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Enfant j'aimais
déjà et beaucoup le cinéma. J'y allais
souvent, très souvent. Cela ne coûtait pas cher
et le
jeudi, je trouvais parfois le moyen de passer inaperçu
et de m'asseoir face à l'écran, en qualité
de
spectateur clandestin. Les années passaient, et les
films en même temps.
C'est en ce temps-là que j'ai vu : Le Vautour de la
Sierra, Morgan le Pirate, Charlot, Tom Mix, Rio Jim,
Arizona Bill, Spartacus, Protéa, Rocambole, Zigomar
et, un beau soir, Fantômas !
Fantômas, c'était le maître de l'épouvante,
mais Louis Feuillade - je l'appris plus tard - au studio comme
dans la rue, était le maître de Fantômas.
Et surtout un des maîtres du cinéma primitif,
régi par les lois
foraines et merveilleusement neuf, populaire, vivant.
Les personnages, les « héros » de ses films,
surgissaient de l'extraordinaire, sortaient, s'évadaient
de
l'ordinaire. Et l'ordinaire d'alors, c'était, avec
les actualités de la guerre de quatorze : La Fille
du
Boche, Debout les morts! Dette de haine, Le Héros de
l'Yser, La Maison du passeur ou Mort au champ
d'honneur. Avec Fantômas, avec Les Vampires, on mourait
ailleurs et l'on tuait tout autrement,
insolitement, ingénument.
Aujourd'hui, cette guerre de quatorze est finie, l'autre aussi,
et la grande tuerie mondiale fait des progrès
remarquables. Mais les films de Louis Feuillade, c'est toujours
tout nouveau - tout beau, comme avant. Et
en couleurs, et parlant.
Parlant en gris, en noir, en blanc, avec la troublante éloquence
du rêve, l'espéranto du silence.
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