agit pas d’une formule d’absolution sacramentelle au sens strict, mais il est bien clair que la prêtre ne parle pas ici pour ne rien dire et que c’est le bien la pardon de Dieu qui est offert à chaque membre de l’assemblée. Cela nous rappelle que si le recours au sacrement de Pénitence et de Réconciliation est requis pour les fautes graves, l’Eglise dispose de bien d’autres moyens pour apporter le pardon de Dieu aux chrétiens qui se reconnaissent pécheurs. Celui-ci en est un, les fidèles doivent le savoir.

 

Le cas de la troisième formule

La troisième formule est celle qui comporte les trois invocations et qui semble de loin la plus utilisée. C’est celle, également, qui permet le mieux une certaine adaptation selon, notamment, les lectures du jour. Mais, grand Dieu, miséricorde : c’est le cas de le dire ! Que c’est-il passé ? Comment, en une vingtaine d’année seulement, ce qui est une invocation au Seigneur (« Seigneur Jésus…, O Christ…, Seigneur… ») et un rappel de ce qu’il a fait pour nous sauver, a-t-il pu devenir cette espèce d’examen de conscience maladivement narcissique où l’on ne cesse de se regarder au lieu de Le regarder, Lui ? « Nous n’avons pas… nous n’avons pas su… nous avons oublié de… » Et quoi d’autre encore ?

 

Ces données concernant la préparation pénitentielle doivent rejoindre chaque lieu, chaque équipe, chaque chrétien, prêtre ou laïc qui prépare une célébration. Comment ? Grâce à vous, lecteurs soucieux que la loi de notre prière liturgique soit la loi de notre foi.

  

La liturgie de la Parole

 

Tout le monde s’accorde à dire que le rétablissement d’une vraie liturgie de la Parole, avec trois lectures réparties sur un cycle de trois ans et dans une langue comprise par les auditeurs, constitue l’une des acquisitions majeures de la réforme liturgique issue du deuxième Concile du Vatican. Revoyons ici quelques points qui méritent approfondissement ou révision.

 

 

De la lecture à la Parole

Il est remarquable que, bien que tout parte d’un livre et d’un lecteur, l’Eglise ne parle pas de « Liturgie des Ecritures » mais de la « Parole ».

Un exégète eut, un jour, cette audacieuse comparaison. Toute proportion gardée, la liturgie de la Parole fonctionne comme le lait en poudre pour sa conservation, mais doit devenir liquide pour sa consommation. Ainsi, l’Ecriture vient de la Parole, mais elle est faite pour redevenir Parole ! Qu’est-ce que cela implique ?

D’abord, un acte de foi ! C’est Monsieur un tel ou madame une telle que l’on entend, que l’on voit dans la première ou la seconde lecture ; c’est Monsieur le curé un tel qui lit l’Evangile… Mais c’est Dieu qui parle ! Le lecteur, la lectrice prête sa voix à Dieu : « Il (le christ) est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit, dans l’Eglise, les Sainte Ecritures » (Constitution sur la Liturgie). Quelle étonnante fonction que celle de lecteur : faire parler Dieu ! Mais aussi quelle responsabilité !

Si l’on appelle ce temps « La liturgie de la Parole », il faut en effet que Dieu parle ! Or, parle-t-il vraiment, si le lecteur n’a pas préparé, répété, si l’on ne l’entend pas au-delà du troisième rang, si son articulation est molle, sa vitesse de lecture trop rapide ou son monocorde ou scolaire ? Il faut nous le redire constamment : la lecture en public a ses lois propres qui ne sont pas innées, même chez quelqu’un… qui sait lire pour lui. Deux exigences découlent de ce principe. En premier lieu, il n’est pas respectueux ni de Dieu qui veut nous parler, ni de l’assemblée qui doit l’entendre, de choisir le ou les lecteurs deux minutes avant la messe. Deuxièmement, une paroisse ou une communauté ne peut pas se permettre de faire lire des lecteurs à longueur des dimanches sans avoir, de temps à autre, et surtout pour les nouveaux lecteurs, un exercice d’apprentissage de la lecture en public, contrôlé et dirigé par quelqu’un qui en connaît les lois par profession ou par acquisition personnelle. Ce n’est pas du luxe, c’est une nécessité. Beaucoup de diocèses disposent d’ailleurs de formateurs capables de mener un atelier sur ce point.

Enfin, s’il s’agit d’une liturgie de la Parole, cela veut dire qu’on écoute le lecteur et non pas que l’on suit ce qu’il lit dans une revue ou un missel. C’est une habitude qui se prend et qu’il faut combattre. Elle était légitime lorsque la lecture était en latin et qu’on en suivait la traduction. Elle va, maintenant, contre l’intention de l’Eglise. Ou alors, c’est que le lecteur lit trop mal, et c’est lui qu’il faut corriger, et non l’auditeur.

 

Le cas de la deuxième lecture

On se demande si trois lectures tous les dimanches, ce n’est pas trop ! Peut-être faudra-t-il revoir la question de plus près. En tout cas, la solution n’est pas de mettre la deuxième lecture à la préparation pénitentielle, au Credo ou à l’action de grâce après la communion. On comprend les motifs de ce déplacement, mais il ne peut avoir lieu systématiquement tous les dimanches. Ce serai fausser l’objectif de la lecture qui de est de révéler qui est Dieu qui nous parle et ce qu’il fait pour notre salut. Il n’est pas impossible d’y faire allusion à la préparation pénitentielle, ni de relire tel passage des lectures du jour à la communion ; c’est d’ailleurs ce que fait souvent l’antienne. Mais il s’agit d’une utilisation limitée et non d’une lecture à proprement parler. On se rappellera, cependant, que davantage de souplesse est accordée dans le cas des messes d’enfants, comme le précise le Directoire des messes d’enfants qui a été réédité avec la Présentation Générale du Missel Romain (L’Ordo Missae) et dont on trouvera les commentaires pour les pays francophones dans Célébrer la messe avec les enfants.

 

Le livre

La parole que Dieu nous adresse est contenue dans le Livre (O Biblos !). On imagine alors la dignité que « l’objet » doit avoir : une dignité proportionnelle à ce qu’il contient et à ce qu’il représente. Comment est-il donc possible qu’on en vienne à se contenter d’une feuille de papier, d’une petite revue ou d’un missel de poche ? C’est exactement ce que l’on appelle un contre-signe ! Pour nous en convaincre et résumer la foi qui nous anime, relisons ce passage de la Constitution dogmatique sur la Révélation Divine (n° 21) : « L’Eglise a toujours vénéré les divines Ecritures, comme elle l’a toujours fait pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ pour l’offrir aux fidèles ».

 

  

L’homélie

 

« Le premier jour de la semaine, alors que nous étions réunis pour rompre le pain, Paul, qui devait partir le lendemain, adressait la parole (ici, le verbe « dialegomaï », d’où vient le mot « dialogue ») aux frères et il avait prolongé l’entretien (ici, le verbe « omilev », d’où vient le mot « homélie ») jusque vers minuit » (Actes20, 7).

  

Simplification et rétablissement

C’est au n°50 de la Constitution sur la Sainte Liturgie que le deuxième Concile du Vatican énonce les principales pratiques de la réforme liturgique : « En gardant fidèlement la substance des rites, on les simplifiera : on omettra ce qui, au cours des âges, a été redoublé ou a été ajouté sans grande utilité ; on rétablira, selon l’ancienne norme des saints Pères, certaines choses qui ont disparu sous les atteintes du temps ». La prière universelle et l’homélie ont été rétablies pour répondre à ce dernier principe.

 

Sens, place et fonction

La présentation Générale du Missel Romain (dans Pour célébrer la messe) précise ainsi ce qu’est l’homélie : « La partie principale de la liturgie de la Parole est constituée par les lectures tirées de la Sainte Ecriture, avec les chants qui s’y intercalent ; mais l’homélie, la profession de foi et la prière universelle la développent et la concluent. Car, dans les lectures, que l’homélie explique, Dieu adresse la parole à son peuple, il découvre le mystère de la rédemption et du salut et il présente une nourriture spirituelle ; et le Christ lui-même est là, présent par sa Parole, au milieu des fidèles ».

Autre précision :

L’homélie « doit expliquer un aspect des lectures scripturaires, ou bien d’un autre texte de l’ordinaire ou du propre de la messe du jour, en tenant compte soit du mystère que l’on célèbre, soit des besoins particuliers des auditeurs ».

Ainsi, l’homélie n’est pas un sermon, qui peut avoir n’importe quel sujet pourvu qu’il soit religieux. L’homélie est une explication de la parole que Dieu adresse, ce jour-là, à son peuple pour lui faire découvrir le mystère de la rédemption et du salut, et le nourrir. Le n°41 précise que l’homélie ne doit expliquer qu’un aspect de ce mystère, en lien avec le mystère célébré ou tel besoin particulier des auditeurs.

Cela signifie concrètement :

1.                  Que l’homélie part toujours de la Parole de Dieu et de ce qu’elle annonce. Elle dit en quoi ce que Dieu nous révèle est une Bonne Nouvelle (un Evangile !), et non pas une mauvaise nouvelle culpabilisante.

2.                 Que l’homélie choisit un aspect du mystère, sans chercher à vouloir chaque fois tout dire et, particulièrement, à être chaque fois un résumé complet de l’exposé dogmatique de la foi chrétienne.

3.                 Que l’homélie tient compte des besoins des fidèles. Elle n’est pas intemporelle mais, au contraire, se préoccupe de dire tel événement, telle situation selon la Parole que Dieu donne à son peuple.

 

Faut-il de l’exégèse ?

L’homélie n’est pas de l’exégèse. Mais l’explication de tel mot ou de telle expression et, peut-être surtout, de tel contexte historique et religieux qui devront parfois faire appel à l’exégèse pour que le message soit compris.

 

L’homélie est-elle une annonce de la foi ?

Au sens où ce serait la première fois que les auditeurs entendraient cette annonce (ce Kérygme), non ! A certaines funérailles ou certains mariages ou baptêmes, cependant, on n’en sera pas loin.

 

Catéchèse ou mystagogie

L’homélie n’est pas une séance de catéchisme, même pour adultes. Il ne fait pas de doute, cependant, qu’elle comporte une part d’enseignement ou, tout au moins, de rafraîchissement des connaissances. Mais les fidèles ne sont pas là directement pour apprendre, au sens intellectuel du mot. Les fidèles par l’homélie, ont à passer de la parole que Dieu leur adresse à la réalisation de la Parole que Dieu dit dans l’action sacramentelle qui suit (eucharistie, baptême…) et dans leur vie. L’homélie n’explique pas un contenu, elle révèle quelqu’un, elle révèle l’action mystérieuse (cachée aux sens) de Dieu dans la vie de son peuple et dans le monde. En ce sens, pour reprendre un mot ancien, elle est mystagogique, explication des mystères.

 

Nazareth

Nous sommes à la synagogue de Nazareth un jour de Sabbat. Jésus est là, à l’office. Le chef de la synagogue lui confie la lecture. C’est un texte du troisième Isaïe que Jésus lit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi… » Ce texte a cinq siècles et, pourtant, Jésus va dire : « Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit » (Luc 4, 21).

C’est le modèle de toute homélie.

 

 

Le symbole de la foi

 

« Le symbole, ou profession de foi, dans la célébration de la messe, vise à ce que le peuple acquiesce et réponde à la Parole de Dieu qu’il a entendue dans les trois lectures et par l’homélie, et se rappelle la règle de la foi avent de commencer à célébrer l’eucharistie » (P.G.M.R. n°43).

Avant de parler de la pratique du symbole dans la messe, commençons par nous interroger sur l’étonnante utilisation que fait l’Eglise du mot « symbole » pour désigner l’expression la plus solennelle de sa foi. Qui saurait en rendre compte ?

Dans le langage courant, le mot « symbole » ou son adjectif « symbolique » renvoie plutôt à quelque chose de dérisoire, de pas vraiment réel. La présence symbolique de quelqu’un à une réunion signifie qu’il n’a pas dû y être très présent ! Alors, pourquoi le « Symbole des Apôtres » ou le « Symbole de Nicée-Constantinople » ?

 

Qu’est-ce qu’un symbole ?

Le mot vient du verbe grec « symballeïn » = mettre ensemble, rassembler, réunir. Le « symbolon » désignait une pièce, en terre cuite ou autre, dont deux cités, clans, familles gardaient la moitié, après l’avoir cassée. Pouvoir mettre ensemble ces deux moitiés en les raccordant, manifestait que l’on avait bien affaire à l’autre partie avec laquelle on avait passé contrat ou fait alliance. Le symbole est toujours une moitié de quelque chose qui sert de reconnaissance avec la partie qui possède l’autre moitié.

 

Pourquoi le Credo est-il un symbole ?

o                   Individuellement, aucun fidèle ne peut dire que sa foi est la foi de toute l’Eglise. Il est d’Eglise, mais il n’est pas l’Eglise. Par le Credo, il rassemble sa foi à la foi de tous les fidèles et, en premier lieu, de ceux qui constituent l’Assemblée-Corps du Christ dans laquelle il se trouve. Le Credo est le symbole de la foi d’une assemblée, le moyen par lequel, dans toutes leurs diversités, les fidèles expriment une même foi commune.

o                   Localement, une assemblée, surtout si elle est réunie autour de l’évêque, est bien l’Eglise qui est présente en ce lieu, mais elle n’est pas l’Eglise catholique universelle. Par le Credo, cette assemblée rassemble sa foi à la foi de toutes les autres Eglises. Le Credo est le symbole de la foi catholique de toutes les Eglises locales, le moyen par lequel, dans leurs diversités géographiques et culturelles, elles expriment une même foi.

o                   Théologalement, la foi est un don de Dieu. Par le Credo, les fidèles s’unissent à Dieu en exprimant leur foi à Celui qui la leur donne. En fin de compte, le Credo est un symbole parce qu’il est un acte de communion.

 

Les difficultés du symbole

On le sait, le Symbole de Nicée-Constantinople ne s’est pas fait un jour. Il est la conséquence de combats, d’approfondissements théologiques et d’une volonté de rigueur dans l’expression de la foi, qui font partie du patrimoine de l’Eglise.

Mais, il est inutile de le cacher, la formulation très philosophico-théologique du symbole de Nicée-Constantinople pose problème aujourd’hui. Pourtant, il faut oser dire qu’elle est inévitable (incontournable !). On peut regretter que Vatican II n’ait pas produit un nouveau symbole, mais il ne l’a pas fait !

Il est vrai que le Missel Romain de 1975 permet également l’utilisation du symbole des Apôtres qui est beaucoup plus abordable, et que la veillée pascale et le rituel du baptême utilisent la triple profession de foi. Ces possibilités ne doivent pourtant pas exclurent, quel qu’en soit le prix, la connaissance par tous les fidèles, du grand Symbole.

Inutile de le cacher non plus, on découvrira qu’avec cette compréhension de ce qu’est le symbole de la foi, certains petits refrains intercalaires ou certains chants de remplacement NE FONT PAS LE POIDS. On pourrait à la rigueur, ici ou là et dans telle circonstance précise, chanter « Dieu qui chante et fait chanter la vie », mais cela ne peut jamais être à la place du symbole. Il y a là un TRAVESTISSEMENT SENTIMENTAL DE L’EXPRESSION DE LA FOI, qui n’est pas respectueux de l’Eglise.

Le Dieu d’Abraham, de Moïse et de David, le Dieu de Jésus-Christ chante-t-il ? Peut-être fait-il chanter la vie ? Sûrement, mais certainement pas comme un gentil baladin !

Faut-il alors être sévère et triste pour professer la foi ? Non ! Mais il faut savoir que la foi que nous professons ne vient pas de nous et ne vit pas qu’en nous. Elle doit donc pouvoir se réunir à celle de tous les autres croyants, comme un symbole à son autre moitié.

 

  

La prière universelle

 

En restaurant la liturgie de la Parole, la réforme liturgique de Vatican II ne s’est pas contentée d’augmenter le nombre des lectures, d’en élargir le choix et, surtout, de les présenter en langues vivantes, elle a rétabli une structure de dialogue où toute l’assemblée répond à la Parole de Dieu qu’elle reçoit. La prière universelle, par laquelle l’assemblée transforme la Parole en supplication, en constitue le sommet.

 

Une fonction sacerdotale

« Dans la prière universelle, le peuple, exerçant sa fonction sacerdotale, supplie pour tous les hommes (P.G.M.R. n°45). Cette petite phrase en dit long sur la prière liturgique, et même sur la liturgie tout court. Parce qu’ils sont baptisés et, par là, incorporés au Christ-Prêtre, les fidèles sont habilités à rendre un culte à Dieu, culte de supplication, d’offrande sacrificielle et d’action de grâce. Les fidèles ne sont pas donc là pour eux. Ils supplient, ils offrent et rendent grâce au nom de toute l’Eglise qui les délèguent pour exercer leur fonction sacerdotale au service de toute l’humanité.

Qui aurait imaginé que nos modestes prières universelles avaient un tel poids ?

 

Une fonction d’actualisation

C’est aujourd’hui, non pas n’importe quand, que telle parole, et non pas n’importe laquelle, est proclamée. En quoi rejoint-elle une catégorie de personnes vivant tel événement ou étant dans telle situation ? La P.G.M.R. dit en son numéro 33 : « Nourri par elle (la Parole), il (le peuple) supplie avec la prière universelle pour les besoins de toute l’Eglise et pour le salut du monde entier ».

Voilà donc une fonction qui ne peut pas être intemporelle !

 

Une fonction d’annonce

On ne prie jamais pour le passé ! Cette évidence nous rappelle que la Parole de Dieu, si éloignée qu’elle soit de nous dans le temps, a toujours, au sein de l’action liturgique, une fonction d’annonce prophétique : elle annonce le règne qui vient et l’homélie précisera où et comment aujourd’hui. Reste à transformer cette annonce et son explication en prière commune. La prière universelle n’est pas d’abord un examen de conscience de la communauté rassemblée ou une analyse des problèmes locaux et mondiaux. Elle est la prière pour que le règne de Dieu grandisse là où il est déjà planté et là où il ne l’est pas encore. Elle est prière qui convertit déjà les réalités les plus concrètes du monde qui nous entoure. Voilà donc une fonction qui ne peut pas être alarmiste.

 

Une fonction universelle

La communauté est rassemblée, mais ce n’est pas d’abord pour elle qu’elle prie. Bien au contraire, la prière universelle a pour fonction de faire sortir cette communauté d’elle-même en la tournant vers tout ce qui est autre qu’elle : l’Eglise universelle, les dirigeants des affaires publiques, tous ceux qui sont accablés par une difficulté (cf. P.G.M.R. n° 46). C’est seulement lorsqu’elle l’a fait, qu’elle peut prier pour elle. Il faut ajouter à cela que la vraie prière pour l’assemblée, c’est la prière eucharistique : « Sur nous tous enfin… ». D’où vient alors que les intentions entendues tournent de plus en plus autour du « nous » : « Afin que nous… » ! Comment le « nous » pourrait-il être universel ?

Voilà donc une fonction qui ne peut pas être égocentrique !

 

Une fonction à exercer

Cela dit, tout reste à faire et, particulièrement, à rédiger ! A ce qui découle des réflexions précédentes, ajoutons quelques remarques :

·                    On ne prie pas pour les idées, mais pour des personnes. On ne prie pas pour la liberté, mais pour tous ceux qui la recouvrent ou en sont privés.

·                    Les intentions les plus courtes sont toujours les meilleures.

·                    Une succession d’intentions et de refrains peut n’avoir de prière que le nom. La garantie de la prière réside aussi dans la part de silence qu’on y inclut.

·                    Ce que présentent les revues peut aider, mais il faut toujours une transcription qui tienne compte des besoins concrets, mondiaux et locaux.

·                    Prier engage… même s’il n’est pas question de « nous » dans la prière.

·                    L’introduction et l’oraison conclusive reviennent au prêtre ; les intentions, au diacre ou aux fidèles.

La prière universelle n’aura pas lieu sans la préparation et la réalisation qu’en font le prêtre et les fidèles. Cependant, dans l’acte liturgique, elle n’est plus leur prière, mais celle de Celui qui est « toujours vivant pour intercéder en faveur des hommes » (He 7, 25).

  

La préparation des dons

 

Comme les habitudes sont difficiles à perdre ! Le Missel Romain de Paul VI a remplacé l’Offertoire par la « Préparation des dons ». Et pourtant, que disons-nous qu’il va se passer à la messe, lorsque la prière universelle est achevée et que l’assemblée s’assied ?

 

L’enjeu du changement

S’il ne s’agissait que d’une simple question de mots, l’affaire ne vaudrait même pas un paragraphe. Mais, par les mots, c’est un changement radical de mentalité qua la réforme veut opérer.

o                   Durant les dix siècles qui ont précédés Vatican II, le canon était devenu « secret », sauf la préface et le « Per omnia » final.

o                   Durant ce même temps, l’offertoire se chargeait de prières privées exprimant l’offrande du sacrifice et l’indignité du célébrant.

o                   De sorte que les premiers essaies de restauration liturgiques qui précédèrent Vatican II en virent naturellement, pour exprimer l’offrande des fidèles, à gonfler l’offertoire : « l’immense foule des hommes… ».

o                   Or, le grand et unique moment d’offrande de la messe est celui où le Christ lui-même s’offre à son Père et nous offre avec lui. Et c’est la prière eucharistique qui l’exprime et le réalise, et non l’offertoire.

o                   C’est donc très logiquement que la réforme conciliaire a réhabilité la Prière eucharistique et, du même coup, fait passer l’offertoire, de doublet qu’il était, à son juste rôle de « Préparation des dons ».

 

Préparer les dons

Il est vrai, malgré tout, qu’une certaine nostalgie de l’offertoire demeure chez beaucoup. Ceci nous amène à faire deux remarques et quelques propositions.

PREMIERE REMARQUE : il ne peut y avoir de nostalgie de l’offertoire que chez ceux qui n’ont pas saisi l’enjeu de la Prière Eucharistique. Quelle perte pour leur foi ! Ce n’est donc pas en maintenant que le mot « offertoire » ou en en regonflant la spiritualité qu’on les enrichira, mais en leur procurant une nourrissante catéchèse mystagogique de l’offrande sacrificielle de la Prière eucharistique.

DEUXIEME REMARQUE : la messe NE MIME pas la Cène, mais elle L’ACTUALISE en ACCOMPLISSANT le mémorial du Seigneur. Ainsi, rompre l’hostie en disant les paroles de la consécration est de l’ordre du mime et non du mémorial, lui, étale rituellement les gestes du Christ.

ü                 Il prit le pain : c’est la préparation des dons ;

ü                 Il rendit grâce : c’est la prière eucharistique ;

ü                 Il le rompit : c’est la fraction du pain ;

ü                 Et le donna : C’est la communion

De la sorte, la préparation des dons, bien loin d’être négligée par la réforme, retrouve sa place la plus éminente de premier geste par lequel, à la messe, l’Eglise répond au commandement du Seigneur en faisant ce qu’il a fait à la Cène, en mémoire de lui.

 

Quelques propositions

Elles ne sont rien d’autre qu’une application de la Présentation Générale du Missel Romain : P.G.M.R.

§                    Préparer l’autel. Les choses parlent autant que les mots ! Seul un autel « vide » dira l’importance de ce qui va se passer, parce ce qu’il sera prêt à recevoir dignement le pain et le vin. Tout encombrement préalable le fera passer pour une crédence, alors qu’il est la table du « Repas du Seigneur » (1 Co 11, 20).

§                    D’ailleurs, la patène (ou la coupelle d’hosties) et le calice n’ont pas à y être depuis le début de la messe, puisque « c’est un usage à recommander que de faire présenter le pain et le vin par les fidèles » (P.G.M.R. n°49). Même dans une Eglise aux dimensions modestes, il y a donc intérêt à ce que le pain et le vin soient à une certaine distance de l’autel pour que leur présentation par les fidèles au prêtre (ou au diacre) qui les reçoit et les dépose à l’autel, ait une signification visible.

§                    D’autres dons (argent, dons en nature) peuvent aussi être apportés, mais ils ne doivent pas être déposés sur l’autel qui ne reçoit que le pain et le vin pour l’Eucharistie.

§                    C’est normalement à voix basse que sont dites, par le prêtre, les prières de la Préparation (« Tu es béni… ». Cela est évident s’il y a un chant ou une musique instrumentale. En leur absence, on peut tout à fait admettre qu’elles soient dites à voix haute, mais d’une façon cependant moins proclamatoire que la Prière eucharistique qui suivra.

Admirable échange que ce pain et ce vin que Dieu nous donne et que nous lui présentons, afin qu’il nous les rende en Corps et Sang de son Fils, pour qu’à notre tour, et par le Christ, nous lui rendions grâce !

 

  

Le chant de l’anamnèse

« Faites ceci en mémoire de moi »

 

Tous les croyants sentent confusément que cette parole qui a bientôt vingt siècles est, en même temps, d’une actualité mystiquement efficace. Elle est l’axe autour duquel tournent les différentes composantes de l’Eucharistie et même de toute la vie de foi : « il est grand le mystère de la foi ».

 

En mémoire

C’est ce mot qui traduit le grec « anamnesis », qui traduit lui-même l’hébreu « zikkaron ». C’est dire que nous devons aller chercher ce qu’il signifiait avant Jésus, pour comprendre ce que Jésus a voulu dire en l’employant. Il apparaît pour la première fois dans la Bible à propos de la révélation du nom de Dieu à Moïse, dans l’épisode du buisson ardent : « C’est là mon nom pour toujours, c’est le mémorial (le zikkaron) par lequel vous me célébrerez d’âge en âge » (Ex 3, 15). On le retrouve quelques chapitres plus loin, à propos de l’institution de la fête de la Pâque : « ce jour-là sera pour vous un mémorial (un zikkaron) » (Ex 12, 14).

Faire mémoire est donc un acte cultuel dans lequel on s’appuie sur un fait passé (buisson ardent, sortie d’Egypte, institution de l’Eucharistie à la Cène) pour en célébrer l’actualité, et même l’actualisation dans le cas de la Pâque et de l’Eucharistie, tout en annonçant son avenir. Sans employer le mot, Saint Paul en exprime le contenu lorsqu’il écrit aux Corinthiens : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11, 26).

 

Le paradoxe de l’anamnèse

Ce paradoxe, le voici ! Le Seigneur vient de se rendre présent sous la forme du pain et du vin consacrés. Or, il n’y a pas trente secondes que la consécration a eut lieu, que la liturgie nous fait crier : « Viens !». S’il est là, pourquoi lui demander de venir ? Oui, ce paradoxe est si violent que la tentation est grande de la gommer, et c’est ce que font bien des chants que, sans réfléchir hélas, on croit pouvoir utiliser à cet instant de la messe, mais qui n’ont rien à voir avec l’anamnèse, ni avec ce qu’elle révèle et célèbre.

On pense qu’il ne s’agit que d’une acclamation, et l’on chante « Vive Dieu ! » ou « Que tes œuvres sont belles ! ». On pense qu’il ne s’agit que d’un souvenir ou d’un rappel, et l’on chante : « Souviens-toi de Jésus-Christ »… Mais c’est alors, en gommant le paradoxe, toute la dynamique de la foi que l’on efface. Ne serait-ce pas également de cet effacement-là qu’il s’agirait dans le très célèbre « Christ est venu » qui chante bien « Christ reviendra », mais pour revenir au « Christ est là » et s’achever dans le présent immédiat, alors que l’anamnèse liturgique s’appuie sur le passé (Gloire à toi qui était mort) pour affirmer le présent (Gloire à toi qui est vivant) et appeler le futur (Viens, Seigneur Jésus !). En outre, pourquoi ce chant parle-t-il du Christ, au lieu de lui parler, puisqu’il est là ? Mais, du moins, les trois dimensions du temps y sont-elles présentes, et donc vécues, ce qui est loin d’être le cas dans certaines autres fausses acclamations d’anamnèse qui ne sont que des cantiques, louables par ailleurs, mais, on l’a compris, qui n’ont pas leur place ici.

 

La dynamique de la foi

« Nous avons été sauvés, mais c’est en espérance ; voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer : ce que l’on voit, comment peut-on l’espérer encore ? Mais nous qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance » (Rm 8, 24). Telle est la dynamique de la foi ; c’est une dynamique de l’attente active. Saint Luc nous en parle de façon forte, mais plus imagée, en nous rapportant les paraboles sur la vigilance : « Restez en tenue de travail et gardez vos lampes allumées… » (Lc 12, 35-48).

Il y a bien évidemment, aucune trace d’un quelconque affaiblissement de la foi en présence du Seigneur ressuscité dans l’Eucharistie. Il s’agit, au contraire, de son élargissement. Dans l’Eucharistie, la présence du Seigneur nous est déjà donnée, mais de façon cachée. Elle appelle sa plénitude. S’en contenter nierait la promesse du Seigneur qu’il « reviendra dans la gloire » et qu’il réduirait l’objet de notre foi à ce qui n’en constitue que les prémices : « à présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse, mais alors, ce sera face à face » (1 Co 13, 12).

La dynamique de la foi fait de notre vie une marche à la suite du Christ dans laquelle l’Eucharistie est toujours le viatique. L’anamnèse l’annonce et le célèbre.

 

 

La communion

 

Après la préparation des dons et la prière eucharistique, la liturgie eucharistique atteint son sommet avec les rites de communion. Ces rites ne posent pas de problèmes majeurs, mais un certain nombre de points méritent d’être revus pour une amélioration de nos célébrations.

 

Un geste de paix

C’est un geste tout à fait traditionnel qui a accompagné l’Eucharistie durant de longs siècles. Certains n’y voient qu’une sorte de bonjour factice ou une offre de paix superficielle ou utopique. Ce qui est oublié, dans ces sentiments, c’est que ce n’est pas du tout notre paix que nous nous donnons, mais celle du Seigneur lui-même qui nous l’offre et dont nous faisons le partage. Et cela change tout ! Mais, sans doute faut-il le rappeler de temps à autre aux fidèles. Peut-être faut-il aussi se donner la paix autrement que l’on se dit bonjour ! Avec les deux mains, par exemple.

 

La fraction du pain

On sait que c’est un des premiers noms de la messe (cf. l’épisode des disciples d’Emmaüs en Lc 24, 30 et la description de la première communauté chrétienne en Ac 2, 42). Mais qui de nous, aujourd’hui, si la messe n’avait pas de nom, l’appellerait « fraction du pain » ? Ce geste si caractéristique de la liturgie familiale juive et de la pratique de Jésus avec ses disciples, ce geste si essentiel à la Cène et mentionné dans chacune de nos prières eucharistiques, ce geste perd beaucoup de sa force et de son sens, notamment, il est constitutif de l’Eucharistie où le Christ ROMPT son corps pour nous faire le partage de sa vie, comme il avait été ROMPU sur la croix de façon physique et sanglante.

Comment donc redonner du poids à un tel geste ?

 

o                   Utiliser au maximum des grandes hosties (ou un certain nombre de grandes hosties) qui nécessitent un minimum de fraction.

o                   N’utiliser pour la prière eucharistique qu’un seul récipient (grand ciboire, grande coupelle) qui nécessitera, au moment de la fraction, une répartition des grandes hosties dans des récipients plus petits qui serviront à donner la communion à plusieurs endroits.

o                   On comprendra que ce serait une mauvaise compréhension de ce geste de la part du prêtre qui préside, que de rompre la grande hostie durant la consécration en même temps qu’il dit : « il le rompit ». La messe n’est pas un mime, mais un mémorial actuel de l’offrande sacrificielle que le Christ ne cesse de faire de sa vie à son Père.

 

Agneau de Dieu

Voilà bien une expression qui pose question. Certains pensent qu’elle ne correspond plus à la culture contemporaine et remplacent le chant de l’agneau de Dieu, par exemple, par un chant de paix. Mais en éliminant l’expression, et donc la question qu’elle pose, on élimine aussi la chance d’explication qui peut lui être donnée et, par le fait même, la compréhension de l’acte par lequel le Christ nous donne sa vie.

Parce que son sacrifice sanglant sur la croix est unique (He 7, 27), mais qu’il veut en offrir le bénéfice à tous les temps de l’Eglise, Jésus remplace l’agneau pascal par ce qui l’accompagnait : la galette de pain azyme et la coupe de vin. Parce que cet unique sacrifice sanglant rend caducs tous les autres, il ne peut plus y avoir d’autre agneau pascal que celui qui mourut sur une croix et rend présent son sacrifice, en tout temps, sous la forme cachée du pain et du vin dont il fait son corps et son sang.

C’est la raison pour laquelle nous chantons l’AGNEAU DE DIEU, non en découpant un agneau, mais en rompant la pain consacré.

Bien loin de s’arrêter de « faire quelque chose », comme au GLOIRE A DIEU et au SANCTUS, c’est au contraire durant le chant lui-même que le prêtre qui préside rompt la grande hostie, répartit les petites dans les ciboires ou coupelles pour la communion (s’il y a lieu) et distribue le Corps du Christ à ceux qui sont avec lui à l’autel (si c’est le cas). C’est la raison pour laquelle aussi c’est en montrant un morceau de pain et non un agneau, que le prêtre dit à l’assemblée : « Voici l’agneau de Dieu ».

« Le Christ, notre Pâque, a été immolé » (1 Co 5, 7).

Comment un tel mystère sera compris et vécu par nos assemblées si, à l’occasion de telle ou telle lecture biblique, l’homélie ne le commente pas ?

 

« Heureux les invités… »

Il n’est pas rare d’entendre la formule du Missel : « Heureux les invités au repas du Seigneur », transformé en : « Heureux sommes-nous d’être invités… ». On comprend le souci pastoral de rendre la liturgie plus proche des fidèles, qui anime ceux qui font cette transformation. Mais, sans le savoir, ils réduisent considérablement la portée de cette phrase. Deux textes du Nouveau Testament sont à son origine : « Heureux les invités au repas des noces de l’agneau » (Ap 19, 9), et la parabole des invités remplacés par les pauvres en Luc 14, 15-24 : « Heureux celui qui participera au repas dans le royaume de Dieu ». (La parabole du festin nuptial, en Mt 22, 1-10, lui est parallèle, mais n’a pas la phrase).

Dans les deux cas, il s’agit de l’invitation la plus large possible : « une foule immense » dans l’apocalypse ; « les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux » chez Luc, puisque les vrais invités ont décliné leur invitation. Cela signifie que la formule du missel ne concerne pas que les membres de l’assemblée devant qui elle est prononcée. Dans une vision de foi qui va bien au-delà de l’assemblée visible, elle révèle à ceux qui vont communier qu’ils ne sont justement pas les seuls à être invités : le clochard qui est à la porte de l’Eglise l’est aussi ; l’anticlérical qui habite place de l’Eglise l’est aussi ; les enfant et petits-enfants des adultes et personnes âgées qui sont à la messe le sont aussi, bien qu’il aient, pour certains, cessé de pratiquer ; toute l’humanité l’est aussi, toute l’humanité est invité à long terme à participer au festin éternel du Royaume.

A l’heure où les termes de « communication et mission » viennent préciser les orientations pastorales de cette fin du XX° siècle. La formule : « Heureux les invités au repas du Seigneur » prend tout son poids et, si ce n’est jamais opportun d’en réduire la portée, c’est encore moins le cas aujourd’hui.

 

Les ministres extraordinaires de la communion

Le prêtre célébrant peut être amené à faire appel à un (ou plusieurs) laïc pour l’aider à distribuer la communion, habituellement ou exceptionnellement. Plusieurs points sont à préciser à ce sujet.

·                    Tout doit être fait pour que le (ou les) laïc appelé à distribuer la communion ne soit pas prévenu au dernier moment. Donner la communion est une tâche habituelle pour le prêtre. Ce n’est pas le cas pour le laïc : c’est, pour lui, une action extraordinaire et profondément marquante, même s’il l’accomplit de temps à autre. Il a donc besoin de s’y préparer spirituellement.

·                    Sans faire un système, on peut dire qu’il y a une certaine convenance à ce que le (ou les) lecteur qui a distribué aux fidèles le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu, le distribue également sur celle du Corps du Christ.

·                    Le Missel Romain dit clairement que les ministres extraordinaires de la communion sont bénis par le prêtre célébrant, « lorsque l’invocation « Agneau de Dieu » est achevée ». Cela signifie que :

v     D’abord, il existe une bénédiction des ministres extraordinaires de la communion. Pourquoi ne l’entend-on presque jamais ? Vis-à-vis du ministre lui-même, elle confirme le caractère officiel de sa fonction, quel que soit le sentiment d’indignité qu’il en ait. Vis-à-vis de l’assemblée, elle confirme qu’il ne s’agit là ni d’un honneur ni d’un privilège personnel, mais d’un ministère, c’est-à-dire d’un service.

v     Ensuite, si le ministre reçoit cette bénédiction après le chant de l’agneau de Dieu, cela suppose qu’il est déjà près de l’autel à ce moment-là et donc qu’il n’y arrive pas au dernier moment (c’est-à-dire pas au moment où le prêtre quitte l’autel pour aller donner la communion). En vérité, le meilleur moment où il peut arriver à l’autel (avec les autres animateurs de la célébration, d’ailleurs !) se situe entre l’Amen de la prière eucharistique et la monition d’introduction au Notre Père, c’est-à-dire lorsque va commencer le rite de communion.

v     Enfin, le Missel précise que le prêtre et ministres communient en même temps, avant de commencer à distribuer la communion. Et pourquoi pas sous les deux espèces ?

 

Communion dans la bouche ou dans la main ?

Selon les directives de Rome, une note du Conseil permanent de l’Episcopat français, en date du 19 juin 1969, donne la possibilité de recevoir la communion dans la bouche ou dans la main. Chaque fidèle est donc parfaitement libre.

Cela dit, il est bon de rappeler de temps à autre la légitimité des deux façons, à l’intention notamment des chrétiens de la génération postérieure à Vatican II. On peut même leur préciser que la communion dans la bouche ne s’est généralisée, dans l’Eglise occidentale, qu’à partir du X° et du XI° siècle, ce qui faisait dire à un liturgiste malicieux que « les vrais conservateurs, aujourd’hui, sont les chrétiens qui communient… dans la main ! ».

 

 
 

 

 

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