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20 décembre 2004 : Andaman islands, Inde


Andaman-Nicobar Islands ? Quelqu’un a t’il déjà entendu parler de ces îles? Le 11 juillet 2004 lors de mon départ, j’ignorais l’existence de cet archipel. Ce n’est qu’en entrant en Inde, en ouvrant mon lonely planet sur la carte du Sous-continent que j’aperçus ces bouts de Terre surgir en plein milieu du Golf du Bengale. Mon guide n’indiquait rien sur ces îles. Une bonne raison donc d’y aller faire un petit tour ! J’étais persuadé que j’y trouverai quelque chose d’une valeur inestimable. Je n’avais aucune raison particulière d’y aller, mais à chaque fois que je regardais la carte de l’Inde, c’était comme si Peter Pan me chuchotait à l’oreille :


-"vas-y, vas-y, vas-y"
-"Mais pourquoi ?"
-"C'est un secret !"


Je dessinais sur la carte une croix à l’emplacement des îles et y inscrivit le mot "trésor". J’avais fait des îles Andaman un but dans mon voyage, une destinée !

Je suivis donc les conseils de Peter Pan et me voilà ce 20 décembre débarquant à Port Blair la capitale des Andamans. Il n’y a rien à faire à Port Blair. C’est même une ville qui me met le moral à zéro. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi. Sans doute car vous êtes tout près d’un paradis mais vous n’y êtes pas encore. Je m’empresse de me renseigner sur cet archipel, bien décidé à percer le secret.
Deux jours plus tard, je découvris le paradis tant attendu. 572 îles et îlots vert émeraude flottants sur une eau turquoise et limpide dans une parfaite isolation.

Des îles peu habitées dont certaines sont encore entièrement vierges ondulent entre le Myanmar (Birmanie) et l’Indochine. A 1190 Kms à l’est de Chennai (Madras) et à plus de 1200 Kms de Kolkata (Calcutta) je découvre un trésor d’ îles recouvertes à 92 % de forêt tropicale dense et abritant encore des tribus indigènes telles les Onges, les Jarawas, les Sentinalese, les Nicobarese et les Shompens.

..

Des petits hommes ressemblant vaguement au pigmés qui se baladent nus et chassent à l’arc et au harpon et qui pour la plupart n’ont jamais vu l’homme moderne.


Une nature inviolée ! Oui ça existe !

 


Une flore et une faune des plus riches. Plus de 150 espèces de plantes et d’animaux sont endémiques. C’est ici que l’on trouve des mangroves luxuriantes parmi les plus riches du monde. L’écosystème marin est composé de récifs de coraux fascinant qui transforment votre plongée en un moment inoubliable.

Enfin des plages idylliques de sable blanc et fin bordées de fiers cocotiers dessinent le contour de chaque îlots.

Peter Pan ne s’était pas trompé !


Un secret si bien gardé jusqu’ici et qui je l’espère le restera longtemps. Car nous connaissons tous le malheureux destin de ces endroits paradisiaques.

 

 


26 décembre 2004 : Havelock island, Iles Andaman, Inde


Ce jour là je ne l’oublierai jamais. Indélébile dans ma mémoire. Dans la mémoire de nombreuses personnes d’ailleurs. L’histoire qui suit a été copiée directement de mon carnet de voyage.
Nous sommes le 26 décembre tôt le matin. Je ne sais pas exactement combien de temps je me suis endormi. Mais mon réveil ce matin là fut des plus irréel de ma vie. J’ouvre les yeux dans ma hutte en branches de cocotiers de 3 m sur 3. La plage est à quelques 200 mètres. Et là j’aperçois de l’eau à travers la paillasse, de l’eau tout autour. A droite, à gauche, au nord, au sud, de l’eau sous ma hutte. L’espace de quelques secondes, j’essaie de comprendre. Mais le niveau de l’eau monte, monte, monte. Maintenant c’est comme si une rivière brunâtre s’éclatait contre ma petite cabane. "Merde, mais que se passe t’il ?". L’eau pénètre ma hutte. "Oh bordel". J’attrape mon sac, balance mon barda dedans et plis bagage en moins de 10 secondes. Un véritable record en ce qui me concerne ! Faut que je me taille d’ici. Je saute dans l’eau. Elle m’arrive à la taille. Heureusement les huttes sont sur pilotis. L’eau recouvre tout le ''coconut grove'', des huttes jusqu’au restaurant. Tout le monde prend ses jambes à son coup et se dirige vers la route, vers la montagne. Nous fuyons tels des talibans dans les grottes de Tora Bora. Le spectacle est impossible, ce n’est pas réel, je dois sûrement rêver. Je croise Sven, les yeux aussi rouge que le soleil levant, la confusion sur son visage.


-"Hey Sven. What s happening here ?"


Il secoua la tête, haussa les épaules et expira : "I have no fucking idea !"


Tout le monde est regroupé sur la route. Il ne manque personne. L’eau a terminé sa montée. Que va t’il se passer maintenant ? Chacun surveille l’horizon.


-"Ou est passé la plage ?"


Il n’y a plus de plage ! Bordel, bordel, bordel ! Le paysage ressemble à un fleuve tumultueux au beau milieu d’une forêt de cocotiers. L’eau n’est plus limpide. L’eau est furieuse, transporte des branches, des arbres énormes et tout un lot de débris. Nous regardons silencieusement le niveau de l’eau redescendre. De temps en temps on jette un coup d’oeil sur les visages des voisins pour se rassurer que l’on ne soit pas le seul à avoir peur, à ne rien comprendre. Roy, le propriétaire du ''coconut grove'' et à coté de moi, le regard vide. Tout le monde est maintenant étrangement calme. Confusion, confusion !


Maintenant tout le monde embarque dans la remorque d’un vieux camion. Nous évacuons. Vers le marché, un endroit surélevé, à l’abri. Nous passerons la nuit ici. Un véritable camp de réfugiés. La lune est pleine est regarde anxieusement l’océan. La mer s’est retirée laissant derrière elle un véritable foutoir. L’océan s’est calmé mais personne ici ne lui fait confiance.

 

Impossible de dormir. La tranquillité du paradis transformée en chaos.


Donc je me rappelle. Il y a eu cette fête de noël, le 25 au soir. Cette nuit de noël complètement folle. Des cadeaux de mes amis israéliens, de la musique, des Esmeraldas se dandinant sur les bancs du "coconut grove", Sven, Daniel et moi sur les tables du restaurant, Roy et Mike distribuant le whisky, le poisson frit et le shaksuka, un groupe d’israélien se passaient le bang, un couple japonais regardait tout ça l’air amusé. Des Indiens, un Australien, deux Allemands, deux Japonais, une quinzaine d’israéliens et un français ; voilà un noël international. Un noël en paix, au paradis, tenu jusqu’à la lueur du jour. Tout le monde va se coucher. Je m’en vais sur la plage voir le lever du soleil.

..


Un matin tranquille, un matin heureux. Les oiseaux chantent, le soleil brille, le chant flottant de l’océan calme, tout le monde dort. Puis un profond silence. Plus rien. Plus un bruit. Les oiseaux se sont tus, un chient errant passe sa queue entre les pattes, les oreilles basses. Enfin la sensation extra terrestre de bouger sans bouger. Des cris stridents de femmes percent l’air matinal. Mes jambes tremblent. Aurai-je trop bu ? Je titube, me rattrape. Ouh là, je vais mal. Des noix de coco se mettent à tomber telles des kamikazes. Ca bouge tout autour de moi. Nan ce n’est pas l’alcool. Cela vient de la terre. Un tremblement profondément terrestre. Un tremblement de terre rock and roll d’au moins 30 à 40 secondes.


Mauvaises idée de rester au milieu d’une plantation de cocotiers pendant un tremblement de terre ! La sensation de deux plaques continentales faisant l’amour sur un ring de boxe devient la principale source de perception. Comme marcher dans un bol de confiture, comme un poisson tentant d’avancer sur la terre ferme.


Puis STOP ! Tout s’arrête. En même temps.


Un voyageur est à coté de moi. On se regarde ébahis.
-"Did you feel that ?" me demanda t’il.
C’est bien la question la plus débile de la journée !
-"Of course" Comment ne pas l’avoir sentit...
Il est environ 6h et quelques. Je vais me coucher relativement content de ne pas avoir était dans un building indien pendant que la terre tremblait.
Je m’endors en moins de deux...
La suite vous la connaissez : vagues, inondation, évacuation.


Donc me voila dans ce gentil camp de réfugiés, mangeant egg rolls et omelettes. Il est tard. Nous avons donc subi un raz de marée suite au tremblement de terre.


Un raz de marée ! Un crazy Tsunami ! Une fucking, big, huge wave comme dirait Mike.
L’information nous parvient peu à peu. L épicentre serait situé sur ou proche de Sumatra. Une vague de 8 m au moins aurait détruit Phuket en Thaïlande. 100 personnes seraient décédées dans les îles Andaman Nicobar. Neil et English Island, deux îles autour d’ Havelock seraient rayées de la carte. 650 morts au tamil Nadu en Inde, environ 300 au Sri lanka. 9 sur l’échelle de Richter. Et ce ne sont que des chiffres provisoires. Ils pourraient être amplifiés dans quelques heures.
Nous sommes sous le choc. Stupéfaits. Nous venons de réaliser à quel point nous sommes chanceux.


Je ne peux fermer l’oeil. Je suis loin d être le seul. Avec Dana, Hoffit, Sven et Mike nous improvisons une action vérité pour tenter de penser à autre chose. Ce matin du 26 hante nos esprits. Impossible d’oublier. Les images reviennent constamment. Les discutions n’ont de sujet que le drame de ce matin.


Le silence, la terre entamant sa danse du ventre, ces femmes indiennes criant à chaque secousse pour chasser les mauvais esprits, l’océan incontrôlable, comme si Poséidon s’était transformé en Marilyn Manson et avait échangé son trident en guitare électrique, les commentaires de Sven en voyant l’eau arriver : "A crazy thing is happening to us right now... the water is coming, is eating the island... fuck, fuck..... fuck...", l’évacuation, Dana en sanglot…
Et puis au milieu de tout ce chaos, un gros coquillage échoué sur lequel deux sauterelles font passionnément l’amour. L’amour au milieu d’une catastrophe naturelle.
Création, vie, destruction. Superbe. Si beau !
Peut être devrais-je dormir ?
Mais toutes les heures de nouvelles infos nous parviennent toujours plus insupportables. Le Tsunami aurait atteint les cotes africaines. 70 % de la population des îles Nicobar toutes proches auraient été décimées. Indonésie, Thaïlande, Sri Lanka, Andaman Nicobar, Myanmar, Inde, Maldives... Ben me voilà au milieu de ces vies perdues, de ce désespoir, de cette destruction. Comment a t-on survécu ? Pourquoi ? Je n’en sais rien.
Si chanceux... si chanceux... Merci ma bonne étoile !
Apparemment l’Europe, le monde entier est entrain de devenir fou à tenter de contacter les disparus, les sans nouvelles.
Aucune liaison. Je suis coincé sur cette île dans le silence. J’aimerai prévenir, dire que je vais bien. Comment peuvent ils seulement s’imaginer que je sois encore en vie après ce qui s’est passé ? Pourtant je le suis.
Putain c’est fou ! Tout semble être comme dans un rêve maintenant. Est ce que cela est vraiment arrivé ou est ce un de ces films catastrophe ?
Armagedon ?
Pffff....
Nature
Puissante nature, si puissante.
Que sommes nous ?

 


Donc me voilà sur la liste des portés disparus ! Fou, fou, fou. Que dois je faire ?
Il me faudrait du valium. Du valium pour dormir et oublier. Oublier cinq minutes le visage terrorisé des locaux, les fausses alertes, la psychose, les rumeurs, les discutions, les statistiques morbides.
Maintenant il n’y a plus de poissons, plus de fuel, plus d’alcool sur l’île. La nourriture ne manque pas mais se fait de moins en moins diverse. Riz dal, chapati...



Le 28 décembre, un bateau arrive à Havelock et relie Port Blair.

Je suis parmi les nombreux passagers. Enfin. J’arrive à Port blair, téléphone à ma famille. Soulagement énorme... Ouf...
Apparemment Havelock a été épargné grâce aux îles situées autour qui auraient détournées ou cassées la vague.
"How fucken lucky are we greg ???!!!" me lance Mike
"How fucken lucky ???!!!"



31 décembre 2004 : Havelock, Iles Andaman, Inde


Retour sur Havelock en ferry. Des dauphins nous saluent. Vive la vie.
Une fête se prépare pour nouvel an. Mais l’ambiance a changé. De nombreux "Backpackers" ont déjà quitté les îles. Les esprits sont encore omnibulés par le drame du 26.
Comment s’amuser au milieu de tous ces morts ? Avec Mike, nous sautons dans l’océan, nageons jusqu’à un bateau de pêcheur qui a résisté. Un salto, deux trois pirouettes...
Splash, splash, sploush
Bonne annéeeeeeeeeeeeeeee !!!!!!!!!!!!!


6 janvier 2005 : Calcutta, Inde

J’ai du quitter les îles Andamans plus tôt que prévu à cause des risques d’épidémies. Me voila à Calcutta, la troisième métropole indienne. Débarquer ici, 24h après avoir foulé le sable de ces îles émeraudes, c’est un peu comme tomber dans un grand trou noir, passer du paradis à l’enfer. J’avais oublié la réalité indienne.


Me voila brutalement plonger au sein d’un gigantesque embouteillage, un méga trafic nauséabonde et bruyant. Fixant la vitre de mon taxi, les images se heurtent. Les plages infinies de sable blanc se transforment en de lugubres ruelles sales, où des sans abris se lavent au seau d’eau, sous les regards de chiens malades. Des blocs de béton et des amas de tôles déracinent les cocotiers gracieux. Le son berçant des vagues de l’océan indien est remplacé par les klaxons des rickshaws, les appels des vendeurs de cay et les ''rrrrrrrrrrrrggg..........ppptttttt'' gutturaux des crachas des passants. Lorsque je descends de mon taxi, un mélange suffoquant de gaz, d’ordures, d’égouts et d’encens me donne mal au crâne. Comment ne pas déprimer ? Même le soleil n’est plus au rendez vous et se cache dans un épais crachin pollué et humide. Et partout autour de moi la misère côtoie la richesse. Oh que le paradis de Peter Pan est loin ! La frénésie de Calcutta me replonge dans le sous-continent indien. De rickshaws en pousse-pousse mon paradis s’éloigne... Je suis fatigué. L’envie me manque d’aller sillonner la ville, qui pourtant a beaucoup à offrir. Je passe des heures sur Internet à contacter les proches, prendre les dernières news du pays. Cela me fait un énorme bien au moral après la catastrophe du 26. Je sens aussi en moi le besoin de tourner la page. Partir. Apposer le point final au chapitre "Inde" et ouvrir un nouveau livre. Après presque 4 mois d’aventures indiennes le temps est venu d’aller plus vers l’est. Un peu plus vers l’est......


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Suite de l'aventure : Bangkok 1