


Chapitre I
Il existe en France deux châteaux de Lusignan, tous deux ruinés (1) : l'un, situé dans la commune du même nom du département de la Vienne (86600), berceau de la maison poitevine dont une branche régna, notamment, sur l’île de Chypre et fournit au royaume d'Arménie sa dernière dynastie ; l'autre en Lot-et-Garonne, à Lusignan-Grand (47450 Saint-Hilaire de Lusignan), dont il va être question dans les développements qui suivent.
Le château de Lusignan en Agenais est mentionné pour la première fois dans un texte du second semestre de 1279 énumérant les diverses seigneuries du comté qui passent sous la suzeraineté du Roi d'Angleterre, en application du traité de Paris du 28 mai 1258 (ratifié en décembre 1259) et des conventions avec le Roi de France (2) . Quelques explications sont à l'évidence nécessaires.
Relevant à l'origine du duché ou royaume d'Aquitaine ou du duché de Gascogne, le comté d'Agen passa au XIe siècle sous la domination de la maison de Toulouse, qui prétendait d'ailleurs se titrer du duché d'Aquitaine (3) ... Or un long conflit devait être suscité, après la mort en 1105 du comte de Toulouse Raymond IV (dit Raymond de Saint-Gilles), auquel succédait son fils naturel Bertrand; Raymond IV avait eu un frère, Guillaume, dont la fille, Philippa, avait épousé le duc d'Aquitaine Guillaume IX, l'un des premiers troubadours dont les vers nous ont été conservés, mais surtout le maître d'un puissant ensemble territorial ; il s'empressera (4) de contester cette succession au nom de sa femme - rappelons que la « loi salique », d'ailleurs non encore exhumée, ne concernera que la couronne de France et ne s'appliqua pratiquement jamais aux fiefs ou aux autres royaumes - ; ces revendications furent reprises plus tard avec encore plus de vigueur par leur petite-fille Aliénor et ses deux époux successifs, le roi de France Louis VII, qui se montra sur ce sujet assez accommodant, et surtout Henry II Plantagenêt, devenu roi d'Angleterre en grande partie grâce à l'appui des forces militaires fournies par le duché d'Aquitaine. Bertrand, puis son fils Alphonse Jourdain et son petit-fils Raymond V résistèrent comme ils purent, en cherchant des appuis auprès des divers puissants intéressés, mais ce dernier, pour conserver Toulouse, dut en 1173, dans le cadre d'un arrangement global, se reconnaître pour « homme lige » du Plantagenêt et lui céder à titre de compensation les comtés d'Agenais et de et de Quercy...
Ceux-ci faisaient toutefois provisoirement retour à la maison de Toulouse en 1196, quand son fils Raymond VI épousait une soeur (Jeanne d'Angleterre) de Richard Cœur de Lion, fils et successeur de Henry II : elle lui apportait ces deux comtés en dot (5) ... mais quatre ans plus tard, elle décédait, et Raymond VI se voyait contraint de s'en séparer à nouveau, pour les restituer, cette fois, à Jean Sans Terre, le nouveau roi d'Angleterre (6) - Richard était entre temps mort lui aussi. Toutefois, il était prévu que l'Agenais devait revenir, en tant qu'héritage de sa mère, au fils que Raymond VI avait eu d'elle, le futur Raymond VII, lequel, à l'issue des guerres cathares, dont l'histoire est un autre sujet, se voyait en effet confirmer cette possession par le traité signé à Meaux le 11 avril 1229, aussitôt confirmé à Paris (d'où le nom de « traité de Meaux-Paris » sous lequel on le désigne habituellement pour le distinguer du traité de Paris de 1258 (7)] .
Les tribulations de notre Agenais ne devaient pas s'arrêter là... Le même traité de Meaux-Paris prévoyait que la fille de Raymond VII, Jeanne, épouserait un frère du Roi de France auquel elle apporterait en dot Toulouse et le Toulousain - mais Raymond VII en conserverait la jouissance sa vie durant -, et qu'elle hériterait du reste des terres de son père si celui-ci mourait sans autre héritier (8) .Le mariage fut célébré en 1234 avec Alphonse, septième fils et huitième enfant de Louis VIII et de Blanche de Castille, fait comte de Poitiers en 1241, d'où le nom qu'on lui donne d'Alphonse de Poitiers (9) . Raymond VII décédait le 29 septembre 1249 (10) . Louis et Alphonse étaient alors partis à la Croisade en Egypte, où ils avaient d'ailleurs emmené leurs épouses, et la Reine-Mère Blanche de Castille exerçait la Régence ; elle ne perdit pas de temps, dans le mois qui suivit le décès du comte, elle faisait saisir en application du susdit traité (11) , toutes les possessions, du défunt, dont l'Agenais. De retour d'Outre-mer, Alphonse administra ses nouveaux domaines, et fonda ou fit fonder un certain nombre de bastides, notamment celle de Villeneuve-sur-Lot (1264), ou érigea en bastide des villes plus anciennes comme Tournon d'Agenais [1270 (12)] ; mais les ducs d'Aquitaine - qu'on appelait maintenant Guyenne, nom dérivé du précédent - maintenant rois d'Angleterre, ce qui n'est pas négligeable, n'avaient pas renoncé à l'espoir de récupérer un jour ce qui était la compensation de la renonciation de leur aïeule Aliénor à ses droit d'héritage sur le comté de Toulouse.
En fait cette revendication plus ou moins latente passait en quelque sorte au second plan dans le tumulte des guerres qui affectèrent les deux royaumes de France et d'Angleterre au cours de la première moitié du siècle ; Henri III Plantagenêt, qui avait succédé à son père Jean Sons Terre, et lui-même en butte à la révolte de ses vassaux, n'en tenta pas moins de venir à la rescousse de Hugues X de Lusignan, comte de la Marche (13) - au demeurant le second mari de sa mère, Isabelle Taillefer, reine douairière d'Angleterre et comtesse d'Angoulême - , et à celle de Raymond VII de Toulouse, passés l'un et l'autre à l'insurrection contre l'emprise grandissante du pouvoir central ; mis en déroute à Taillebourg en 1242, retenu ensuite dans son île par les événements qui s'y produisaient, ce n'est donc qu'en 1258 que Henri III Plantagenêt put conclure à Paris, au Temple, avec Louis IX, le traité de paix dont nous avons parlé et qui, entre autres clauses, réglait, une fois de plus pourrait-on dire, le sort de l'Agenais. Henri III dut être bien servi par de bons négociateurs, car, soucieux sans doute de respecter les droits anciennement acquis, le saint Roi lui promettait la restitution de la province, si Jeanne de Toulouse et Alphonse de Poitiers mourraient eux-mêmes sans hoir, et jusque là, il devait recevoir une rente de 3.720 livres, 8 sous et 3 deniers tournois, représentant les revenus du comté (14) !
Alphonse de Poitiers, de retour de la malheureuse croisade de Tunis où il avait accompagné son frère, devait mourir près de Sienne (Italie) le 21 août 1271, et son épouse au même endroit le 25 août suivant (15) , sans laisser d'enfants, tandis que Henri décédait l'année suivante, le 16 novembre 1272, miné par les soucis que lui causaient ses sujets ; son fils Edouard le lui succédait, mais il résulta de ce changement de règne que l'exécution du traité, une fois réalisée la condition suspensive, prit un certain temps, d'autant que le prince Edouard était lui aussi parti en Croisade et se trouvait encore en Terre Sainte lorsqu'il avait appris qu'il était roi.
C'est donc seulement par une lettre du 4 juin 1279 (16) qu'Édouard d'Angleterre mandate son oncle paternel Guillaume de Valence, chevalier (17) , pour recevoir en son nom les terres d'Agenais cédées par le Roi de France, lequel, pour cette formalité est lui-même représenté par Guillaume de Neuville, archidiacre de Blésois et Raoul d'Estrées, maréchal de France.
Et c'est ainsi qu'apparaît, dans le procès-verbal de cession (18) , au nombre des seigneurs de châteaux sis inter Oltum (Lot) et Goronnam, qui devront désormais le service militaire et l'hommage au roi d'Angleterre (19) , la mention des « domini » (seigneurs) de Lezinhano, nom latin (rappelons que dans cette langue sont alors rédigés tous les actes officiels) de celui qui nous occupe. À titre documentaire, il n'est pas inintéressant d'indiquer les noms des autres châteaux mentionnés dans l'acte :
de Lunats pro Aculeo : Aiguillon ; de Fossato (?) ; de Miro Monte : Miramont d'Aiguillon ; de Gots : Gotz ou Goût, près de Colleignes, canton de Port-Sainte-Marie ; de Monte Pesato : Montpezat, canton de Prayssas ; Sancte Liberate : Sainte-Livrade, arr. de Villeneuve-sur-Lot ; de Preissano : Prayssac ou Prayssas ?; ... (ici est mentionné le fief de Lezinhano)... ; de Corts : Cours, canton de Prayssas ; de Dalmaraico : Dalmayrac, près Lauzerte, arr. de Moissac en T. & G., ou Dolmayrac, canton de Sainte-Livrade de L. & G. ; de Poicliis : Le Pècle, près Castelculier, canton de Puymirol ; de Savinhaco : Savignac près Lasbals, canton de La Roque-Timbaud ; de Ruppe Theobaldi : La Roque-Timbaud ; de Malves : Malbes, près de Saint-Caprais de Lerm, canton de Puymirol ; de Claro Monte Superiori : Clermont-Dessus, canton de Puymirol ; de Rocacorn : Roquecort, canton de Montaigut, T. & G. ; de Monte Acuto : Montaigut-de-Quercy (20) , T. & G. ; d'Ante : Anthé, près Tournon d'Agenais ; de Frespugh : Frespech, canton de Penne ; de Padio Piners : Puy-Piners, auj. Pépinès près Hautefage, canton de Penne ; de Bovis Villa : Beauville, en Agenais ; de La Fots : Lafox, canton de Puymirol. On s'interroge sur le silence gardé quant à certains châteaux dont l'ancienneté paraît pourtant établie, par exemple Pujols, Cazideroque, Puycalvary, ou d'autres ? Des spécialistes de l'histoire de ces lieux doivent détenir la réponse.
Il faut aussi s'arrêter sur la personnalité du délégué du roi d'Angleterre Édouard Ier, Guillaume de Valence, quatrième fils de Hugues X de Lusignan (Poitou) comte de la Marche et d'Angoulême, et de la reine douairière d'Angleterre Isabelle d'Angoulême (21) . Du vivant de son père (Hugues IX, comte de la Marche mort à Damiette en 1219), Hugues X avait été fiancé à Isabelle Taillefer (22) , héritière du comté d'Angoulême ; mais Jean Sans Terre, attiré sans doute par l'héritage, décida de l'épouser, ce à quoi le père de la damoiselle, Aymar, s'empressa de consentir. Devenue veuve en 1220, Isabelle revenait à son ancien fiancé, et de leur union naquit une nombreuse progéniture.
À la recherche d'appuis, le fils aîné de son premier mariage, Henry III, ne se fit pas faute de recourir à celui de ses demi-frères du second lit, auxquels il devait déjà d'avoir échappé aux Français lors du désastre de Taillebourg en 1242 (23) , l'un d'eux lui ayant même donné son propre cheval, avec lequel il put se porter rapidement à l'abri des remparts de Bordeaux ; ils lui vinrent activement en aide lors des barons wars, « guerre des barons », notamment en 1264. Ainsi qu'il l'a été mentionné plus haut (24) , il fit notamment épouser à Guillaume de Valence l'héritière du puissant comté de Pembroke, auquel se rattachait le comté de Wexford en Irlande ; il lui confia de nombreuse mission, et Édouard Ier, aux côtés duquel l'intéressé avait combattu Simon de Montfort, chef des mutins des années 1260 à 1264, fit de même, le désignant toujours dans les actes comme patruus poster, « notre oncle paternel ». Quand il vint à Agen pour la remise du comté, ce Lusignan du Poitou ne put manquer de relever, s'il ne le savait déjà, l'existence d'un château homonyme de celui de sa naissance. Certes ce dernier était dans les actes désigné sous la forme de Liziniaco, et celui des bords de la Garonne, on vient de le voir, de Lezinhano (25) mais en langue vernaculaire (celle d'oc dans les deux cas), le son devait être très semblable... (26) Qu'en pensa-t-il ? Ce noble seigneur ne nous a malheureusement laissé aucune expression écrite de son sentiment.
Nous ne savons d'ailleurs à qui appartenait Lusignan d'Agenais en 1279, et pas davantage le 14 juin 1354, quand le comte d'Armagnac vint l'assiéger et tenta de l'incendier (27) .
Le premier seigneur de Lusignan dont on a retrouvé la trace serait Jean de Lusignan, archer à cheval dans la compagnie du sire de Dammartin, grand maître des archers de France sous Louis XI. Le second connu, avec plus de certitude, est Auger (ou Ogier) d'Anthé, seigneur de Lusignan et de Montgaillord, qui apparaît dans un acte notarié de 1511, et qui est l'ancêtre des suivants.
Sommairement présentée (nous indiquerons dans les articles suivants les références d'archives qui l'établissent ainsi que celles des documents concernant les faits ou événements auxquels ils ont été mêlés), la généalogie des seigneurs - puis barons, puis marquis - de Lusignan d'Agenais se présente comme suit.
1. Jean de Lusignan (?), archer à cheval de Louis XI (cf. supra), ép. N..., d'où :
a) Auger (Ogier) qui suit (?) ;
b) Marguerite de Lézignac (?), ép. Jean de Sesdon d'Oyre.
2. Auger (Ogier) d'Anthé, seigneur de Lusignan, etc. (cf. supra), actes de 1511 et 1518-19, † avant le 9 déc. 1526 ; ép. N..., d'où :
a) Jean, qui suit ;
b) Marguerite, ép. David Tourtarel ;
c) Bernard.
3. Jean, seigneur et baron de Lusignan, prête hommage au Roi le 16 mars 1539-40 (28) , † entre 1560 et 1577... ; ép. Jammette de Saint-Larry, d'où :
a) Marc Antoine, qui suit ;
b) Adriane, ép. Gaston de La Filholie ;
c) Lucrèce, ép, 1/ Jean de Lomagne, 2/ Jean de Sainte Hermine ;
d) Catherine ou Marie, ép. Gaston de Melet.
4. Marc-Antoine, né circa 1520, † le 18 juillet 1553 au siège de Hesdin, ép. en 1541, encore mineur, Jeanne de Lasserre, d'où :
a) Henry, qui suit ;
b) Antoine, sgr de Montgaillord et de La Case, ép. Françoise de Morson (descendance ?).
5. Henry, né entre 1542 et 1553, † avant 1606, ép. 1/ Magdeleine d'Issalguier, d'où :
a) François Ier, qui suit ;
b) Armoise ép. Jacques de Vigier ;
c) Diane, ép. de Galard ; 2/ Henry ép. en 2des noces Magdeleine de Saint Gelais, veuve de Louis de Nuchèze (sans descendance, mais par contrat du même jour son fils François épouse la fille née du premier mariage de Magdeleine de Saint Gelais).
6. François Ier, né circa 1567, † 17 avril 1639, ép. en 1594 1/ Marguerite de Nuchèze (cf. supra), d'où :
a) François II, qui suit ;
b) Guy, sans descendance, † jeune ;
c) Pierre, branche de Galapian cf. infra ;
d) Magdeleine, ép. 2/ Jean du Lion, écuyer, sgr de Sireuilh, 2/ N... de Nadaillac ;
e) Marie ép. le baron de Moncaut ;
f) Olympe, ép. le baron des Pans ;
g) Françoise, ép. Charles Larcher ; - 2/ François Ier de Lusignan ép. en secondes noces Adrienne (ou Anne) de Constantin, qu'il laissera veuve.
7. François II, né circa 1595, † à Pau en 1656 (sur l'échafaud), ép. en 1621 Jeanne d'Escodéra de Boisse, d'où :
a) François, né après 1621, disparaît des textes aux alentours de 1656, ép. en 1651 Anne de Montpezat de Laugnac † avant 1664, sans descendance ;
b) Armand, marquis de Lusignan en 1657, † en 1684 sans alliance (son successeur au marquisat de Lusignan est son oncle Pierre de Lusignan-Galapian, cf. infra).
Branche de Galapian.
1. Pierre de Lusignan, seigneur de Galapian, marquis de Lusignan en 1690, né en 1604, † le 6 oct. 1692, ép. en 1645 Rose de Loubatéry, d'où : Anne, qui suit.
2. Anne de Lusignan, ép. en 1676 Jean Joseph de Lau, d'où plusieurs enfants dont l'aîné, Armand Joseph, succède en 1722 à son grand-père maternel dans le titre de marquis de Lusignan et la possession des fiefs. Ses descendants conserveront le titre de marquis jusqu'au XIXe siècle.
Pour achever l'histoire du château avant de passer à celle de la famille qui le possédait, précisons qu'au cours des troubles de la Fronde Bordelaise, il sera démoli en 1650 par ordre du duc d'Épernon (29), commandant de l'armée mazarine, quoique la paix ait été conclue, le 27 décembre 1649. Les cahiers de doléance des députés de la ville de Bordeaux présentés au Roi (30) exposent le 17 mai 1650 que six jours après la publication de la paix, les maisons du sieur Dalesme, du président Pichon, du conseiller Boucicoult, des sieurs de Mouvezin, de Lescure, de Suduirant, de Bordes, conseillers, du sieur Dallent et de plusieurs autres bourgeois avaient été brûlées et démolies, les châteaux de Langoiran, de Lusignan et de Galopion renversés, les vaisseaux appartenant aux Hollandais emmenés, chargés de plus de deux mille tonneaux de vin enlevés sur les marchands et propriétaires depuis la publication de la paix, et des sommes qui excédaient six fois la taille, levées sur le peuple de Bordeaux... La paix sera cependant renouvelée le 1er oct. 1650 (31). Une « amnistie générale » [sic] sera encore accordée le 30 juin 1653 (32)...
Selon l'arpentage effectué en 1686, après la mort d'Armand de Lusignan (33), par Boysson et Cassagne (34), la terre et la juridiction ont la contenance de 1.832 carterées, sans y comprendre les 40 carterées appartenant au seigneur marquis de Lusignan et non cadastrées ; ladite juridiction comprend les paroisses de Lusignan-le-Grand, Saint-Hilaire, Saint-Laurens, Mouvignac et Lusignan-Petit.
Les Archives Municipales (35) mentionnent aussi un maison, sise à Agen rue de Floirac, ayant appartenu à la famille de Lusignan, acquise par le sieur de Roches.
Les articles suivants traiteront plus en détail de la généalogie, et des événements auxquels participèrent chacun des Lusignan d'Agenais.
LUSIGNAN d'AGENAIS
Chapitre II
Après avoir, dans un premier article, présenté les principales données que les textes nous ont permis de relever quant à l'historique du château sis à Lusignan-Grand (47450 Saint-Hilaire de Lusignan) ainsi qu'une généalogie sommaire de la famille qui en a porté le nom, nous nous proposons de reprendre successivement les éléments biographiques que nous avons pu retrouver concernant ses membres.
Jean de Lusignan
Une lettre du 26 octobre 1469 adressée par Louis XI au comte de Dampmartin (ou Dammartin), Grand Maître des archers de France et lieutenant du Roi « ès pays d'Auvergne, de Rouergue et d'Armignac », mentionne un archer à cheval de sa compagnie portant ce nom (36).
Charles VII avait réorganisé l'armée royale. Une ordonnance de février-mars 1445 concernait les « compagnies d'ordonnance », composées chacune de groupes de combat appelés « lances », qui, autour d'un « homme d'armes », cavalier lourdement armé, groupaient plusieurs sortes de combattants ; dans chaque « lance », étaient notamment inclus deux archers à cheval, qui remplissaient les tâches de la cavalerie légère (37) ; signe de classement hiérarchique, l'homme d'armes avait droit à un page ou un valet, mais les archers n'en avaient qu'un pour eux deux (38) ! Il existait aussi des compagnies d'archers à cheval de la Maison du Roi (39), dont semble avoir fait partie celle du sire de Dammartin (il s'agit d'Antoine de Chabannes, comte de Dammartin par son mariage et grand-oncle du fameux La Palice), elles constituaient une troupe d'élite et assuraient la garde personnelle du souverain. Parmi elles, une compagnie écossaise, à laquelle sir Walter Scot fait appartenir le Quentin Durward dont il conte les aventures ; regrettons que nul ne semble s'être avisé de narrer celles des archers à cheval gascons, prédécesseurs des Cadets de Carbon de Casteljaloux et des Mousquetaires! En toute hypothèse, la lieutenance du comte de Dammartin « ès pays d'Auvergne, de Rouergue et d'Armignac » peut faire supposer que les cavaliers de sa compagnies avaient été recrutés dans les régions avoisinantes, et rien ne s'oppose donc à ce que Jean de Lusignan [l'orthographe choisie par l'auteur qui le mentionne est moderne (40)] soit un Agenais, d'autant qu'aucun Lusignan du Poitou ne paraît concerné (41).
Il peut ainsi être le père - ou l'oncle (?) - d'Auger d'Anthé, seigneur de Lusignan, mentionné ci-après ; Ajoutons que son prénom se retrouverait alors chez son petit-fils (voir plus loin)... En outre, il pourrait être celui d'une Marguerite de Lézignac, qui épouse une Jean de Besdon d'Oyre (42), si elle n'est pas à rattacher à un Jean de Lezignac mentionné en Poitou au XVIe siècles (43).
Auger d'Anthé
Avec Auger (44) d'Anthé commence la généalogie sûre des seigneurs de Lusignan d'Agenais. Il apparaît dans deux actes des minutes d'Anthérieux, notaire à Tournon d'Agenais : le 22 avril 1511, il effectue un échange de terres en tant qu’administrateur des biens de son fils Bernard d'Anthé ; le 14 février 1518-19 (45), il figure sur un autre acte du même notaire (46). Il y est qualifié de seigneur de Lusignan, (Lesinhacum) et de Montgaillard, co-seigneur de Lesterne. En outre, le 9 décembre 1516, il reçoit le serment de fidélité des habitants de Montgaillard (47).
On ignore si le nom d'Anthé était pour lui un véritable patronyme, ou l'apanage d'une branche de la famille de Lusignan ou Lézignan ; en ce temps, en l'absence d'état civil organisé, de telles distinctions restaient assez floues. On ne sait pas, par conséquent, s'il avait hérité la seigneurie de Lusignan de son lignage paternel -ou maternel -, ou si elle lui était venue d'une autre manière, par exemple de sa femme (48), dont le nom n'apparaît nulle part ; dans ce dernier cas, il eût en effet été conforme aux coutumes qu'il portât les titres afférents aux fiefs de celle-ci. Ce que l'on peut constater, c'est que ses enfants, du moins son fils Jean et les descendants de celui-ci, porteront exclusivement le nom de Lézignan ou Lusignan (49).
On a cependant déjà pu constater que la seigneurie d'Anthé était mentionnée, au nombre de celles qui relèveraient désormais du roi d'Angleterre, par l'acte de 1279 analysé dans l'article précédent (50). Un château y existait même plus tôt, au temps de la guerre des Albigeois, mais il fut détruit pas Simon de Montfort en 1212 (51). On est tenté de croire qu'il s'agit des ruines visibles au lieudit Birou, 214 m d'altitude, à quelques centaines de mètres au sud du bourg actuel (52) ; si c'est le cas, un second château dut y être construit plus tard, ses restes étant maintenant inclus dans les maisons, dont certaines ont quelque apparence.
Il y a lieu de signaler d'autre part que dans les pièces afférentes à Auger d'Anthé le nom de cette localité des environs de Tournon (où était installé le notaire Anthérieux susmentionné), a parfois été lu, à tort, Antré ou Antrey ou Dantrey par des archivistes connaissant mal la région ; les mêmes ont aussi cru voir Lestelle là où il y avait Lesterne, près de Prayssas (donc du fief de Lusignan) ; Lestelle est le nom d'autres seigneuries beaucoup plus éloignées. Il ne faut pas non plus confondre (surtout dans des écrits à l'orthographe imprécise) Anthé en Agenais avec Anté en Saintonge, celle ci en relation avec un personnage mentionné plus tard par Agrippa d'Aubigné (53).
À cette époque, la guerre de Cent Ans est terminée depuis une bonne cinquantaine d'années : bataille de Castillon gagnée le 17 juillet 1453 ; prise de Bordeaux le 19 octobre suivant. En 1469 Louis XI donne le duché de Guyenne, y compris la « sénéchaussée d'Agen » à son frère Charles, mais celui-ci meurt, à Bordeaux, en 1472 (54). Après le décès de Louis XII, surnommé le père du peuple, François Ier est monté sur le trône (sacré le 25 janvier 1515) ; d'autres guerres ont certes repris, tantôt victorieuses (Marignan, 1515 ! Le 13 septembre) ou moins heureuses, contre l'Espagne et l'Empire (le Milanais, conquis la première année du règne, sera reperdu en 1521). Du moins l'Aquitaine jouit-elle d'une paix relative : les guerres de Religion, dont nous aurons hélas à parler, ne sont pas commencées. Signalons cependant, dans un pays voisin, des événements qui ne seront pas sans conséquences sur ceux que nous observerons plus tard.
Au nord-ouest de l'Espagne, qui n'était pas encore unifiée, s'étendait le royaume de Navarre, capitale Pampelune ; y régnait alors la famille d'Albret, qui avait également des possessions au nord des Pyrénées, notamment le Béarn, et Nérac. Or en 1512 le roi d'Aragon, Ferdinand Ier, s'emparait de Pampelune et de tout le pays du versant espagnol, qu'on appelait la Haute Navarre ; mais l'héritier de ce trône, Henri II d'Albret, épousait en 1527 la sœur de François Ier, Marguerite de France [dite aussi d'Angoulême (55)] ; François Ier, par le contrat de mariage, promenait naturellement à son beau-frère de l'aider à recouvrer son royaume ; toutefois, Aragon et Castille étaient maintenant unies sous le sceptre de Charles Quint ; François et Henri l'un et l'autre faits prisonniers à Pavie en 1525, cette reconquête n'aura jamais lieu. Le royaume de Navarre restera donc limité à quelques pays du sud de l'Aquitaine... Or de Henri II d'Albret et Marguerite d'Angoulême naîtra une fille, Jeanne, seule héritière du royaume de Navarre; elle épousera en 1548 Antoine de Bourbon (56), chef d'une branche capétienne cadette issue de Saint Louis... et alors premier et plus proche prince du sang après les fils du roi de France Henri II ! Ils auront eux-mêmes un fils, Henri, qui sera à son tour roi de Navarre, puis roi de France (Henri IV). Tout ceci explique donc pourquoi un roi de Navarre, né à Pau et non à Pampelune, sera tellement mêlé aux affaires de France, particulièrement dans le Sud-ouest, pourquoi, en attendant de s'installer au Louvre, il tiendra sa cour à Nérac, et pourquoi enfin cette Basse Navarre, au nord des Pyrénées, se trouvera un jour unie à la couronne de France. Nous verrons tout cela plus loin.
Pour revenir à Auger d’Anthé, on sait qu’il était mort avant le 9 décembre 1526, car à cette date son fils Jean est devenu seigneur de Lusignan (57), mais on ne sait la date exacte ni dans quelles circonstances.
Ses enfants connus sont :
a) Jean, qui fait l'objet de la notice suivante ;
b) Marguerite (58) qui épouse David Tourtarel, d'où Jacques, baptisé à Saint Hilaire de Lusignan, annexe de Saint Basile de Lusignan (d'Agenais) (59) ;
c) Bernard (60), qui pourrait être un Bernard de Lusignan mentionné dans des actes passés en Béarn [canton d'Arudy (61)], à défaut d'autres informations.
Jean (II ?) de Lusignan
Nommé « Jean de Luzignan, seigneur et baron dudit lieu » dans l'acte du 9 décembre 1526 mentionné plus haut (62), on peut penser qu'il avait alors plus de vingt ans, et était donc né avant 1505... Mais là encore nous ignorons la date exacte.
Ainsi qu'on le verra plus loin, il sera lieutenant de robe courte du sénéchal d'Agen et représentera la noblesse de la province aux États. Sur ces deux fonctions, il faut sans doute donner quelques explications.
Le Sénéchal, nous dit Littré, est un « officier qui, dans un certain ressort, était chef de la justice et commandait la noblesse lorsqu'elle était convoquée pour l'arrière-ban » (c'est à dire la mobilisation générale). La charge appartenait en général à un membre de la noblesse d'épée - ainsi, le sire de Joinville, le mémorialiste de Saint Louis, était-il sénéchal de Champagne. Les sénéchaux d'Agen seront, pour la période qui nous occupe, de 1520 à 1553, Antoine de Raffin, dit Poton, et de 1553 à 1572, François de Raffin (63). Le lieutenant était évidemment son adjoint. Pourquoi de robe courte ? Littré nous fournit encore plusieurs définitions : « Robe courte s'est dit jusqu'au XVIe siècle de la profession militaire » ; « Juges de robe courte : s'est dit des prévôts, des maréchaux, de leurs lieutenants... qui jugeaient l'épée au côté » ; à Paris, le « lieutenant criminel de robe courte » du prévôt « remplissait à peu près les fonctions du préfet de police » de nos jours ; il disposait pour ses taches d'une compagnie d'archers. En somme, on se rend compte de ce que pouvait être le « lieutenant de robe courte du sénéchal d'Agen » : le responsable de la force publique, en temps normal chargé de la sécurité, et en cas de « mobilisation » (convocation de « l'arrière-ban »), adjoint au commandant en chef de la province.
Quant au représentant de la noblesse aux États provinciaux (réunissant les trois Ordres, comme les États Généraux, mais à l'échelon provincial seulement), on peut en dire que sa fonction était élective, les nobles de la province concernée désignant celui d'entre eux qui leur paraissait le plus apte à les représenter... c'est à dire, sans doute, le plus influent.
Que s'était-il passé depuis Pavie ? En 1526, François Ier était rentré de captivité, mais en signant le traité de Madrid le 14 janvier, il avait dû céder à Charles Quint le duché de Bourgogne (Dijon), réuni à la couronne par Louis XI à la mort de Charles le Téméraire en 1477, mais que ce même Charles Quint, dont la grand-mère paternelle était la fille et l'héritière dudit Téméraire, nourrissait le désir obstiné de récupérer... Ne portait-il pas le prénom de son aïeul (64) ? Or les « Lois Fondamentales », la constitution coutumière du royaume de France, ne reconnaissaient au souverain qu'un statut de dépositaire des droits et des possessions de la couronne, qu'il devait transmettre à son successeur ; « les droits du roi sont inaliénables », disait un adage ; et c'est en application de ce principe qu'en juin de la même année les États de Bourgogne refusaient la ratification du traité de Madrid qui les eût soumis à l'empire. La guerre reprit immédiatement, suivie d'une paix qui devait être provisoire, bien que François, en application du traité contesté, ait épousé, en secondes noces, la sœur de Charles Quint. François Ier mourut le 31 mars 1547 ; son fils Henri II était sacré roi de France le 25 juillet. La guerre continue, et en 1553 Jean de Luzignan qui fait l'objet de la présente notice perdra son fils Marc-Antoine, tué au siège de Hesdin (65) (Pas-de-Calais). Une paix durable était enfin signée le 3 avril 1559 à Cateau-Cambrésis entre les royaumes de France, d'Espagne et d'Angleterre, et Henri II mourait accidentellement le 10 juillet suivant dans un tournoi ; son fils aîné François II, à peine âgé de 15 ans, était sacré à Reims le 18 septembre.
Une nouvelle cause de troubles venait malheureusement d'apparaître. C’est en Allemagne que devait naître la doctrine de ce l'on appellera en France « la Religion Prétendue Réformée », en abrégé R.P.R. (la reine Catherine de Médicis en désignera le plus souvent les adeptes comme « ceux de la Religion », attribuant avec une constante opiniâtreté deux / à ce dernier mot dans sa correspondance personnelle) ; en 1517 le moine en rupture de règle Martin Luther présentait devant l'université de Wittemberg 95 thèses, qui en 1520 lui valaient l'excommunication de Rome, et malgré l'édit de Worms de 1521 qui le mettait « au ban de l'Empire », ainsi que ses partisans, leur doctrine ne cessait pas de faire de nouveaux adeptes, notamment parmi les princes, comme Frédéric de Saxe, ou les rois de Suède et de Danemark, qui en 1527 faisaient du Luthéranisme la religion d'état de ces royaumes ; puis en 1531 Henri VIII d'Angleterre, brouillé avec le Pape à cause d'un projet de divorce, fondait l'anglicanisme. En 1533 apparaissait un second réformateur, Pierre Calvin ; dans les années suivantes, il parvenait à constituer dans la ville libre de Genève une république dont il était le « guide spirituel », comme on dit en Iran. Fait non dépourvu de conséquences pour notre pays, tandis que Luther écrivait en allemand (66), Calvin rédigeait en français... En un temps où - c'est un fait social historique sur lequel il est vain de porter un jugement - religion et politique, au sens le plus étendu, étaient intimement unies, un tel mouvement ne pouvait qu'entraîner de graves conséquences. Et si les protestants eurent à souffrir de leur situation minoritaire, qui les prédisposait à être persécutés, là où ils devenaient majoritaires, ils ne furent pas en reste : curés chassés de leur église, moines lynchés...
En France, la première affaire est celle dite des placards (67), affiches d'inspiration luthérienne qui fleurirent dans plusieurs villes où résidait la Cour, alors itinérante : en 1535 le pouvoir royal entreprenait de sanctionner les adeptes de la nouvelle doctrine, sans pouvoir empêcher la sortie d'une bible d'inspiration protestante en français. On parlera bientôt de huguenots (68). Ceux-ci apparaissaient comme de dangereux trublions voire de démoniaques conspirateurs pour les foules - le mot hérétique restait dans l'esprit populaire lié à celui de sorcier -, d'où rixes et répression de plus en plus sévère, tandis que les idées nouvelle progressaient dans les milieux intellectuels et aristocratiques. La tension fut en quelque sorte aggravée à l'avènement de François II, qui épousa en 1558 la jeune héritière du royaume d'Écosse Marie Stuart, nièce par la mère (69) du duc de Guise (70) et du cardinal de Lorraine, adversaires résolus du protestantisme, et devant inévitablement exercer une grande influence sur les affaires de l'Etat.
Or, le 18 mai 1559, nous observons le passage à Lusignan d'Agenais d'un personnage mentionné plus haut par anticipation, Antoine de Bourbon, époux depuis une dizaine d'année de Jeanne d'Albret, tous deux depuis 1555 reine et roi de Navarre (71), père et mère du futur Henri IV (72) ; il y écrit une lettre, datée « de Luzignan, ce XVIIe jour de may 1559 », dans laquelle il traite de l'office de trésorier général de Guienne « en la résidence d'Agen (73) ». En effet, Antoine de Bourbon avait été nommé gouverneur et amiral de Guyenne par lettres du 6 juin 1555 (74) ; cet ordre de préoccupation est donc normal de sa part. Mais peut-on expliquer qu'il ait choisi de séjourner à Lusignan plutôt que dans tel autre château ? Comme son fils, Antoine de Bourbon changera plusieurs fois de religion, peut-être au gré de l'opportunité, mais en 1559, depuis son mariage, il est protestant ; faut-il conclure que le choix de sa résidence, ayant à s'occuper d'affaires intéressant l'Agenais, était motivé par les sympathies religieuses qu'il connaissait chez Jean de Lusignan, voire de l'adhésion déclarée de celui-ci à la Réforme ?
Cette question n'est pas sans importance au regard de notre histoire locale, sachant que le bref règne de François II aura été principalement marqué par ce que l'on appelle « la conjuration d'Amboise » : en mars 1559-60 (75), les protestants auraient formé le complot d'enlever le jeune roi qui séjournait dans ce château ; la découverte de cette tentative fut naturellement suivie du lot habituel de décapitations et pendaisons... L'instigateur de l'entreprise n'aurait été autre que le prince de Condé, Louis le frère d'Antoine de Bourbon (76). L'affaire éclatera donc environ dix mois après le passage de celui-ci à Lusignan ; participait-il secrètement à sa préparation ?
En toute hypothèse, le pauvre François II devait décéder le 5 décembre suivant (1560) à Orléans, « emporté par une encéphalite méningitique consécutive à une otite suppurée » qui aurait été d'origine tuberculeuse (77) ; lui succédait son frère cadet Charles IX, âgé de moins de dix ans. En dépit de sa conversion au protestantisme, Antoine de Bourbon était alors, en tant que plus proche prince du sang, nommé lieutenant général du royaume de France pour la durée de la minorité du nouveau souverain (78).
Désireuse d'apaiser les troubles qui s'élevaient de toute part dans le royaume, la Reine-Mère Catherine de Médicis, exerçant la régence, recourut sur le conseil du chancelier Michel de l'Hospital, au procédé souvent utilisé dans le passé en pareil cas, elle convoqua des États Généraux (79) à Orléans pour le 10 décembre, reportés ensuite au 13. Une nouvelle réunion fut décidée pour le 1er mai suivant à Melun.
Durant ce temps, l'agitation n'avait pas épargné l'Agenais, et nous allons voir apparaître un nouveau personnage qui a obtenu quelque célébrité dans la littérature pas ses mémoires auxquels, se souvenant de Jules César, il a donné le titre de « Commentaires de Blaise de Montluc, Maréchal de France ». Né vers 1500 près de Condom et héritier par sa mère du château d'Estillac (80), où il résidait quand il n'était pas en campagne, Montluc (81), déjà vieux briscard blanchi sous le harnois et auréolé de nombreux exploits, fut alors en effet nommé lieutenant général de Guyenne, le gouverneur, Antoine de Bourbon, étant empêché par ses nouvelles fonctions de demeurer dans la province. Ce guerrier, homme de devoir, qui n'était pas un tendre, chargé de maintenir l'ordre dans une contrée où la minorité religieuse, en passe de devenir majorité, montrait une certaine pugnacité, a laissé quant à lui le souvenir d'un impitoyable exécuteur.
S'il n'était pas intervenu lorsqu'en novembre 1560 un synode protestant, réunissant plus de trente ministres, s'était tenu à Clairac pour toute la province de Guyenne (82), lorsqu'en janvier suivant deux prédicateurs huguenots vinrent à Agen exercer leur activité, qui eut pour immédiat effet de provoquer les trouble habituels, il intervint immédiatement pour les faire arrêter ; un groupe armé, réuni sur l'autre rive de la Garonne, faisant alors mine de préparer un coup de main sur la ville, il les dispersa aussitôt manu militari, ce qui lui valut ainsi qu'aux consuls de promptes félicitations de la Cour (83).
C’est dans cette ambiance qu'en vue de préparer les prochains États Généraux de Melun, ceux d'Orléans n'ayant pas été concluants, furent réunis le 13 mars (84) ceux de la sénéchaussée d'Agen, auxquels Montluc assista (85). Il y rencontre Jean de Lusignan (il l'orthographie Lézignan, selon l'usage de l'époque), et rendant compte de la réunion à la reine Catherine, il écrit : « ...nous entrâmes aux Estatz de cette ville d'Agen, où se trouva Monsieur l'évesque d'Agen pour le clergé, monsieur de Lezignan et toute la noblesse de cette séneschaussée... et sur les sept heures du soir me sont venus trouver : monsieur l'abbé de Blasmont, pour l’estat de l'Église ; monsieur de Lezignan, lieutenant du sénéchal pour la noblesse etc... »
Ces brèves mentions permettent deux séries de constatations : a) si le séjour d'Antoine de Bourbon au château de Lusignan (cf. supra) donnait l'occasion de supposer que Jean de Lusignan adhérait au parti protestant, sa présence aux États présidé par Blaise de Montluc et la manière neutre et objective dont celui-ci en rend compte donne à penser qu'il n'était pas assimilé aux trublions « huguenots » : en réalité, il faisait partie des autorités constituées - et de toute façon, Antoine de Bourbon n'était-il pas alors lui-même lieutenant-général du royaume ? b) dans son « Histoire de l'Agenais (86) », Jules ANDRIEU écrit qu'aux récents États Généraux d'Orléans, pour l'Agenais, « les députés de la noblesse ne sont pas connus, bien qu'ils aient sûrement siégé », mais il cite, pour le Clergé, François de Belagier, abbé d'Eysses, et Bernard de La Combe, abbé de Blasimont ; or nous venons de voir qu'aux États de la sénéchaussée d'Agen, l'abbé de Blas(i)mont était à nouveau l'un des deux représentants du Clergé ; n'était-ce pas normalement le même cas pour Jean de Lusignan et n'était-il pas déjà lui aussi à Orléans, pour y représenter la noblesse d'Agenais ? L'adage en vertu duquel « on prend les mêmes et on recommence » était souvent vérifié à l'époque !
Nous ne connaissons pas la date exacte de la mort de Jean de Lusignan ; il n'apparaît plus dans les actes après ces États d'Agenais en 1561 ; il semble être décédé avant le 1er décembre 1566, date du contrat de mariage de son petit-fils Henry (87).
Il avait épousé Jammette de Saint-Lary (88) ; à la famille de celle-ci appartiendra le duc de Bellegarde, Grand Écuyer de Louis XIII ; une Jeanne de Saint-Lary sera la mère du célèbre duc d'Épernon. De ce mariage naîtront :
a) Marc Antoine, qui suit ;
b) Adriane, épouse Gaston de La Filholie le 5 juin 1554 (89) ;
c) Lucrèce, épouse 1/ Jean de Lomagne, 2/ le 16 mars 1560, Jean de Sainte Hermine, seigneur du Fa et de la Laigue (90);
d) Catherine ou Marie, épouse le 8 septembre 1560 Gaston de Melet, écuyer (91) ; en 1599 (92) elle fait apposer des affiches (93) contre un certain Léonard Baruteau (94) ; puis, en 1606, apposition d'affiches (95) contre Catherine de Lesinhan à la requête de Jehan Gasteboys, écuyer.
Marc-Antoine de Lusignan
Marc Antoine de Lesinhan ou Lesignan était encore mineur (sans doute âgé de moins de vingt-cinq ans) ainsi que son épouse, lorsque fut signé le 6 mai 1541 son contrat de mariage avec Jeanne de Lasserre, fille de Jean de Lasserre, seigneur de Lacaze (96).
Marc Antoine devait trouver la mort le 18 juillet 1553, ainsi qu'on l'a déjà mentionné, au siège de Hesdin, lors de la prise de la ville par les Impériaux (97) ; il était RYOUT ou de Rioux-Laubé, lequel était gouverneur de la place [selon Agrippa d'Aubigné (98)] ; toutefois le commandement suprême relevait du Maréchal de La Marck (Robert IV, duc de Bouillon et prince de Sedan) qui était venu au secours de la place avec une armée de 2.000 hommes depuis Amiens (99).
Comment ces événements étaient-ils survenus ? Il faut revenir à l'histoire retracée plus haut, avant le traité de Cateau-Cambrésis. La guerre se poursuivait entre le roi de France Henri II, fils et successeur de François Ier, et l'empereur Charles Quint, vieillissant et valétudinaire. 1552 avait été particulièrement favorable au premier : les trois Évêchés de Metz, Toul et Verdun avaient été conquis, et Charles Quint avait échoué à reprendre Metz (100) ; l'année suivante, il engagea une nouvelle offensive qu'il fit porter sur le nord du royaume, à partir des Pays Bas ; à cette époque, les armées était le plus souvent démobilisées en fin de campagne, celle de Henri II était en cours de reconstitution pour la prochaine, et les princes allemands alliés de la France (contre leur empereur) tardaient à rassembler leurs contingents, voire se ralliaient cette fois aux intérêts impériaux... Tandis que les Français fêtaient encore leurs victoires de l'an passé, Charles Quint, qui avait conservé des troupes prêtes à l'action, attaque Thérouanne, petite place au sud de Saint-Omer, et s'en empare au début de l'été. Il continue ensuite son mouvement dans la même direction sur Hesdin, et le Maréchal de La Marck est contraint de capituler le 18 juillet (101) - Marc Antoine est mort le même jour, sans doute dans les derniers combats. L'empereur fera raser les deux cités ; son offensive finira par s'enliser ; une trêve sera signée à Vaucelles en 1556, mais son fils Philippe II, roi d'Espagne, reprend la guerre en 1557, remporte une victoire sans lendemain à Saint-Quentin le 10 août ; en 1558 les Français reprennent Calais aux Anglais, alliés de l'Espagne, et l'on signe la paix le 3 avril de l'année suivante : le roi de France renonce à l'Italie mais conserve Metz, Toul et Verdun.
Du mariage de Marc Antoine devaient naître :
a) Henri, qui suit ;
b) Antoine, seigneur de Montgaillard et de La Case, épouse Françoise de Marsan, d'après une transaction sur la dot de sa femme en 1581 (102) ; nous n'avons trouvé aucune information concernant leur éventuelle descendance. Henri, qui succédera à son grand-père Jean comme seigneur et baron de Lusignan, fera l'objet du prochain article.
Suite des Lusignan chapitre III
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NOTES :
(1). En fait, toutes les constructions du château poitevin ont été rasées au XVIIIe siècle par l'intendant Blossac, qui a ordonné sur le promontoire où il avait été bâti une promenade à l'ombre des tilleuls : le château d'Agenais semble, au contraire, avoir été laissé dans l'état résultant des destructions dont il va être question.
(2). Archives municipales d'Agen, AA3 (liasse), 20 pièces parchemin ; Recueil des historiens des Gaules et de la France, DEWAILLY, de LILLE et JOURDAIN, t. XXIII, p. 784 F, § 3.
(3). Cf. Jules ANDRIEU, « Histoire de l'Agenais », Paris et Agen 1893, réédité par Les Presses des Éditions de la Tour Gile (Ain) 3e trim. 1995, p 34.
(4). Jean-Luc DEJEAN, « Les comtes de Toulouse 1050-1250 », Fayard, Paris 1994, pp 105 & ss ; Jules ANDRIEU, op. cit pp 38-41.
(5). Jean-Luc DEJEAN, op. cit. p. 244.
(6). Id. p. 261.
(7). Jacques LE GOFF, « Saint Louis », Gallimard, Paris 1996, p.107.
(8). Id. ibid.
(9). Patrick VAN KERREBROUCK, « Nouvelle Histoire Généalogique de l'Auguste Maison de France », tome II « Les Capétiens », Villeneuve d'Ascq 2000, p. 124.
(10). Jean-Luc DEJEAN, op. cit. p.382.
(11). Id. op. cit. pp 382-383.
(12). Société Académique d'Architecture, « Les Bastides de l'Agenais », Toulouse 1994.
(13). Il s'agit ici de Lusignan en Poitou ; le comté de la Marche (marche d'Aquitaine) comprenait en gros le département de la Creuse, et une partie de ceux de la Vienne et de la Haute-Vienne.
(14). Jules ANDRIEU, op. cit., p.69.
(15). Patrick VAN KERREBROUCK, op. cit., p. 125.
(16). Thomas RYMER, « Fœdera, conventions, litterae et cujuscumque generis acta publica inter reges Argliae et alios... », Londres, 1704-1717. 17 vol in f°, T. I, P. II p. 180 (il existe une autre édition parue à La Haye en 1739-1745,10 vol. in f°).
(17). Ayant épousé le 13 août 1247 (En encycopaedia Britannica) l'héritière du comté de Pembroke, au Pays de Galles, il est déjà en possession du comté en 1264 (Thomas RYMER, Faedera op. cit. T. I, P. II p. 95) ; il en est qualifié de dominus (seigneur) en 1274 (RYMER, op. cit.. T. I, P. II, p. 142) et de comes (comte) en 1276 (RYMER, op. cit. T. I, P. II, p. 155) cette qualification n'étant pas reprise dans la lettre accréditive du 4 juin 1279.
(18). Cf. supra note 2.
(19). « Hi subscripti tenentur facere exercitus et homagia dicto domina Regi Anglie. »
(20). On sait que l'affixe « de Quercy » a été ajouté abusivement au nom de cette ancienne seigneurie de l'Agenais depuis son inclusion dans le département du Tarn-et-Garonne au début du XIXe siècle.
(21). Partage d'Angoulême de 1242-43, Layettes du Trésor des Chartes, TEULET p.498b ; Guillaume de Valence est un prénom, faisant référence à l'abbaye de N.-D. de la Valence, près de Couhé (Vienne) où étaient inhumés les seigneurs de Lusignan (Poitou) ; toutefois « de Valence » deviendra une sorte de patronyme de la branche anglaise.
(22). Taillefer ou Sector ferri, nom patronymique des anciens comtes d'Angoulême, dont une bronche, celle des seigneurs ou princes de Blaye, a donné le célèbre troubadour Jaufré Rudel, l'amoureux de la princesse lointaine, « l'amor de lonh ».
(23). Cf. supra.
(24). Cf .supra note 17.
(25). Le nom du château d'Agenais est cependant écrit Leshinaco dans un acte postérieur (Archives Déptales du Lot-et-Garonne, E sup. 2867 et E sup. T. 2 de l’Inventaire, pp 291-2094 n° 3664) dont nous parlerons plus loin.
(26). On notera que pour les deux châteaux, la voyelle u n’apparaît pas avant le XVIe siècle, semble-t-il sous l'influence des Lusignan d'outre-mer, dont on ne sait d'ailleurs pourquoi ils adoptèrent cette graphie.
(27). « Histoire Générale du Languedoc », livre XXXI, t. 9, p. 646 note 3. Certains auteurs (cf J. de BOURROUSSE de LAFFORE « Les Lusignan du Poitou et de Agenais », Revue de l'Agenais 1881, t. VIII, pp 403 à 429 et 481 à 520) ont soutenu la communauté d'origine des Lusignan du Poitou et de l'Agenais ; certes l’église Saint Basile de Lusignan Grand montre un vitrail représentant Hugues VI de Lusignan (Poitou) à la 1ère Croisade, mais il s'agit d'une œuvre du XIXe siècle ! Toutefois, comme on le verra, les Lusignan d'Agenais s’unirent aux Saint-Gelais, branche de la maison poitevine issue de ce même Hugues VI, en sorte qu'en toute hypothèse cette iconographie n'aura pas de signification abusive pour les descendants de ce mariage.
(28). 1539 ou 1540 selon que l'on fait débuter l'année au 1er janvier ou d’une date ultérieure (Pâques).
(29). Il s'agit du jeune, Bernard, d'abord duc de Candale : le père, Jean-Louis de Nogaret de La Valette, créé duc par Henri III dont il avait été le favori, et présent aux côté de Henri IV dans le carrosse où il fut assassiné, était mort à Loches le 13 janvier 1642 (Arch. Déptales de Gironde E sup. 614, GG5).
(30). Archives départementales de Gironde, fonds I-B, Parlement de Bordeaux, C-3784, registre 225 pièces.
(31). Ibid. I-B 26, reg., f° 56 v°.
(32). Ibid. I-B 27 f° 6, v° 6, f° 21, v°, cf. infra notice sur François II dans un article postérieur.
(33). Cf. supra, généalogie sommaire.
(34). Archives départementales du Lot-et-Garonne, E sup. 942, CCI, Registre in folio 313, Livre d’arpentement général du marquisat de Lusignan fait par Boyssson & Cassagne.
(35). Archives municipales d'Agen, CC 116 (1602-1603).
(36). NOULENS, « Maisons historiques de Gascogne », t. 2 p 396 n. 3 de la p. 395. La lettre figurerait dans le recueil « Lettres de Louis XI », éd. Joseph VAESEN, Librairie Renouard, Paris 1890, tome IV, p. 40 ; malheureusement l'exemplaire des Usuels de la Bibliothèque Nationale a été amputé des pages 39 à 42 par un usager indélicat ; la page 43 commençant avec la fin de la lettre ! Si un lecteur du présent article disposait de l'accès à un exemplaire intact, il pourrait ainsi compléter utilement la présente documentation.
(37). Le célèbre Blaise de Montluc dont nous parlerons plus loin, et qui finit sa carrière Maréchal de France, commença ses armes en Italie à 17 ans comme archer à cheval de la compagnie d'hommes d'armes du sieur de Lescun, frère du Maréchal de Lautrec (« Nouveau dictionnaire historique » éd. L. M. Chaudon et F. A. Delandine, 1804-an XII. t. 8 p. 421).
(38). On peut consulter sur cette réforme militaire Jan FAVIER, « La Guerre de Cent Ans », Fayard 1980, p. 588 & ss.
(39). Ne pas confondre ces archers à cheval avec les francs-archers, à pied ceux-là, visés par l'ordonnance du 28 avril 1448, et qui constituaient une espèce de réserve territoriale.
(40). Cf. supra n° 1.
(41). A cette époque d'ailleurs, seuls les Lusignans de Chypre portaient encore le patronyme d'origine de leur maison, les branches subsistant en Poitou étaient surtout connues par le nom du fief dont elles avaient été apanagées : Lezay, Saint-Gelais… Certaines obtinrent plus tard du Roi l'autorisation de relever celui de Lusignan.
(42). D'où un fils Antoine (d'HOZIER).
(43). On trouve en effet en Poitou, un Jeahan de Lézingnac, escuyer, seigneur de Conguyon et du Breuil, figurant dans l’Etat des nobles du Poitou, le 17 février 1529 à Chizé et le lundi 27 février suivant à Chef-Boutonne (châtellenies de Chef-Boutonne, Couture, La Péruse) cf. aussi Arch. Déptales de la Vienne, série E, arrt de Civray, con d’Availles-Limousines, E sup. 474, CG1 registre) & ss, en 1641, 9 février mentionné par l’Etat des nobles du Poitou, le 17 février 1529 à Chizé et le lundi suivant à Chef-Boutonne. Nous n’avons pas d’autres informations sur lui.
(44). Forme dialectale d’Ogier, nom illustré par le héros d’une chanson de geste ou roman célèbre, « Ogier le Danois ». On lit aussi Augier, la diphtongue au étant prononcée comme un o bref par les locuteurs occitans.
(45). 1518, « ancien style », c'est-à-dire que l’année commençait à Pâques ; 1519, « nouveau style », selon le calandrier moderne adopté par Charles IX, l’année commençant depuis lors au 1er janvier.
(46). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2867 et E sup. t. 2 de l’Inventaire, pp 291-2094, n° 3664. Cf. F. de MOULENQ, « Documents historiques sur le Tarn-et-Garonne », Montauban, 1879, t. 3.
(47). F. de MOULENQ, op. cit. t. III, p. 454.
(48). L’hypothèse d’un achat est également envisageable mais, en l’absence de preuve contraire, peu probable en raison de la faible fréquence de ce mode de mutation par rapport aux autres.
(49). Sous les diverses variantes orthographiques, Lesinhan, Luzignan, etc. que l’on retrouve d’ailleurs aussi pour le Lusignan de Poitou.
(50). « Lusigan d’Agenais », I.
(51). Jules ANDRIEU, « Histoire de l’Agenais », Paris et Agen, 1893, réédité par Les Presses des Editions de la Tour Gile (Ain), 3e trim. 1995, p. 50.
(52). Voir carte au 1:250000, 1939 E.
(53). « Histoire Universelle», Livre V ch. XXV, p. 184 de l'éd. de Ruble chez Renouard, Pars 1889, t. III, mention d'un capitaine Anté ou Danthé, identifié comme Jacques Laurens, seigneur de la Chagnée et d'Anté, en Saintonge. L'intéressé est qualifié de « très vicieux » (il était catholique) par le Journal de Généroux (auteur protestant) ; il fut défait et tué le 14 avril 1570 à Tiré (Thiré, en Vendée) par un capitaine huguenot nommé Pluviaut ou Puyviault (Christophe Claveau, sgr de). Il s'agit, à une époque d'ailleurs postérieure, d'un homonyme sans aucun rapport avec Auger d'Anthé.
(54). Patrick VAN KERREBROUCK, « Nouvelle Histoire Généalogique de l'Auguste Maison de France », tome II « Les Valois », Villeneuve d'Ascq 1990, p. 131
(55). Patrick VAN KERREBROUCK, « Les Valois » op. cit. p 252.
(56). Patrick VAN KERREBROUCK, « Nouvelle Histoire Généalogique de l'Auguste Maison de France », tome II, « La Maison de Bourbon », Villeneuve d'Ascq, 1987, p 107.
(57). Archives départementales de Lot & Garonne, E sup. 2867, acte du 9 déc. 1526.
(58). Ibid., même acte.
(59). Ibid. n° 33,
(60). Archives départementales de Lot-et-Garonne. E sup. 2867 et E sup T. 2 de l'Inventaire, pp 291-2094, n° 3664, mentionnés supra.
(61). Archives départementales des Basses Pyrénées, t. 5 p. 123 (sup.) de l'Inv., canton d'Arudy, CC 24 à 34 et ibid. 16 DD l à 18. Il resterait à expliquer dans quelles circonstances il aurait quitté l'Agenais peur s'installer en Béarn, mais il ne se trouve pas non plus d'élément permettant d'identifier autrement le personnage mentionné à Arudy.
(62). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2867, cf. note 10 : voir aussi ibid. E sup. 2868, acte du 12 déc. 1530, il prête hommage au Roi le 16 mars 1539-40. L'hommage est dû au Roi de France directement depuis le rattachement de l'Agenais à la couronne, comme il était dû au Roi d'Angleterre en vertu de l'acte de 1279 déjà cité. Sur la double datation (1539 ancien style - 1540 nouveau style) cf. supra note 9.
(63). Jules ANDRIEU, « Histoire de l'Agenais », op. cit. p.291.
(64). Lire l'ouvrage de Pierre CHAUNU et Michèle ESCAMILLA, « Charles Quint », Fayard 2000.
(65). Cf. infra la notice concernant Marc Antoine.
(66). Il est l'auteur de la première traduction de la Bible dans cette langue, parue dès 1522 et diffusée grâce à la nouvelle intention de Gutenberg, l'imprimerie.
(67). Placard signifiant des affiches « placardées » sur les murs.
(68). De l'allemand Eidgenossen, confédérés.
(69). Marie de Lapine, fille de Claude de Lorraine, duc de Guise, épouse de Jacques V d'Écosse.
(70). Dit le Balafré, qui reprit Calais aux Anglais en 1558.
(71). Cf. supra, à propos d'Auger d'Anthé. Il ne s'agit plus que de la Basse-Navarre, au nord des Pyrénées
(72). Né le 13 décembre 1553.
(73). En revanche, une lettre portant « escript à Lusignan, le XVIIIe jour d'octobre 1560, est certainement de Lusignan du Poitou, or le lendemain ce prince est à Poitiers.
(74). Patrick VAN KERREBROUCK, « La Maison de Bourbons », op. cit. p. 107. La même fonction était déjà occupée par Henri II d'Albret, auquel les époux venaient de succéder, cf. id. p. 252.
(75). 1559 ancien stycle, qui devient 1560 nouveau style si l'on fait commencer l'année au 1er janvier.
(76). Pierre CHEVALLIER, « Henri III », Fayard, 1985, p. 33.
(77). Ibid. pp 35 & 364.
(78). Patrick VAN KERREBROUCK, « La Maison de Bourbon », op. cit. p. 107.
(79). Assemblée des délégués des trois Ordres (Clergé, Noblesse et Tiers État, pour ce dernier c’étaient essentiellement les villes qui les désignaient) de tout le royaume ; la États provinciaux, dont nous allons voir un exemple ci-après, réunissaient les représentants des trois Ordres de la province.
(80). À 7 km d'Agen, sur la rive gauche et au sud de l'autoroute, un peu à l'ouest de l’Agropole, de l'autre côté de la D 931. Il y mourut en 1577.
(81). Nous reproduisons ici l'orthographe qu'utilisent la plupart des encyclopédies, mais Jules ANDRIEU dans son « Histoire de l'Agenais » (op. cit.) écrit Monluc, sans doute non sans motifs... C'est une question à débattre entre spécialistes !
(82). Jules ANDRIEU, op. cit. p 215. Le procès-verbal de cette réunion est aux Archives Municipales d'Agen, CG 201.
(83). Jules ANDRIEU, op. cit. pp 211-212.
(84). 1560 pour l'ancien style, la nouvelle année n'étant pas encore commencée, mais 1561 pour le nouveau style qui fait commencer la mistelle année au 1er janvier.
(85). Jules ANDRIEU, op. cit. p. 215.
(86). Op. cit. p. 214.
(87). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2869 ; cf. l'article suivant, Lusignan d'Agenais, III.
(88). La date de leur contrat manque aussi, mais son nom est connu par différents actes concernant leurs enfants mentionnés ci-après.
(89). Archives départementales de Lot-et-Garonne. E sup. 2868.
(90). d'HOZIER.
(91). d'HOZIER.
(92). Archives départementales du Lot-et-Garonne, B 587, année 1599.
(93). Acte de procédure judiciaire.
(94). Ibid. B 636, liasse, année 1606.
(95). Cf. note 57.
(96). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2868.
(97). François de RABUTIN, « Commentaires des guerres en Gaule Belgique, 1551-1559 », éd. Ch GAILLY de TAURINES, Lib. Hon. Champion, Paris, 1932, p. 214.
(98). « Histoire Universelle », op. cit., L. 1, ch. VI, p 47.
(99). Ivan CLOULAS, « Henri II », Fayard, 1985, p. 399.
(100). Id. ibid pp 295-333.
(101). Id. ibid pp 397-399.
(102). NOULENS, « Armorial des Landes », II, 299.
Suite des Lusignan chapitre III