Retour menu principal "Aussi loin que l'Asie"
4 novembre 2004 : Fatepur Sikri, Uttar Pradesh, Inde
Avant de me rendre à Jaipur, je m’arrête dans cette magnifique cité en ruine d’ Akbar le Grand. J' y rencontre Hilde, une artiste hollandaise de 29 ans. Nous faisons route ensemble jusqu' à Jaipur.
Broderie en marbre
5 novembre 2004 : Parc national de Keoladeo Ghana, Rajasthan, Inde
Tout près de Baratpur, au Rajasthan, se situe le sympathique petit parc national de Keoladeo. Un sanctuaire sauvage perle de marais et d’étangs. Il constitue l’un des plus important refuge pour l’avifaune venue de Chine, de Sibérie et d’Afghanistan. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO il est un endroit idéal pour fuir le bruit, la circulation et la pression humaine des villes indiennes.
Je loge à l’hôtel Pélican le long de la route qui mène au parc. Un soir, après une partie de scrabble en anglais avec Hilde, une coupure de courant nous plonge dans le noir complet. Nous tentons de regagner nos chambres à la lueur des bougies que nous a ramené un employé. Au moment de fermer ma porte j’aperçois l’employé qui suit Hilde et s’introduit dans sa chambre. Le noir aidant il en profite pour se jeter sur elle et lui toucher la poitrine. Hilde le repousse violemment hors de sa chambre et affolée s’en va prévenir le propriétaire de l’hôtel. Celui ci fou de rage appelle le gamin qui n’a que 16 ans et se met à le frapper durement. Puis à coups de coudes il l’oblige à s’agenouiller devant Hilde et à lui toucher les pieds ! Je n’en croix pas mes yeux. J’imagine la scène en France. Le patron qui tabasse son employé ! Hilde choquée retourne se coucher mais ne passera pas une bonne nuit. Parcourir le monde, est bien plus difficile quand on est une fille. Ne me demandez pas pourquoi ?8 novembre 2004 : Jaipur, Rajasthan, Inde
Me voilà dans la capitale du Rajasthan : Jaipur la "rose" Trois mots suffise pour la décrire : bouillonnante, chaotique et poussiéreuse.
La vieille ville dont les couleurs éclatent ou s’assombrissent selon la lumière du jour, est jalonnée de clinquants bazars où règne un véritable "zouk". La ville est submergée par l’artisanat en tout genre : des marionnettes grimaçantes aux pierres précieuses en passant par les saris colorés, les parfums et les babioles
...................................Beauté des Saris couleur safran
Des carrioles de légumes tirées par des dromadaires se fraient un passage au milieu des rues envahies de voitures, de vaches, de rickshaws, de vélo, de cochons, de motocyclettes et de piétons qui doivent se fier a leur intuition pour circuler au milieu des embouteillages et des klaxons assourdissants. Jaipur sollicite en permanence les sens. Hôtes des palaces somptueux et enfants des rues se croisent alors que des hommes rajputs portant des turbans aux couleurs vives et arborant fièrement la moustache chevauchent des motos vrombissantes.
.............Le Marché de Jaipur.
12 novembre :
Aujourd'hui toute l’inde est en fête. C’est Diwali, la plus joyeuse et la plus bruyante des fêtes du calendrier hindouiste. Je reste à Jaipur pour l’événement. Les maisons sont entièrement nettoyées et les seuils décorés d’élégants rangolis (dessins à la craie). Tout le monde revêt des vêtements neufs et à la nuit tombée d’innombrables lampes à huile et lampions électriques illuminent les ruelles et les façades des maisons. On se rassemble, on distribue des bonbons et l’on mange des douceurs indiennes. Pour l’occasion je monte au fort de Nahargarh qui surplombe la cité depuis une crête escarpée. La ville interminable s’étend à mes pieds. La vue est impressionnante. Dès le soleil couché, une folie s'empare de Jaipur. "Baoum, baoum". Des bombes explosent dans la ville ! Non se sont des pétards survitaminés ! Le bruit qu’ils font est effrayant. Partout les pétards crépitent, retentissent, explosent. Jaipur resplendit de lumière. Des ampoules colorées clignotent de partout et se mêlent aux feux d artifice qui colorent le ciel. 3 h que j’observe Jaipur, mais l’enthousiasme ne désemplie pas. On est loin du nouvel an de Strasbourg où les jets de pétards durent maximum 1h. Voilà 3h que les pétards explosent sans relâchent dans chaque quartier, dans chaque rue. J’ai l’impression que la ville est bombardée.
Imaginez 2 millions d’habitants fiévreux balançant des pétards tels des obus comme s’il s’agissait d’une compétition de pollution acoustique ! Dans la ville tout le monde est dehors, joyeux, fou. Le spectacle est fascinant ! Cela durera toute la nuit jusqu’au petit matin. Happy Diwali !
![]()
Jaipur au soleil couchant
14 novembre 2004 : Bikaner, Rajasthan, Inde
Je me réveille couvert de sable. Voilà le résultat d’une journée assis dans un wagon orné d’une trentaine de ventilateurs de ce train poussiéreux qui me conduit de Jaipur à Bikaner. Me voilà à l’ouest du Rajasthan dans cette cité surgissant du grand désert du Thar. Bikaner est une ville bien moins touristique que Jaisalmer et possède de nombreux attraits comme une forteresse magnifique, une vieille ville animée qui englobe dans ces remparts des havelis de grès rouge sombre et des temples jaina aux exquises peintures. Les balades dans les étroites ruelles de la vieille ville, à travers les marchés et les échoppes passionnantes permettent de s’abriter de la chaleur assommante du désert. Partout les habitants saluent mon passage d’un geste de la main ou d’un sourire accueillant. Je croise de nombreuses femmes portant des saris colorés éclatant de lumière.
................................Sourires du Rajasthan
Elles éblouissent les ruelles poussiéreuses de la vieille ville. Où vont-elles ? De mystérieux regards m’observent des fenêtres sculptées des étranges havelis, ces demeures en pierres ornées de fresques et qui s’organisent autour d’une ou plusieurs cours intérieures. Ces maisons splendides égayent le paysage aride et désolé du désert environnant. Quelle vie renferme ces demeures centenaires ?
A une trentaine de kilomètres au sud de la ville je visite l’étonnant temple de Karni Mata où sont vénérés des milliers de rats !
....
16 Novembre 2004: Désert du Thar
Avec Paul et Hilde je pars pour une randonnée de quatre jours dans le désert. Trois dromadaires, trois chameliers, une charrette, la caravane est au complet et se met en route. Nous nous enfonçons dans la solitude.
Le désert du Thar est bien différent du Sahara. Les paysages n’ont rien à voir avec le désert africain. Le désert du Thar est une étendue plate et poussiéreuse. Une terre desséchée parsemée ça et là d’arbres et d’arbustes. De temps à autre des dunes de sable doré s’élèvent mystérieusement.
..
..
..
..
..
C’est également un désert habité. Et les villages sont nombreux. Les habitants vivent dans des maisons magnifiques construites d’un mélange de sable et d’eau. Bien souvent ces petits villages semblent sortir droit d’un dessin d’enfant. La vie y est rude. Il faut chercher l’eau loin le matin et le soir.
..
..
Aucune route ne relie les villages et l' on ne se déplace qu’à pieds ou à dromadaire.
Notre caravane traverse un village. Je veux m’arrêter, rencontrer ces habitants courageux. Deux hommes âgés en tenu blanche me saluent. Ils portent de superbes turbans de couleur enroulés autour de leur tête. Je leur adresse quelques mots hindis mais ils ne me répondent pas. Ici tout le monde parle rajasthani. Les femmes sont magnifiques. Toujours affairées quelque part aux tâches ingrates. Mais elles remplissent également leur rôle de séductrices. Jamais l’une d’entres elles n’oublierait sa parure de bijoux, ses colliers de pierres et d’argent. Elles portent d’innombrables bracelets traditionnels en laque, multicolores et brillants, sur les avant bras. Parfois j’aperçois certaines portant de grands bracelets blancs jusque sous les aisselles. Et puis leurs chevilles sont ornées de cinglantes chaînette ou de gros anneaux en argent. A la pleine lune elles recouvrent leur paume de la main et leurs pieds de fins motifs rajasthani en henné. Leurs corps sont recouverts de superbes saris flottants aux couleurs chatoyantes. Dans ces villages il n’ y a pas que le soleil qui brille. Les femmes d’ici sont bel et bien les fleurs du désert.
Je descends de mon chameau pétaradant. C’est incroyable ce qu’un chameau peut péter ! Les flatulences bruyantes de ces animaux sont devenues, pour moi, le son du désert. Je m’approche d’un groupe d’enfants m’observant comme si j’étais Elvis Presley. Leur mine me dit qu’ils ne sont pas très rassurés. Alors je décide de me ridiculiser un peu en leur sortant approximativement une phrase moitié hindi moitié rajasthani : « Ram Ram. Ap kaise he ? » Confiants, tous se mettent à rire. Un blanc bec qui se met à baragouiner quelques mots dans leur langue maternelle, ça doit leur sembler sortir de nul part ! Ils se jettent sur moi tour à tour et m’assaillent de questions. Les mêmes reviennent sans cesse : « Which country ? », « Ap ka nam kya he ? (Comment t’appelles tu ?)” J ai l’honneur de serrer la main à une quinzaine de bambins surexcités. Certains garçons ont le contour de l’œil souligné en noir. Cela serait parait-il pour ressembler à l’un des dieux hindous.
La caravane repart pour trouver un endroit où passer la nuit. Nous nous éloignons du village mais une dizaine d’enfants nous suivent. Ce soir nous aurons de la compagnie. Je veux profiter de cette compagnie rare. Difficile de communiquer, alors je décide de jouer avec eux. Nous organisons une course de vitesse, une cueillette de baies et une chasse au bois mort pour allumer le feu. Je leur apprends d’où je viens en dessinant sur le sable une carte de l’Inde et de l’Europe. Je suis heureux de partager ces quelques instants de joies avec ces mômes du désert. Avant la tombé de la nuit, j’immortalise le moment par une photo de groupe devant mon prénom inscrit en grand sur le sable.
Les enfants doivent rentrer au village. Les chameliers préparent le repas et le chai (thé). Je m’allonge sur la dune près du feu, sous les étoiles. Le repas se termine. Les chameliers nous entonnent quelques chants traditionnels. Je m’endors … demain, ça et la, surgiront quelques maigres champs de millet, des fillettes ramasseront des baies, des gamins accompagneront des troupeaux de chèvres et des femmes marcheront dignement vers un point d’eau, une grande jarre posée sur leur tête.
19 novembre 2004 : Jaisalmer, Rajasthan, Inde
.......
coucher de soleil dans le désert..............Jaisalmer vu de loin
« Oh, le joli château de sable ! ». S’agit-il d’un mirage ? Pourtant j’ai bien devant moi un gigantesque château de sable surgi du désert. Sur fond de paysage complètement dénudé Jaisalmer qui signifie « cité dorée » est une ville droit sortie d’un rêve. Elle doit son surnom à la teinte miellée que prend la pierre des remparts au coucher du soleil. Et la magie ne s’estompe pas lorsque je pénètre dans la forteresse. J’ai l’impression de remonter le temps. Passé une monumentale porte, je m’enfonce dans un dédale de ruelles tortueuses et de bazars jalonnés de havelis extraordinairement ouvragés. J’ ai l’ impression que tout est irréel, que tout est sculpté dans le sable et qu’ au moindre souffle tout disparaîtrait. Mais voilà la cité de sable est bien là depuis 1156 sur sa position stratégique sur la route des caravanes reliant l’Inde à l’Asie centrale et qui lui a valu sa prospérité. Mais le développement du commerce maritime par le port de Bombay provoqua le déclin de Jaisalmer. Aujourd’hui le tourisme constitue l’un du principal apport économique et les hordes de touristes en chemise blanche m’empêchent de croire aux mille et une nuits. Pourtant le décor est bien planté !
![]()
.....................La citadelle.
![]()
.............Une façade d' un havelis
22 novembre 2004 : Jodhpur, Rajasthan, Inde
Le coup de foudre ! Voila une ville incroyable. Jodhpur, située sur le royaume des Rathor appelé jadis le Marwar, le pays de la mort, semble sortir d’un conte fantastique de Tolkien. Un monde, une cité impossible. Pourtant la ville qui s étend sous mes yeux est bien réelle. La ville est fabuleusement bleue. Les maisons de la vieille ville brillent d’un bleu mystérieux passant pour repousser efficacement les moustiques. Je suis sous le charme. Comme envoûté par cet enchevêtrement de bâtisses indigo formant un incroyable tableau cubiste né de la main d’un peintre géni. Et pour compléter la toile imaginaire, dominant la ville, se dresse l’impressionnante forteresse de Jodhpur, Meherangarh. Perchée sur une crête rocheuse elle veille sur l’océan d édifices bleutés. Je suis sans voix !C’est la saison des mariages. Ce soir, à Jodhpur, je peux en apercevoir trois. Trois fiancés nerveux parcourant les rues de la ville sur une belle jument blanche décorée de paillettes. Chacun se dirigeant vers une femme qu’il ne connaît pas mais avec qui il va se marier le soir même. En Inde encore plus de 95% des mariages sont arrangés. Il est difficile de ne pas remarquer ces drôles de processions. Le fiancé porte un costume de brocard raffiné et un turban de fleurs. Il est accompagné de plusieurs membres de sa famille et d’un orchestre hétéroclite appelé « disco-band » qui joue des morceaux de marches. Le cortège est terminé par une carriole transportant un groupe électrogène permettant de fournir l’énergie nécessaire aux lanternes que portent des enfants entourant la procession. Chaque défilé peut prendre la moitié de la soirée pour arriver à destination, laquelle est souvent la maison de quelqu’un ou les jardins d’un hôtel de luxe. Pendant ce temps là, la future épouse reste enfermée et immobile dans une chambre avec sa mère, ses tantes et ses amies proches. Elle est habillée d’un sari éclatant en soie rouge orné d’or et qui peut peser jusqu’ à 23 kilos ! Les préparatifs de la mariée durent toute une journée. Tel un rituel on lui met des fleurs dans les cheveux, de petits bijoux au dessus des sourcils et on lui peint les mains et les pieds de motifs compliqués au henné.
Quelque chose me surprenait dans ce que je voyais. Je savais que le mariage arrangé n'était pas particulier à l'Inde et qu'il a existé dans la plupart des sociétés du monde y compris la notre. Je savais que le mariage arrangé était d’usage parmi les villageois et les pauvres à la campagne. Mais les gens qui défilaient devant moi étaient issus de la bourgeoisie instruite et je ne m’attendais pas à ce qu’un étudiant d’université laisse à ses parents le choix de sa femme. Plus tard Vishal Purohit, chez qui je loge, me dira qu’il arrive souvent qu’un Indien ayant vécu plusieurs années aux Etats-Unis avec des américaines, revient chez lui pour se marier avec une fille qu’il n’a rencontrée que trois fois. Il y avait quelque chose qui m’échappait. Je ne comprenais pas pourquoi des gens aisés des hautes classes ou de la « middle class » vivant à la manière occidentale en viennent encore à perpétuer cette tradition. Le mariage arrangé serait-il plus heureux que le mariage d’amour ?26 novembre 2004 : Pushkar, Rajasthan, Inde
Pushkar est une petite ville toute blanche, calme et envoûtante, entourée de collines aux bords d’un petit lac sacré. Mais en arrivant ici la ville me parait plus plongée dans la folie et le chaos que dans une ambiance de méditation ! Je suis immergé par une foule énorme. Aujourd’hui c’est le dernier jour de la foire aux dromadaires : la Pushkar Camel fair qui représente un grand événement en Inde. Mais il ne reste plus que quelques bêtes sur les 50 000 dromadaires ayant convergés vers la petite localité. La plupart sont retournées au fin fond du désert dans leur village avec leurs chameliers. Mais des musiciens, des comédiens, des danseurs, des équiyes, des dévots, des saddhus, et des touristes sont encore présents en masse et apportent une effervescence incroyable sous la pleine lune, et jusqu'au petit matin. Malheureusement les animaux ont quittés la partie. Mais le spectacle des danseurs ne me font pas regretter le détour. J'assiste à l'ultime course de dromadaires férocement disputées.
Udaipur le 1er décembre 2004
Je vais quitter Udaipur d'ici quelques jours.Je me dirigerai directement sur Bombay (900 kms).Je ne pense pas m'y arrêter trop longtemps; car je prendrai ensuite la direction de Goa (500 kms) pour retrouver les belles plages du sud de l'Inde, réputées pour leur exotisme.
Mais avant, je tenais à adresser un petit message à toute la MIFA (les concernés se reconnaîtront) que j'ai quittée il y à quelques mois....
Lettre à la Mifa
Les fesses confortablement posées dans un fauteuil en bambou, me voici accoudé à cette table marbrée sur la terrasse de l’hôtel. Il est 7h du mat, je suis seul. Mes compagnons de voyages Paul et Hilde m’ont quitté. Je suis seul, ça fait du bien parfois de retrouver cette solitude. J’attend un massala (thé indien aux épices) et un grand bol de curd (yaourt) aux bananes que le serveur toujours grand sourire s’empresse de me servir.
De ce grand balcon en arcades magnifiquement sculpté je regarde fixement l’horizon. La brume se lève lentement du lac Pichola. Je peux sentir l’air se réchauffer. Tel un vaisseau fantôme, le luxueux « Lake Palace » transperce ce rideau brumeux et semble surgie des flots. Les montagnes sombres à l’arrière ne se reflètent pas encore dans les eaux tranquilles du lac. La blancheur du palais est éclatante et le tout semble flotter à la surface. Non loin de là sur la rive, un autre palais regarde fièrement le lac Pichola. Le soleil levant donne au « City Palace » une couleur rosée qui découpe majestueusement le ciel voilé. J’’ assiste peut être au paysage le plus romantique du Rajasthan…
Lorsque je regarde derrière moi, je vois tous ces kilomètres parcourus, ces montagnes, ces plages, ces plaines et ces déserts. Toutes ces mains serrées, ces regards, ces sourires échangés. J’ai l’impression d’avoir vécu cinq ans de ma vie. Pour vous le temps doit passer si vite, entre le boulot, les sorties et toutes les affaires quotidiennes. Pour moi le temps s’est arrêté un certain 11 juillet 2004 sur un quai de gare. Depuis je ne jette un œil sur ma montre que pour être à l’heure dans les bus ou les trains. Les secondes, les minutes n’existent plus. Le basculement de l’astre solaire rythme mes journées. La vie est devenue mon temps. Chaque jour me réserve son lot de surprises, de dépaysement. Chaque jour est un voyage en soi, un apprentissage constant. Mon horizon éternellement changeant ne laisse aucune chance à la routine. Je crois que j’ai grandi. La route est si généreuse, elle m’enrichit.
Noël approche. Je pense à l’ambiance hivernale de Strasbourg. Les sapins saupoudrés de neige, les marchés lumineux, le vin chaud, les petits gâteaux à la cannelle, les senteurs d’écorce d’orange, le froid et l’excitation des enfants. Cette effervescence festive va beaucoup me manquer. Je ressens une certaine mélancolie de mon pays. Il me faut les chants hindous du temple voisin pour me rappeler où je suis. Bientôt je m’en vais vers le sud de l’Inde et ses plages de cocotiers…
Merci pour ces nouvelles données de temps à autre et ces encouragements. Grâce à eux, j’ai un peu l’impression qu’une moitié de moi est restée en Alsace.
Je pense très fort à vous.
Bon courage. A plus de la plage.
Greg
5 décembre 2004 : Plage de Benaulim, Goa, Inde
"Banana, coconut, pineapple, Papayaaaaaaaaa". Je me réveille à l’appel d’un vendeur de fruits. Je me suis assoupi dans le sable chaud de la côte goanaise. Faut dire que j'avais besoin de sommeil. Le voyage depuis le Rajasthan était des plus épuisants. D' Udaipur je me suis tapé 16 heures de bus jusqu' à Bombay, la ville cosmopolite est plus qu’animée. Une ville de 17 millions d’habitants qui ne s’endort jamais. Lorsque je descends enfin du bus, heureux de pouvoir bouger à nouveau mes pieds, je réalise que je suis à plus de 50 Kms du centre ville où je dois prendre un train pour Goa. Je suis fou de rage. Cette s....... de bus ne se rendait pas au centre ville et personne ne m’a prévenu. Je croix que le Rickshaw wallah (chauffeur d’auto rickshaw) qui m’emmena jusqu’à la gare locale la plus proche se souvient encore de ma colère. Après 16h interminables de bus inconfortable voilà que je suis contraint de prendre un train local pour me rendre au centre ville. Et quand je dis train local je suis gentil. Je devrais plutôt dire un champs de bataille où l’on doit se battre pour entrer ou sortir tellement le wagon est bondé. C’est du jamais vu !!! Je croix que le bétail voyage dans de meilleures conditions. Avec tout mon barda sur les épaules, je m’élance droit dans la masse. 2 gars sont littéralement éjectés sur le quai alors que le train roule encore à faible vitesse. J’écrase les pieds de plusieurs types (qui ne disent rien, ça fait parti du rituel matinal !), évite quelques coups de coude, et m’accroche tant bien que mal à l’intérieur du wagon, mon sac à dos dépassant encore à l’extérieur. Ce n’est pas très grave vu qu’ici on a depuis longtemps abandonné l’idée de fermer les portes. A la prochaine station j’évite de me faire éjecter par la foule qui sort. Ca crie, ça gueule, ça pousse. J’ai l’impression d’être sur un ring. Le train ne s’arrête même pas 3 secondes, alors pour descendre à temps c’est tout un sport. J’ai réussi à me faufiler plus à l’intérieur du wagon. L’odeur et la chaleur sont insupportables. Des types me regardent bizarrement. Je ne peux pas bouger. Personne ne parle. Tout le monde fait la gueule (un peu comme dans le tram de Strasbourg à 7h 30 du mat). Mon nez arrive sous les aisselles nauséabondes d’un gars dont je n’aperçois même pas le visage. Je peux sentir le sexe d’un type écrasé contre ma cuisse. Il n’a pas l’air vraiment gêné. Un étudiant s’endort sur mon épaule. Et à 10 cm de mon visage un jeune boutonneux ne me lâche pas du regard. "P..... Qu’est ce que je fou là ? Si j’avais le type sous la main qui m’a vendu ce billet de bus !!!.... 1h 30 plus tard je descends à la gare centrale de Bombay. Ouf !!! 1h d’attente en plus pour acheter mon billet de train pour Goa. Il est déjà midi quand enfin je peux penser à me relaxer un peu. Se relaxer est également un grand mot quand on vient de débarquer à Bombay. Mon train ne part qu’à 23h. Alors, avec tout mon paquetage je ne trouve rien de mieux que de passer l’après midi dans les salles de cinéma de la ville. A moi Bollywood ! Je n’ai toujours pas dormi et me voila à présent dans le train de nuit qui m’emmène à Goa. 12 heures plus tard j’arrive à Margao au coeur du petit état de Goa.
"Banana, coconut, pineapple, papayaaaaaaa".
....
Oh que je suis loin de ce train de banlieue de Bombay. Que je suis loin des couleurs du Rajasthan, des mendiants de Delhi, de ma phobie d’Agra, des chiens et des vaches malades de Jaipur. Oh que je suis loin du bruit, de la pollution, du trafic, des odeurs d’égouts. Oh que je suis loin de tout ça. C’est à se demander si je suis encore en Inde. Ici des églises blanches de style portugais remplacent les temples hindous. La population est pour la plus grande majorité chrétienne. Des jeunes filles s’approchent pour me vendre des sarongs et des bijoux. Je discute avec elles. Elles viennent du Karnataka voisin et espèrent gagner un peu d’argent avec les touristes de Goa. Elles ont entre 9 et 17 ans. Mais elles sont belles, en bonne santé, et semblent mener une vie agréable. C’est l’impression que me laisse la plupart des habitants de Goa. Je ne vois plus les visages maigres et les joues creuses des hommes du nord de l’Inde. La vie s’écoule ici dans une certaine nonchalance et une bonne humeur goanaise. Goa me semble avoir grandi en dehors de l’Inde. J’ai beau chercher une relation avec le Sous-continent, mais à part les thalis, les saris et les rickshaws, je ne me sens pas en Inde. Goa m’apparaît comme un paradis, un état bénis. Et cela ne fait que 4 heures que j’y suis. Si Goa est un minuscule état, d’une centaine de kilomètres (absolument rien comparée à la taille de l’Inde !), les plages se succèdent mais ne se ressemblent pas. Du farniente insouciant aux raves débridées rythmées par la Goa trance, il y en a pour tous les goûts. Mon choix va pour le farniente insouciant. Après 2 mois et demi de voyage en Inde je préfère le son des vagues se brisant sur le sable blond, aux Boum Boum des raves partys. Je me suis posé sur cette plage tranquille de Benaulim. Une immense plage peu fréquentée. "Banana, coconut, pineapple, papayaaaaaaa", ma vie s écoule au ralenti depuis quelques jours. Difficile de changer d’endroit. Difficile même de changer de plage. Je mets donc fin pour une dizaine de jour à ma vie de nomade.
Hummmmm ! Vous ne m’en voudrez pas ?
............
![]()
14 décembre 2004 : Plage de Palolem, Goa, Inde
J’ai finalement eu le courage de changer d’endroit. Je reprends ma vie nomadesque. Je me déplace de quelques kilomètres à peine pour trouver une autre plage à Goa. Roxanne une charmante américaine de San Diego et Julien un sacré breton m’accompagnent. Nous posons nos serviettes à Palolem. Palolem, ce nom résonne déjà comme un rendez vous sous les palmiers, un rassemblement de voyageurs babacools, comme un petit monde heureux se relaxant sous une musique "chillout".
![]()
Ce n’est pas un hasard si Palolem rime avec flème ! Voilà une plage magnifique. Bien que très touristique Palolem reste une plage idyllique, une petite baie de sable fin se terminant par des avancées rocheuses d’où le coucher de soleil en émerveille plus d’un. Ici les rencontres avec les baroudeurs des quatre coins du monde sont nombreuses et fréquentes. On oublie le temps. On se laisse bercer sous la brise légère dans son hamac à l’ombre des cocotiers. Les plus courageux jouent au frisbee ou improvisent des matchs de football. Les autres se contentent d’un bain rafraîchissant entre deux jus d’oranges pressées. Et c’est ainsi que les journées passent, passent, passent, à Palolem sans que l’on s’en rende compte. Et il y a pleins de choses dont on ne se rend pas compte sur cette plage ! Une nuit, après un bon resto, Roxanne, Julien et moi allons déguster une bonne bouteille de vin français (un bon vieux bordeaux !!!) sur la plage. Il est très tard et la plage est déserte. L’envie nous prend alors d’aller nous baigner. Et la quelque chose de magique se produisit. Je n’avais vu ça que dans certains films. Mais cette nuit là il n’y avait pas d’effets spéciaux ! Des milliers de petites lumières pétillantes accompagnaient nos mouvements dans l’eau encore chaude. Notre nage insouciante excitait le plancton. Chaque mouvement aquatique provoquait une traînée lumineuse irréelle. C’était d’une beauté incroyable. Nous excitions le plancton, le plancton nous excitait. Ces bulles lumineuses nous rendaient saoul. Nous nagions, sautions, frappions l’eau comme des gamins. L'envie nous pris d’enlever nos vêtements. Nous glissions nus dans l’eau, une auréole fluorescente illuminait le pourtour de nos corps. On se mit à rire. Comme si le plancton nous chatouillait. Nous riions de bonheur. Le croissant de lune nous regardait sans rien dire. Qui a t’il à dire ? Peut on seulement déranger trois enfants nus nageant dans le bonheur ? Mais le froid nous rappela vite à la réalité ! Rapidement nous sommes partis nous coucher dans nos petits cabanons en paille sous les cocotiers. La joie, le bonheur et le vin aidant, je me suis bien vite endormi, en rêvant de cette merveilleuse soirée.
![]()
![]()
![]()
............
........................
Retour menu principal "Aussi loin que l'Asie"
Suite de l'aventure : Îles Andaman