La
lecture de Fantômas, de Pierre Souvestre et de Marcel Allain,
est en ce moment fort à la mode dans plusieurs milieux littéraires
et artistiques.
Cet extraordinaire roman, plein de vie et d'imagination, écrit
n'importe comment, mais avec beaucoup de pittoresque, a trouvé,
grâce à la vogue que lui a conférée le cinéma,
un public cultivé qui se passionne pour les aventures du policier
Juve, du journaliste Fandor, de Lady Beltham, etc , etc,
La lecture des romans populaires d'imagination et d'aventures est une
occupation poétique du plus haut intérêt. Pour ma
part, je m'y suis toujours livré par à-coups, mais complètement,
huit, dix jours de suite. Ce sont même, je crois, à peu
prés les seuls livres que j'aie bien lus et j'ai eu le plaisir
de rencontrer nombre de bons esprits qui partageaient ce goût
avec moi.
Le grand Elémir Bourges, qui a dévoué une grande
partie de sa vie à la lecture des livres les plus sérieux,
les plus difficiles à lire, et que peu de gens lisent, se récrée
parfois en lisant des romans d'imagination. Le merveilleux Dumas père,
le poétique Paul Féval, inventeur de chansons imprévues
et touchantes comme celles que nous a conservées le riche folklore
de la Bretagne, les épopées populaires américaines
: Nick Carter et Buffalo Bill, ces deux éloges
de l'énergie contre lesquels s'élèvent bien mal
à propos certains moralistes, n'ont pas de secrets pour lui...
Bismarck lisait Gaboriau. Vincent Muselli lit William Tharp.
Fantômas est, au point de vue imaginatif, une des œnvres
les plus riches qui existent. Les descriptions y sont presque toujours
exactes et, plus tard ce sera, pour l'argot contemporain, une mine de
documents inappréciables.