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LE GENIE DU CRIME
FRANCE CULTURE
(Lun à Ven 18h00)
C'était le
temps où les apaches tenaient Paris, la nuit le temps où
les demoiselles de Machin-Chose se faisaient arracher du
cou leur rivière de diamants, dans les hôtels de luxe, à
la faveur d'étranges pannes de courant. Le temps où Arsène
Lupin
signait ses larcins d'une gerbe de fleurs. La folle époque aux
allures de feuilleton, où se mélangent réel et fiction.
Paris, 1908. Colette, Loti, Leroux, Valéry. Les attentats anarchistes,
Clémenceau, la bande à Bonnot, le french-cancan,
l'orient-Express, la réclame à la radio. Et les apaches,
bandits, voyoux, hordes de miséreux qui attendent dans les sombres
ruelles, à la sortie des spectacles, pour donner à la presse
son lot de sanglants faits divers. Dans un cocktail mondain, on
discute, coupe à la main, de l'exotisme, tellement à la
mode. Colette présente Marcel Allain, fou de voilures automobiles,
petit journaliste sant travail , à Pierre Souvestre, fou de voitures
automobiles, journaliste à ses heures (tardives), diplomate
élégant, qui cherche un chauffeur-secrétaire. Dans
le brouhaha de ce début de siècle , où la vie parisienne
ressemble à une
serre tropicale, luxuriante, chargée, décadente, les deux
hommes mélangent leurs imagination pour écrire des "feuîlletons
mécaniques, automobiles". Leur ambition est de frôler
le mal, de trouver, à tâtons, un personnage terrible : Fantomas,
le génie
du crime.
L'histoire de la naissance de Fantômas, où comment Allain
et Souvestre eurent le génie du crime est construite avec brio
par
Cécile Wajsbrot et Didier Jouault. Tortueuse, foisonnante, elle
nous plonge dans une "Belle Epoque' cahotique, dont Allain et Souvestre
saisissent le dérèglement, pour accoucher d'un monstre démoniaque,
parfaitement dans son temps.
Cette ceuvre est un regal, même s'il est un peu difficile d'y trouver
des repères, entre les crieurs de journaux, les
vrombrissements de moteurs, les chanteurs de rues , les crachotis de la
Tsf. Ne manquez pas le savoureux troisième épisode
(mercredi), où Souvestre, en voyage à Vienne, rencontre
Sigmund Freud :" Je vous en prie, faites comme tout le monde,
appelez-moi maître". Souvestre repartira avec la clé
de son personnage, sans le savoir : "Inventez l'horrible, lui confie
le
maître, vous serez encore en deçà du probable".
Un vrai bijou radiophonique, réalisé avec grand talent par
Claude Guerre et
son équipe.
VALERIE PERONNET
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TELERAMA N° 2156 - 8 mai 1991 |