Sur le plan juridique, il existe deux types de cours
d’eau : -les domaniaux qui font partie du domaine public fluvial ;
l’état est tenu de les entretenir. –les non domaniaux où les riverains sont
propriétaires et doivent en assurer l’entretien (particuliers, communes…), mais
bien souvent ce sont les collectivités territoriales qui sont maîtres d’œuvre.
L’évolution de ces rivières dépend des techniques d’aménagement (travaux et
suivis).
En premier lieu, il faut
savoir que les aménagements brutaux sont toujours néfastes pour le
milieu : broyage et désherbage massif, abattage sévère des arbres, curage
et endiguement. Cela va entraîner : un effondrement des berges et un
lessivage du sol, donc une dégradation de la qualité des eaux par
l’augmentation des matières en suspension ; un risque de prolifération sur
le sol nu de plantes envahissantes (exemple : la renouée du japon, la
vigne vierge, l’érable negundo, l’ailante…) ; Lors des crues, l’eau
s’évacue rapidement mais à l’aval la montée est plus brutale et cause des
dégâts. De plus, le coût des travaux est élevé.
En général, un aménagement
léger et ponctuel tend à équilibrer le milieu naturel, avec une faible érosion
des berges, une végétation qui s’autocontrôle, une meilleure circulation de
l’eau sans entraîner de perturbations à l’aval. Donc, si l’on doit intervenir,
un entretien réfléchi et pondéré en respectant les différentes caractéristiques
du cours d’eau, doit être appliqué. Ce type d’entretien régulier étant beaucoup
moins onéreux pour la collectivité.
Mais il n’existe pas d’aménagement unique adaptable
à toutes les rivières, chacune ayant des spécificités qui lui sont propre car
de nombreux facteurs entrent en compte. Une rivière recalibrée quelques années
auparavant par exemple, et qui aura subi des effondrements de berges, se
retrouve avec son lit mineur rétréci, sans strate arbustive ; dans ce
cas, favoriser la repousse de jeunes
arbres et replanter des essences
adaptées sur tout le talus (aulnes, frênes, saules) peut s’avérer être une
bonne solution. Par contre, s’il s’agit d’une rivière recalibrée mais ayant eu
une forte repousse de peupliers, il est nécessaire de contrôler ceux qui se
trouvent en bas des berges. Faire une coupe sélective, enlever les embâcles
et planter d’autres essences en haut
des berges stabilisera le milieu. Quelquefois, l’élagage de branches sur des
arbres penchés suffit car cela permet de les alléger et les rajeunir.
La gestion des embâcles
est particulière suivant leur emplacement et le type de rivière. Ces bouchons
formés de troncs et branchages dérivant (plus des déchets divers), peuvent se
former sur des branches basses, des arbres couchés dans le lit, des piles de
ponts ou se déposer sur des atterrissements. Sur ces derniers, il est
préférable d’enlever ou de brûler les embâcles sur place car d’autres dérivants
viendraient s’y accumuler et cela pourrait dévier le courant ou éroder la
berge. Par contre, un embâcle créé sur un petit cours d’eau à écoulement
rapide, constitue des caches pour les poissons, freine la vitesse du courant et
empêche l’érosion des berges ; on peut donc le laisser tout en le
surveillant.
Le milieu riverain ou zone
de transition tient un grand rôle dans l’écosystème de la rivière notamment par
l’épandage des crues, l’infiltration de l’eau dans la nappe, l’alimentation des
zones humides, l’absorption des minéraux en excès de l’agriculture. Il est
évidemment nécessaire de le prendre en compte dans la gestion du cours d’eau.
Un facteur très important
est l’interconnection des systèmes hydrologiques entre eux, du ruisseau au
fleuve. En fait, une rivière ayant un milieu naturel équilibré subira toutefois
la mauvaise gestion des cours d’eau affluents de l’amont, notamment par des
crues subites et importantes, une mauvaise qualité de l’eau et des berges
dégradées ; d’où la nécessité d’avoir une politique globale sur tout le
bassin versant.
Ces quelques exemples nous montrent qu’avant toute
intervention, une étude du milieu suivie d’une réflexion sont obligatoires.
Prendre en compte les multiples fonctions de la rivière : hydraulique,
ressource en eau, milieu biologique, paysagère, loisirs,…pour qu’à chaque cours
d’eau soit appliquée une gestion viable de réhabilitation ou de conservation.
Jacques Rhodes, agent d’entretien
et d’accueil du Ramier de Bigorre