Le Ramier de Bigorre : 15 ans d’accueil et de gestion dans un havre de nature

 

A l’intérieur d’un méandre de fleuve, les terres régulièrement inondées, si elles ne sont pas exploitées, sont normalement riches d’une faune et d’une flore diversifiées. Les atteintes à ce milieu sont cependant fréquentes et peuvent rendrent nécessaires des travaux de restauration. L’Etat, propriétaire de ces lieux classés Domaine public Fluvial ( D.P.F. ), peut alors les amodier ( louer ) à une association, tant pour la réalisation de ces travaux que pour l’accueil du public. C’est le cas au Ramier de Bigorre à Merville ( 31 ), où depuis 15 ans votre association gère le site, accueille des groupes, inventorie les richesses naturelles et informe les visiteurs.

 

 

Le Ramier de Bigorre, c’est quoi ? C’est où ? C’est grand ? Ça se mange ?

 

Le terme « Ramier », en bord de Garonne, désignait autrefois une plantation de saules ou de peupliers. La ferme de Bigorre dominait le site.

De Blagnac, prenez la route de Grenade. 3 km après Seilh, ou si vous préférez 7 km avant Grenade, un panneau indique le site. Il vous reste alors 1 km de piste carrossable ou pédestre si vous voulez économiser vos amortisseurs.

Entre la falaise de terre creusée autrefois par la Garonne et le méandre, 65 hectares se répartissent ainsi : la moitié en propriété privée, peupleraies ou friches ; l’autre moitié, celle qui nous est amodiée, se compose surtout de forêt riveraine mais aussi d’une prairie sèche, d’un arboretum, de bras morts et de plages de galets.

En dehors de quelques pivoulades (Pholiotes du Peuplier) le Ramier de Bigorre n’est vraiment comestible que pour la faune sauvage.

 

 

Qu’est-ce qu’il y avait avant nous et pourquoi ça n’y est plus ? 

 

Il y a vingt ans, l’exploitation de granulats ( graviers ) se faisait directement dans le lit mineur de la Garonne ; le Ramier était, au moins en partie, une aire de manœuvre des camions et de stockage des graviers.

Ce type d’exploitation, qui entraînait une baisse du niveau des fleuves, avec des conséquences désastreuses tant sur le plan hydrologique qu’écologique, a été interdit en 1987.

 

 

C’est quoi une ripisylve et à quoi ça sert ?

 

Proche du cours d’eau, fréquemment inondable, la ripisylve est un boisement, souvent composé d’aulnes, de saules et de peupliers.

Un peu plus loin de la rivière, topographiquement plus haut, régulièrement inondable cependant, le bois riverain est, dans notre région, une ormaie- frênaie  ( 2 espèces d’ormes, 2 espèces de frênes, auxquels s’ajoutent Peupliers noirs et Peupliers blancs, entre autres ).

Par le terme ripisylve il arrive que l’on englobe ces deux types de boisements, qui sont généralement contigus. C’est d’ailleurs ce qu’on va faire dans cet article.

En dehors de son intérêt paysager, plus proche d’une forêt humide équatoriale que de la forêt de Fontainebleau, une ripisylve est également un formidable filtre à nitrates : venez voir l’abondance et la taille des orties nitrophiles, en été !

Par ailleurs, ces boisements, se comportant comme une gigantesque éponge lors des crues, contribuent à les réguler. Et n’oublions pas le rôle de refuge pour la faune et la flore, surtout en plaine agricole toulousaine où les ripisylves garonnaises créent ce que les écologues appellent un corridor, entre Pyrénées et Quercy.

 

 

Pourquoi gérer la nature alors qu’en principe elle se gère toute seule ?

Reprenons le cas de la forêt :

Exploitation de granulats + pompages pour l’agriculture, l’industrie ou les particuliers => baisse du niveau du fleuve => baisse du niveau de la nappe => tendance à l’assèchement des milieux collatéraux => dépérissement des arbres de la ripisylve.

Cela ne perturbe apparemment pas trop les espèces invasives ( Erables negundos, Buddleias, Peupliers noirs hybridés et fragiles ) qui en profitent pour proliférer au détriment du cortège normalement présent. Et au détriment de la diversité.

La régénération naturelle des ormes, frênes, chênes, sycomorres… ne se fait alors plus, d’autant que les orties privent de lumière les très jeunes arbres, avant qu’ils n’aient eu le temps de les dominer.

 

 

En quoi consiste l’aide à la régénération de la forêt ?

 

Pour celle du Ramier de Bigorre, nous avons choisi de dégager des clairières longilignes et sinueuses, sur un tracé aléatoire ( pas d’alignements ) et d’y transplanter des arbres d’espèces locales, prélevés dans les parcelles où ils sont encore abondants ou obtenus à partir de graines collectées sur place.

Lorsqu’il restait des semenciers ( grands arbres productifs ) nous avons éclairci la végétation ligneuse sur leur pourtour afin de favoriser la germination  de leurs graines tombées au sol.

Lorsque de jeunes arbres étaient présents, nous leur avons donné de la lumière et une protection ( gaines, paillis ) contre les lianes, les lapins ou les chevreuils. Ce traitement a été aussi appliqué aux arbres transplantés.

Bilan : une densité à l’hectare d’arbres d’espèces locales multipliée par 8, diminution du nombre d’arbres d’espèces invasives, le tout sans sacrifier le couvert forestier.

 

 

D’autres travaux sont-ils en cours ?

 

Les plages de galets sont devenues rares du fait des barrages ( 11 en amont de Toulouse  ) et ne se forment plus que par érosion latérale des berges. Ce milieu est intéressant pour la flore et l’avifaune, mais comme pour l’ensemble des atterrissements récents, il se boise très vite en Peupliers noirs hybrides issus de populicultures. La coupe ou l’arrachage de ces peupliers devient alors nécessaire, d’autant que ces atterrissements, éléments de la dynamique d’un fleuve, devraient pouvoir conserver leur mobilité. C’est là une des tâches de l’équipe salariée

Nous pouvons citer également les travaux en cours sur la prairie à orchidées sur la partie nord du site, visant à empêcher la fermeture du milieu ou encore, sur les bras morts, l’enlèvement d’embâcles et le bouturage de saules.

Il arrive que des bénévoles de l’association nous aident pour certains de ces travaux et nous ne les en remercierons jamais assez.

 

 

La flore du Ramier : des espèces rares ?

 

Les inventaires de ces dernières années ont montré la présence de 330 végétaux, parmi lesquels un des plus intéressants est un arbre : l’Orme lisse, peu abondant et mal connu dans le Sud-Ouest, très peu sensible à la graphiose de l’Orme. On en trouve 80 grands spécimens au ramier.

Certaines herbacées du Ramier sont également peu fréquentes dans la plaine toulousaine, comme la Cardamine flexueuse, la Laîche maigre, le Perce-neige, la Cardère velue…

Si aucune plante du Ramier n’est protégée sur le plan national (la liste est assez « exigeante »), une liste régionale devrait voir le jour en 2004, sur laquelle il est vraisemblable que plusieurs taxons du Ramier seront présents.

 

 

Et qu’y- a- t’il comme bestioles ?

 

Oiseaux : 45 espèces nicheuses parmi lesquelles l’Epervier d’Europe, le Faucon hobereau, le Martin-pêcheur, la Bouscarle de Cetti, la Sittelle torchepot… . Et une bonne cinquantaine de migrateurs ou hivernants dont la Grande Aigrette, le Tadorne de Belon, la Bécasse des bois, la Locustelle tachetée... .

Mammifères :   La genette,  qui prend le toit d’un des observatoires pour des toilettes publiques, le blaireau, la belette, l’écureuil, le lapin, le chevreuil et le sanglier, ainsi que la Pipistrelle commune  et quelques « micro-mamm’ » non encore identifiés, ont déjà été vus (ou leurs empreintes ).

En vrac, reptiles, batraciens, insectes : Couleuvres vertes-et-jaunes, Couleuvres à collier, Lézards verts, Tritons palmés, Grenouilles agiles, Hannetons, Hoplies, Cartes géographiques, Paons du jour, etc composent une microfaune multicolore qui ne demande qu’à se laisser admirer ( avec un peu de patience et  de discrétion quand même ).

 

 

Et ce site, vous le montrez à qui ?    

 

Il est accessible sans restrictions, même aux chasseurs ( qui a dit « hélas » ? Ah ben tiens c’est moi ) mais il va falloir que ces derniers apprennent et respectent la réglementation applicable au Domaine Public Fluvial, jusque-là manifestement peu mise en pratique.

Parmi les visiteurs nettement plus sympathiques, cela va de la famille de promeneurs qui liront les panneaux d’info et les brochures laissée à leur intention, aux équipes de scientifiques qui font du baguage d’oiseaux ou qui étudient la compétition entre végétaux locaux et envahissants… Des animations en direction de scolaires ou de groupes d’adultes sont également organisées.

Quelques chiffres à ce sujet :

Visiteurs « libres » : plusieurs milliers par an.

Groupes : nous avons retrouvé la trace d’une centaine de visites depuis ces quinze dernières années (il a du y en avoir d’avantage)  dont 28 % d’animations pour les scolaires ou centres de loisirs enfants, 19 % d’animations pour les adultes, 33 % de visites de techniciens ou de scientifiques, 19 % de groupes divers n’appartenant pas à ces catégories, le tout représentant 1950 personnes.

 

 

Quel avenir pour le Ramier ?

 

Tous les travaux déjà effectués impliquent un certain suivi, d’autres sont en cours. L’entretien du site et les divers modes d’accueil et d’information (par exemple, la signalétique, qui a besoin d’un sérieux rajeunissement) nécessitent une présence. L’expérience acquise au Ramier de Bigorre pourrait également être transposable ailleurs, le Ramier pouvant être considéré comme un site pilote.

 

 

Philippe Caniot, chargé d’études naturalistes