MON FANTÔMAS
Michel BOUJUT
La lecture de Fantômas convient
mieux aux poètes
que celle de leurs contemporains poètes.

Virginie VELUE
Mon Fantômas
du tendre automne
des jours de gel
du catéchisme interrompu
des barricades toujours fleuries
je te salue en maléfices.

Mon frère en Sade
mon assassin
superbe et malfaisant
mon bouquet tragique
ma grande ombre
ma tache pourpre
indélébile.

Mon France-Soir en liberté
mon indicible cruauté
ma vie rapide et savourée
mon fiacre allègre dans la nuit.

Ma série noire à col cassé
mon cercueil vide
ma main coupée
je te salue en Ravachol.

Mon beau saigneur
mon mort qui tue
mon Jésus cru
mon métro neuf
mon illusion
ma Mélusine
mon alcool rare
mon train perdu
je te salue en Père Ubu.

Mon bonheur dans le crime
ma vérité du dimanche matin
mon couperet sans rémission
mon naufrageur aux yeux verts
mon Gilles de Rais d'avant le déluge.

Mon voleur d'or
ma table de dissection
ma machine à découdre
mon Prométhée de la Grand-Ville
mon éclusier en bleu de ciel.

Mon Poète
mon immortel.
(Paru dans " La Tour de Feu " n° 87-88, décembre 1965)