Reconnaître les urodèles

L'ordre des urodèles regroupe les amphibiens à morphologie « de lézard », c'est à dire les espèces dont le tronc est allongé, terminé par une longue queue, et dont les pattes postérieures sont quasiment identiques aux pattes antérieures. Midi-Pyrénées est une région pauvre en urodèles, puisqu'on n'y rencontre que 4 espèces : Triton palmé Triturus helveticus, Triton marbré Triturus marmoratus, Salamandre commune Salamandra salamandra et Euprocte des Pyrénées Euproctus asper.

Outre leur morphologie, nos urodèles se distinguent des anoures (grenouilles et crapauds) par d'autres caractéristiques, dont le fait qu'ils soient aussi muets que des carpes : pas de concerts bruyants ni de sérénades mélancoliques chez la salamandre, pas plus que chez les tritons ou l'euprocte. Ces espèces ne se repèrent qu'à vue, et requièrent donc des prospections plus poussées que la plupart des autres amphibiens.

Leur mode de reproduction diffère également de celui des anoures, notamment en ce qui concerne la technique de fécondation : tandis que les grenouilles et les crapauds s étreignent passionnément durant un temps variable :

·         les tritons se contentent de déposer au fond de l'eau un petit paquet de sperme que la femelle vient accoler contre son orifice cloacal. Le tout à l' issue d'une parade nuptiale caractéristique et difficilement transposable au genre humain, durant laquelle le mâle replie sa queue et la fait vibrer en direction de la femelle.

·         L'accouplement de la salamandre n'est pas véritablement plus convivial, mais le contact entre les partenaires est plus étroit, le mâle guidant plus directement la femelle.

·         On assiste par contre chez l'Euprocte des Pyrénées à un authentique coït durant lequel le mâle enserre longuement la femelle avec sa queue, tandis qu' il y a contact prolongé des organes génitaux.

Si les tritons et l'euprocte pondent des oeufs(isolément et non pas par paquets ou chapelets comme les anoures), la salamandre en revanche accouche directement dans l'eau de larves déjà écloses. Elle est en effet ovovivipare, voire franchement vivipare pour certaines sous-espèces, chez lesquelles les larves naissent entièrement métamorphosées et s'affranchissent du stade aquatique ! Il n'y a d'ailleurs guère qu'au moment de la mise-bas qu'on observe des salamandres près de l' eau ou partiellement immergées : c'est un amphibien strictement terrestre qui nage à peu près aussi bien qu'un Lézard des murailles (c'est à dire mieux qu'une enclume, mais pas aussi bien qu'un espadon).

Les espèces de Midi-Pyrénées sont d'identification aisée, mais il importe de connaître leurs caractéristiques respectives :

L Euprocte des Pyrénées

Il ne se rencontre chez nous que dans la partie montagneuse des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne et de l'Ariège, où il fréquente les ruisseaux et torrents au-dessus de 1000 m, plus rarement (et alors souvent en cours d'eau souterrain) en dessous. Sa peau est nettement granuleuse-verruqueuse, et sa queue est épaisse et musculeuse bien qu'aplatie latéralement. La coloration dorsale est variable : de beige à noir, avec tous les intermédiaires possibles. Souvent, le dos porte une ligne vertébrale jaune plus ou moins continue et/ou des taches jaunes éparses (chez la Salamandre commune, pas de ligne vertébrale jaune mais deux lignes parallèles de taches jaunes plus ou moins jointives encadrant une zone vertébrale noire). Le ventre est rouge-orangé. Ril à iris clair, pupille distincte. Doigts se terminant en une sorte de griffe noirâtre. Taille adulte : 15 cm.

La Salamandre commune

Zone de Texte: ©G.Pottier Elle se rencontre principalement en milieu forestier, où elle est localement abondante. Sa peau est non granuleuse, lisse, d'aspect caoutchouteux (mais série de pustules arrondies sur le dos), luisante par atmosphère humide, mate par conditions sèches. Sa coloration, bien connue de tous, est fortement contrastée, noire et jaune, avec généralement chez nous un agencement des taches jaunes dorsales sur deux lignes parallèles : pas de ligne vertébrale jaune (la partie vertébrale du dos reste noire ou faiblement barrée de jaune quand les deux lignes se joignent par endroits). Ril paraissant tout noir, pupille indistincte. Taille adulte jusqu’à 20 cm.

Midi-Pyrénées héberge deux sous-espèces, difficiles à distinguer sur simples critères morphologiques et non isolées géographiquement, donc existence d’intermédiaires :

-S. s. terrestris : partout en Midi-Pyrénées, mais localement remplacée en 65 et 31 par S. s. fastuosa (zone pyrénéenne). Taches jaunes dorsales étroites, plutôt non jointives ou non intégralement jointives s’agençant sur deux lignes paravertébrales. Ovovivipare : met bas dans l’l'eau des larves déjà écloses (pas de stade oeuf).

-S. s. fastuosa : localisée à la partie pyrénéenne du 65 et 31. Taches jaunes dorsales plus larges et jointives, s’agençant en deux larges bandes paravertébrales continues. Ces bandes fusionnent parfois ponctuellement, barrant par endroits la zone vertébrale noire. Tendance à la viviparie vraie : mets bas des jeunes quasiment métamorphosés (tendance à une absence de stade larvaire).

Le Triton marbré

C’est une grande espèce (max. 15 cm) rare en plaine cultivée mais localement commune en contexte bocager, caussenard ou forestier (absente en montagne). Il a une coloration plus ou moins contrastée grisâtre et verte (de vert pomme à vert foncé), avec souvent (jeunes et femelles) une ligne vertébrale orange ou (mâles en phase aquatique) une crête dorsale à barres verticales alternativement claires et foncées. Hors phase aquatique, les mâles ont le même aspect que les femelles, ligne vertébrale orangée en moins. Ventre grisâtre à petits points blancs plus ou moins nets.

Le Triton palmé

Zone de Texte: ©G.Pottier Très commun et atteignant la haute montagne, a une peau lisse, très finement grainée et d’aspect velouté en phase terrestre. Sa queue est fine et non musculeuse, très aplatie en phase aquatique. C’est une très petite espèce mesurant 10 cm maximum. Coloration générale brun plus ou moins foncé, plus ou moins tacheté, avec nuances blanchâtres et orangées. Aspect mat en phase terrestre, avec une ligne vertébrale orangée assez peu contrastée doublée d’une vague bande dorsale brune à bord onduleux, d’aspect vaguement marbré.  Mâles en phase aquatique : pattes postérieures palmées (palmure généralement foncée), queue terminée par un court filament foncé et tête striée longitudinalement de jaunâtre. Ventre pâle à jaune-orangé.

Le moment idéal pour l’observation des urodèles 

Optez pour des prospections nocturnes à la torche électrique, vous verrez incomparablement plus d’animaux que de jour, et vous les dérangerez beaucoup moins qu’en fouillant les mares à l’épuisette. Transmettez vos observations, dûment localisées, à l’association, nous les intégrerons aux bases de données départementales, qui alimentent la base de données nationale du Muséum National d’Histoire Naturelle (fiche standard sur demande).

Gilles Pottier, chargé de mission hérpétologie

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