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26 février 2005 : Siem Reap, Cambodge


Mon passage à Siem Reap dans le nord du Cambodge est entièrement du à la présence du superbe site d’Angkor Vat à quelques kilomètres au nord de la ville. Siem Reap est une ville sans intérêt. Les hôtels 5 étoiles y poussent comme des champignons pour accueillir les nombreux groupes de touristes en voyage organisé venus découvrir la merveille du sud-est asiatique. Nulle part je n’ai trouvé une telle concentration d’hôtels de luxe. La ville n’existe que grâce à la présence des temples d’Angkor.

 


La distance entre Bangkok et Siem Reap n’est pas très grande (environ 400 bornes) mais le voyage fut des plus longs. Le bus à double étage thaïlandais bien confortable arrive à la frontière Thaïlande/Cambodge sans encombre. C’est après que ça se gâte. D’abord il y a la frontière à passer. Nous européens, nous ne savons plus ce que c’est. Merci Schengen ! Ca commence par une heure de file d’attente dans le hall surchauffé et surpeuplé de l’immigration thaïlandaise quittant le royaume du sourire. Ensuite il faut traverser le Noman’s Land à pied avec tout son barda jusqu’au poste frontière Cambodgien. Ici pas de hall, mais un tout petit préau devant les comptoirs des contrôleurs de l’immigration cambodgienne. Un préau bien trop petit pour protéger tout le monde du soleil. Alors on poirotte sous la canicule jusqu’au moment de présenter son visa. C’est reparti pour encore une bonne demie heure d’attente. Le passeport tamponné on peut à nouveau embarquer dans le bus pour la suite du voyage.


La ville frontière cambodgienne Poipet possède une certaine effervescence étrange. Des gens déambulent d’un peu partout dans les rues poussiéreuses et sales. Il m’est difficile de comprendre à quoi ils s’affairent tous vraiment. La ville est pleine de casinos douteux qui accueillent les riches thaïlandais venus dépenser leurs bahts. Les casinos étant interdits en Thaïlande, ceci explique une telle concentration à la frontière. Des gamins sans espoirs traînent jusque tard dans la nuit, ou de vielles femmes font l’aumône au moment où vous passez la frontière, une ville trop pauvre pour construire des rues bétonnées correctes mais où les parkings des casinos et des complexes hôteliers sont remplis de Mercedes derniers cris. Sans oublier avec tout cela le lot de prostituées venues des 4 coins du Cambodge profiter d’une clientèle à fort pouvoir d’achat. Voila en somme ma porte d’entrée au Cambodge !


Le bus cambodgien dans lequel j’ai pris place maintenant est bien moins confortable que son homologue thaïlandais. Je ne devrais d’ailleurs pas appeler cela un bus. C’est un espèce de transit vieux de 10 ans aménagé en minibus où les amortisseurs, l’aération, les sièges inclinables sont en option !


La route du coté cambodgien a également changé. D’ailleurs je ne devrai pas appeler cela une route. Fini le beau goudron thaïlandais. Nous roulons à deux à l’heure sur un semblant de piste en terre poussiéreuse parsemée de nids de poules où l’asphalte est en option ! Trêve de plaisanteries, de la frontière à Siem Reap il y a environ 150 kilomètres. Il nous faudra plus de 5 heures pour les parcourir ! Un grand fossé semble séparer la Thaïlande du Cambodge.


Angkor Vat, Cambodge :


Extraordinaire, magnifique, époustouflant, aucun superlatif n’est trop fort pour décrire la première impression de ce lieu….
Un matin... Une boule parfaitement rouge se lève dans l’air laiteux et tiède de la jungle cambodgienne. L’astre solaire finit par caresser l’un des sommets du grand temple d’Angkor. Les oiseaux entament leurs chants matinaux. J’ai les yeux rivés sur ce temple vieux de plus de 7 siècles qui s’élève au-dessus de la cime des arbres. Quelques cris de singes résonnent dans ce lieu mystérieux et sacré. Une fusion parfaite de la forêt et de la pierre. Je sillonne les ruines des autres temples. Quelles histoires racontent ces colonnes, qu’ont donc bien pu voir ces énormes visages sculptés dans la roche ? De longues robes orange passent furtivement mais gracieusement devant le gris d’un amas de vieilles pierres. Des moines vont-ils prier ? Une none aux cheveux rasés est assise dans une pièce sombre d’un temple. Des bougies illuminent une statue de buddha. Elle m’invite à allumer un bâtonnet d’encens en offrande. Combien de temps reste t- elle ici à méditer ? La forêt impénétrable garde tous ces secrets.
Un moment je me prends pour ''Indiana Jones'', explorant chaque ruine, chaque pièce à la recherche d’un trésor millénaire, bravant les invasions d’insectes, et les attaques de serpents. Puis je fouille l’entrée d’un temple en compagnie de ''Tomb Raider''... Un rugissement lointain me rappelle que "deux frères" rodent dans les environs. Inutile de dire qu’Angkor Vat fut le décor de nombreux films d’aventure. En effet, dans ces ruines chargées d’histoire au fin fond de la jungle, il n’est pas difficile de se mettre dans la peau d’un aventurier explorateur. Ceci dit, moi je vais garder encore quelques temps mon costume de "Tintin au Cambodge" !

 


1er Mars 2005 : Phnom Penh, Cambodge


Aucun guide de voyage sur le Cambodge dans mon sac, c’est un peu au hasard que je marche dans les rues de la Capitale, Phnom Penh. Je ne sais pas vraiment ce qu’il y a à voir ici. Dans une discussion avec un touriste dans le bus de Siem Reap, j’ai entendu parler des fameux « killing fields » (les champs de la mort) et d’une certaine prison Tuol Sleng,surnommée il y trente ans S-21.

Des centaines d'enfants,de femmes,de vieillards,et d'hommes condamnés à la torture et à la mort par les khmers rouges.


Sans trop savoir de quoi il s’agissait, je me suis rendu à cette fameuse prison et j’ai visité les « killing fields ». J’y ai tout simplement trouvé la chose la plus horrible que je n’avais jamais vue jusqu’à présent. Il s’agit d’un mémorial, le musée du génocide où l’on découvre les horreurs perpétrées par le régime de Pol Pot et des Khmers Rouges. On marche entre des espèces de fosses communes où s’entassèrent des milliers de corps d’êtres innocents de tout âge et de tout sexe confondu.Plus loin, une montagne de crânes,de tibias,comme enterrés à ciel ouvert, témoignent de l’immonde génocide enduré par le peuple Cambodgien.

Un génocide que l’on peut qualifier de plus cruel encore que celui organisé par les nazis lors de la seconde guerre mondiale. Les instruments de tortures présents dans la prison de Phnom Penh, les récits des survivants témoignent de la violence des massacres. Plusieurs salles présentent des centaines de photographies d’hommes, de femmes, d’enfants et d’adolescents avant d’être exécutés. Des photos de corps inertes et mutilés, de corps crispés de douleur, informent de l’ignominie des tortures.Au bout du couloir une ancienne salle de classe transformée en chambre de torture.les tortionnaires obtenaient l'aveu d'activites contre -revolutionnaires ou d'espionnage.la sanction était la mort, le plus souvent la crâne défoncé au bord d'une fosse,pour economiser le temps et les munitions.Sur les vingt mille prisonniers amenés ici,sept sont sortis vivants.Des tortures gratuites et d’une cruauté inimaginable. Un génocide où tous ceux qui avaient un cerveau y passaient ! Une visite bouleversante qui fait froid dans le dos, surtout quant on réalise qu’il s’agit d’un génocide d’à peine trente ans.

 

 

 

La vie nocturne à Phnom Penh est assez remuante. On trouve pleins d’adresses sympas, mais il est bien difficile de trouver un lieu de sortie dans la Capitale sans filles qui se vendent. Moi je n’en ai point trouvé. Chaque bar, chaque club, chaque billard est rempli de son lot de filles attendant le client. Ceci s’explique bien évidemment par la grande pauvreté du Cambodge. Mais le Cambodge n’est pas le seul. En Thaïlande, au Vietnam et au Laos le même phénomène se retrouve.


Dans nos pays européens la prostitution est un fléau organisé en réseau mafieux ayant de nombreuses ramifications. Les filles prises dans ce réseau ont très peu de chance de s’en sortir, de trouver une meilleure vie ou tout simplement de sortir du milieu.
Dans tout le sud-est asiatique nous retrouvons ces réseaux où ce genre de prostitutions organisées. Les filles prises dans le filet sont bien souvent celles faisant le trottoir ou travaillant directement dans les bars à filles.


Mais l’on trouve également un nombre incroyable de filles, dont le travail ne rapporte pas assez d’argent pour aider suffisamment la famille. Le soir, elles s’en vont donc faire la fête dans les lieux où se retrouvent les touristes ou la clientèle à fort pouvoir d’achat, et trouvent un homme pour passer la nuit voir la semaine ensemble en échange d’une certaine somme d’argent ou d’un petit tour dans un centre commercial. Il est difficile de dire que ces filles soient des prostituées que l’on paye pour une passe. Elle n’ont d’autre choix que d’espérer trouver un homme avec qui passer du temps en échange d’une aide financière. Ces filles, que j’ai eu l’occasion de rencontrer m’ont expliqué que souvent leur job leur rapporte bien trop peu et est souvent très difficile. Elles n’ont pas eu ou très peu d’éducation scolaire. Elles ne voient donc comme seule issue pour subvenir à leur besoin, d’aller faire la fête avec les farangs (les étrangers blancs), d’en choisir un, de le séduire et de s’offrir à lui pour une somme d’argent non négligeable pour elle. Ces filles sont libres, elles font cela pour leur propre compte et interrompent ce sale boulot quand elles le désirent. Ainsi il n’est pas rare de voir à Kao San road à Bangkok par exemple toute une flopée de ces filles thaïlandaises qu’on surnomme en thaï (Phongng Ha kin) qui signifie « celles qui cherchent à manger » s’amusant dans les bars avec les farangs.


S’il ne s’agit pas de réelle prostitution et si l’on n’est pas dans le type de prostitution à punir qui sévit dans nos pays, ces jeunes filles se trouvent tout de même sur le fil du rasoir et peuvent à tout moment tomber dans le véritable esclavage moderne de ce marché mondial de la cuisse.


Me voici donc à Phnom Penh dans un pub, assailli par je ne sais combien de ces miss. Elles sont toutes là à me sourire et à essayer de me séduire. Celles qui parlent l’anglais viennent parfois me parler. Elles n’ont pas l’air pauvre, bien au contraire. Elles sont toutes plutôt jeunes (entre 16 et 25 ans) et très très bien habillées, et l’on pourrait être loin de se douter que ces filles aient besoin d’argent. Quoi qu’il en soit elles sont pauvres et si vous décidez de sortir avec l’une d’entre elle votre porte-monnaie devra sans doute sortir quelques billets ! Ici à Phnom Penh, dans ces bars à l’ambiance sympathique, la pauvreté a fait passer l’argent bien avant l’amour......


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