Extrait de l'Historique du 35éme Régiment d'Aviation
Au mois daoût 1919, six escadrilles de la IV e armée partaient de Strasbourg
et atterrissaient à Bron près de
Lyon, où elles formaient le 5éme Groupement daviation.
Cétaient la 32éme, la 52éme, la 207éme, la 243éme, la 218éme. Le 1 janvier
1920, elles formaient le 5éme Régiment dObservation. Peu de temps après, le
5éme Groupement dAviation
dobservation prenait le nom de 35éme Régiment dAviation. Le jeune régiment
recevait un lourd héritage de gloire et dhéroïsme.
Historique
de lEscadrille 207
La Section dartillerie lourde 207, est créée le 15 mai 1916, placée sous les
ordres du lieutenant De Monclin.
Dotée de quatre appareils Voisin-Canton, elle rejoint
immédiatement la Somme, au terrain de Moreuil. Elle y reste
jusquà la fin 1916. Affectée à lAéronautique de la VIéme Armée, la
Section travaille pour le premier Corps dArmée Coloniale dans le secteur de Péronne,
Estrées, Soyoncourt et y prépare la prochaine offensive. Les
Voisins sont remplacés, le 25 juillet 1916, par des Caudrons
G.4. La Section 207 prend part à la bataille déclenchée le 1er Juillet. Avec un entrain remarquable,
un mépris absolu du
danger, elle seconde les héroïques efforts de nos troupes. Dès le 1er Juillet un de ses
équipages est descendu; le maréchal des logis pilote de Kitspotter, tué en combat,
tombe dans les lignes ennemies, l'observateur, le sous lieutenant Sayn
est indemne, il s'abrite dans un trou dobus, reste deux jours en pleines lignes
ennemies sans être découvert, sous un bombardement intensif, et finalement est délivré
par lavance de notre infanterie. Le sous-lieutenant Sayn
reçoit la Légion dHonneur.
Le 11
septembre 1916, la Section 207 devient Escadrille.
Sur le terrain dEpilles, jusquen fin septembre 1916, elle travaille en liaison
avec l'Artillerie du XXXIIIéme Corps dans le secteur de Péronne, boucle de Cléry et
Mont-Saint-Quentin; puis elle est rattachée au XXXIIéme. Corps à Sailly-Saillisel,
Cléry et Raucourt . La
bataille na pas été menée sans pertes, le 16 octobre, le caporal pilote Dossart
est blessé en combat, il réussit à atterrir dans les lignes ennemies et est fait
prisonnier avec son observateur, le lieutenant Resseigner, également blessé. Le 22
octobre, le maréchal des logis pilote Bigeard tombe en vrille dans nos lignes et se tue;
son observateur, le lieutenant Léon, est indemne. Le 21 octobre, les lieutenants Laborie
et De Chanzi, victimes dune panne au cours dun combat, atterrissent chez
lennemi, près de Bapaume. Le capitaine De Monclin, chef descadrille, est
cité à lOrdre pour le rendement au combat de sa jeune unité. Lescadrille
est, elle-même, citée à lOrdre de lAéronautique de la VIémeArmée. |
As-tu jamais senti, voyageur de l'espace
Ton coursier tressaillir sous son carapaçon
Et ton coeur se glacer d'un sinistre frisson ?
La Mort te frôle et passe.
Si tu crois, tout à coup, voir s'entrouvrir la Porte
De l'immense infini, dont tu t'es approché,
C'est que ton âme fuit, et ton corps est touché
Par la Mort qui l'emporte.
T'est-tu jamais trouvé culbuté dans le vide;
En d'horribles remous, te sens-tu naufrager ?
Retourne-toi, frémis et tremble,ô passager ;
C'est la Mort qui te guide.
II
Un biplan bi-moteur
Tâche ingrate, accomplit un réglage.
L'Équipage
Est composé de Sayns, l'observateur,
Et d'un jeune pilote:
Kyspotter.
Dans un Fokker
Au-dessus d'eux, complote
L'adversaire qui veut pourfendre l'appareil;
Il fonce tout à coup, pareil
Au rapace
Puis, il passe,
Foudroyant sous son feu Kyspotter.
Sayns ne voit qu'un éclair.
- Holà ! vieux camarade !
En garde !
Ce boche, attend un meilleur sort ...
Holà ! Vite ...allons vire !
Hé !... Kyspott ! On chavire !
Ha ! Kys ... il est mort !
III
Ton coeur doit se broyer sous une étreinte horrible
En te sentant soudain, seul, sous l'immensité !
Vers quel abime, en quel néant, dans quel Léthé
Vas-tu sombrer bientôt ? la mitraille te crible ...
Aucun doute pour toi. La Camarde infaillible
Ricane et te conduit avec rapidité.
Quoi ! ton corps chancelant se crispe, contracté ?
Quoi ! tu rêves-encor ? Tu crois à l'impossible ?
Plus vite ! allons plus vite ! Elle est là, près de toi,
Blême, rigide, froide... Oh ! ce masque d'effroi !
Plus vite ! Elle te mène atterrir à son port !
Elle est là!... près de toi. Reine de l'épouvante,
Qui prolonge, en son jeu cette course émouvante.
Que vas-tu devenir, Passager de la Mort ?
IV
Kyspotter gît, pendant, exsangue, inaminé,
Et l'Aigle de bataille, au grondement rythmé,
Libre, oscille un instant, puis plonge dans le vide.
Sayns se retourne et voit, les traits crispés, livide,
L'inerte ami dormant de son dernier sommeil....
Le nouveau commandant du lugubre appareil
Cherche à quel dieu proprice adresser sa prière ?...
Un cadavre interdit de passer à l'arrière !..
Il le franchit.. se fait gymnaste aérien.
Et comme un officier français n'a peur de rien,
Il se glisse au capot, près du corps qui cahote
En remplaçant le mort, il s'incarne pilote..
L'âme de Kyspotter est encore avec lui
Pris en chasse à son tour, le Fokker s'est enfui;
Mais, Sayns, pour un début, songe à faire un chef-d'oeuvre;
Sans hésiter, d'abord, au hasard, il manoeuvre
Rapidement le gouvernail de profondeur;
Il le penche, il l'incline, il tire avec raideur...
Et l'avion, sous l'effort, monte et revient en ligne:
Mais la fatalité, sans doute, le désigne;
La camarde a rompu cet instant de répit
Et, l'horreur, qu'un instant l'espoir interrompit
Etreint à nouveau Sayns; il tourne; il réitère
Son premier geste et l'Aigle, obliqué vers la terre,
Pique, volte, redresse et se cabre, strident,
Vers le ciel qui l'observe. En ce vol ascendant
Le rocher de l'esquif, perdu dans la tempête,
Contre l'adversité se domine et s'entête.
Il pousse le contact comme un libérateur !
Plus de course sans but... plus de bruit de moteur !
Mais l'avion siffle, il plonge et s'oriente
Vers la terre qui monte et s'approche, effrayante !
Vertigineusement sous lui s'enfuit le sol...
Comment va s'achever ce fantastique vol ?
Mort ou vivant ? France ! Allemagne ? Ultime angoisse !
Le sort injuste veut que le danger s'accroisse
En arrivant au port...
Un dernier bond encor
Et l'oiseau, lourdement, termine son essor.
Sayns peut de dégager près des lignes fatales,
Sous le feu ruisselant des obus et des balles.
Mais il doit se terrer, se cacher deux longs jours
Au fond d'un entonnoir, se demandant toujours
Si l'heure qui viendra sera sa dernière heure...
Non ! le Dieu des héros ne veut pas que l'on meure
Seul en un trou boueux quand on revient du ciel !
Et, dans une accalmie, entendant son appel.
Des fantassins français viennent lever le siège
A l'aire où succombait un Aiglon pris au piège.
tiré du livre " les Aigles" d'André Mailfert |
 |
 |
 |
 |
tiré du livre d'or de la providence d'Amiens
Notices sur 173 anciens élèves 'Morts pour la France'
|
|