Il semble que, jusqu'à
présent, l'aspect du surréalisme que l'on
a surtout - si j'ose dire presque uniquement - étudié
est l'aspect verbal,
si l'on peut ainsi s'exprimer.
Des observations que j'ai recueillies, on peut déduire
que sous certaines influences, l'imagination des faits peut
aussi dicter certains récits qui,
quoique moins colorés, moins chatoyants, présentent
des caractères et offrent des symptômes très
nets.
D'autre part, des exemples sont à citer :
1° Celui de Raymond Roussel. J'ai eu l'honneur et le
plaisir d'entretenir l'auteur d'Impressions d'Afrique pendant
une répétition de L'Etoile
au front. Je ne crois pas être téméraire
en déclarant que Raymond Roussel écrit ses
«anecdotes» (c'est ainsi qu'il nomme les successions
de faits)
comme nous avons écrit, André Breton et moi-même,
Les Champs magnétiques.
2° Celui de Pierre Souvestre et de Marcel Allain, les
auteurs de Fantômas, qui, de l'aveu du dernier nommé,
écrivirent les quelque vingt volumes
(sic) de leur épopée en dictant 14 (quatorze)
heures par jour. Je mets au défi n'importe quel écrivain
d'écrire, et à plus forte raison de dicter,
quatorze heures successivement et pendant plusieurs jours
sans obéir à un automatisme absolu.
L'exemple qu'à mon
tour je propose sous le titre de L'Explorateur au long nez
est une prévue d'un récit, d'une anecdote
imaginée. Je ne suis jamais
allé en Afrique et personne ne m'a raconté
cette histoire. Elle a été écrite en
sept minutes environ, avant de partir pour l'exposition
des Arts décoratifs
où je devais, pour la deuxième fois en 48
heures, parcourir l'itinéraire du Gravity-Railway
.
Je me permets, pour terminer, de demander à quelques
écrivains d'adresser à La Révolution
surréaliste des exemples de récits qu'ils
pourraient écrire.