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3 avril 2005 : Ventiane                  


Pratiquement 3 jours de voyage m’ont été nécessaire pour atteindre la capitale du laos depuis les montagnes vietnamiennes de Sapa.


1er/2 avril : Sapa - Lao Cai en minibus (1h), Lao Cai à Hanoi en train (une nuit entière), après la dernière journée passée avec mes parents à Hanoi, j’embarque dans un autre bus pour le Laos.
3 avril : vers 1h30 du matin le bus s’arrête au milieu de nul part dans une ville vietnamienne dont je ne connais toujours pas le nom. Il me faut attendre un autre bus qui me conduira à la frontière laotienne puis jusqu’à Ventiane. J’attends sur le trottoir. Le bus arrive enfin, il est 4h 30. Un bus de merde ! Les sièges ne sont pas inclinables, tout est vieux et inconfortable. Même le chauffeur est désagréable et ne se gène pas de griller ses cigarettes à l’intérieur du bus. J’arrive au petit matin à la frontière, épuisé. Il est 7h 30. Trop tôt : les guichets de l’immigration sont encore fermés. Il faut attendre 8h... La frontière se situe dans les montagnes. L’air est frisquet. Une fois le coté vietnamien quitté, il faut traverser le No Man's Land à pied jusqu’au poste frontière laotien. Le passeport tamponné je ré embarque dans le bus. Encore 7h de route pour arriver à Ventiane! Toujours dans ce bus où il m’est impossible de trouver une place confortable. En arrivant à Ventiane je m’écroule dans le dortoir d’une guest house, mort de fatigue. Nous sommes le 3 avril au soir. Depuis le 1er ça fait un long trajet sans vraiment dormir ! En me réveillant je constate que mon sac a été ouvert, probablement dans le bus alors que je passais la frontière. Du coup mes minis enceintes, que mes parents m’avaient ramenées afin d'écouter un peu de musique, ont disparu ainsi que mon shampoing douche !!! Rien de très grave mais si seulement j’avais ces types sous la main... Profiter du passage de la frontière pour fouiller les sacs : voilà quelque chose de bien facile et malhonnête. Je suppose que d’autres voyageurs ont du être également dépouillé. Je n’avais fort heureusement pas laissé d’argent ni de papiers personnels dedans.


Une sympathique promenade dans les rues calmes de Ventiane, me fait rapidement oublier la fatigue et la galère du voyage depuis le Vietnam.


Me voilà au laos. Il ne me faut pas longtemps pour comprendre que je suis dans un monde bien différent du Vietnam. Ici pas de klaxons, pas de gens pressés, pas de commerçants vous interpellant pour vous vendre je ne sais quoi. La circulation semble presque inexistante. Des passants déambulent tranquillement entre les beaux temples bouddhiques et les ruelles absentes de toutes infrastructures modernes. Il y règne ici une sérénité typiquement laotienne. Impossible de croire qu’il s’agit là de la capitale du pays. C’est bien trop calme... Même mon village alsacien Fégersheim semble plus agité que Ventiane ! Mais justement voilà tout le charme de Ventiane : au bord du Mékong, pas de hautes constructions ou de buildings comme à Bangkok, quelques temples, des parcs, des marchés simples et bien plus tranquilles qu’au Vietnam, des ruelles où s’illuminent les enseignes de très bons restaurants, des bars, des karaokés, une vie nocturne très sympathique et partout des gens accueillants et non stressés qui vous redonnent l’énergie qui vous manque !


Ici personne ne semble connaître la signification de rush-hour ou heure de pointe. Au Laos on vit à un autre rythme. Un rythme bien plus agréable. Un peu comme le courant du Mékong qui lentement s’écoule vers la mer de Chine. Sur l’autre rive du fleuve la Thaïlande regarde avec une petite note de nostalgie et pense tout bas : "voilà ce que j’étais il y a une vingtaine d’années..."

Coucher du soleil sur le Mékong


5 avril 2005 : Vang Vien


Le voyage a quelque chose d’extraordinaire, c'est qu’il réserve toujours un lot d’imprévus et de surprises. Ma présence ici, au Laos est la première chose que j’étais loin d’imaginer. Jamais je n’avais songé visiter le Laos. Mais depuis mon arrivée dans le sud-est asiatique, on ne me parle que de ce pays. Les différents voyageurs que je rencontre me rapportent tous leur belle expérience du Laos. Ainsi je changeais d’avis et le Laos m’apparaissait maintenant comme le pays à ne pas manquer.
Me voici donc en ce début d’avril dans la petite localité de Vang Vien, devant un paisible et superbe paysage. Une rivière à l’eau transparente se faufile entre des falaises pourvues d'une jungle impénétrable. Partout des grottes de toutes tailles constituent un petit paradis pour les amateurs de spéléologie. Si Vang Vien n’est plus le petit village traditionnel d’il y a quelques années, on trouve encore dans les environs des villages n’ayant pas changé de visage depuis des générations. Chaque matin et chaque soir, les femmes, les enfants et les hommes viennent se laver dans la rivière dans une joyeuse ambiance. Tout le reste n’est que paix et tranquillité...

  

      Exploration de grotte avec Julien                     Coucher du soleil sur la rivière à Vang Vien

 

   

              En vélo à Vang Vien                                                     Enfants laotiens


Le deuxième imprévu fut ma rencontre avec Boua Xayavong une jeune laotienne de 25 ans. Alors que je pensais continuer ma route vers Louang Phrabang et le nord, je pris une toute autre décision. Je préférais suivre mes sentiments et partager un peu de temps avec cette fille. J’allais donc passer mes trois semaines restantes en compagnie de Boua et des siens entre son petit village et son appartement de Ventiane qu’elle partage avec sa soeur Noi. Bien conscient que je ne sillonnerai pas tout le pays, je choisis de découvrir un Laos en profondeur au sein même de ses habitants en partageant un peu de leur quotidien.. Le voyage c’est aussi et surtout cela !

 



Boua et moi devant un temple

 

Boua se fait coiffer ...

Boua me fait découvrir la vie laotienne en profondeur. Elle me guide au sein du vrai Laos. Les membres de sa famille, les uns et les autres me font découvrir ce qu’est la vie d’un laotien. En partageant mon temps avec elle je me rends compte de l’extrême importance de la fête pour les laotiens. Au Laos, la fête a gardé tout son sens. Le Laotien est un véritable fêtard.

Après 3 semaines environs passés en compagnie de Boua et des siens je ne me rappelle plus du nombre de manifestations, de fêtes auxquelles j’ai été convié. Peu de jours ou de soirées ne se passent ici sans que l’on me demande : "tu viens à la fête du village demain ?". 

Ici tout est prétexte à faire un "Boun" (fête en laotien). Chaque occasion de la vie, naissance, mariage, enterrement, kermesse de pagode ou de quartier, carnaval parfois, le Boun a une signification bien large. Même la simple visite d’amis ou de membres de la famille va donner lieu à une série de trinquages interminables.
Ces fêtes tant profanes que religieuses rassemblent Laotiens de toute origine dans un même élan, une même convivialité. Et le Laotien donne libre cours à sa bonne humeur naturelle en oubliant provisoirement ses soucis. Le Boun c’est l’image fuyante de la chance... Le rêve éternel de bonheur. A chaque fête familiale (ou Baci en laotien) c’est l’occasion de souhaits de bonheur, de santé et de force sous les formes les plus poétiques, mais ils seront résumés le plus simplement du monde par la ''phousao'' (jeune fille lao) qui nouera un fil de coton sur le poignet de l’invité ou de la personne célébrée.
Je me souviens nettement d’un Baci (fête familiale) organisé dans la maison des parents à Boua. La plupart des membres de la famille, les amis et les voisins étaient présents. Ils avaient invité pour l’occasion une partie des moines et des bonzes du temple bouddhique de leur village. Ils leur distribuaient un généreux repas en guise d’offrande. Après quoi ceux-ci au cours d’une mini cérémonie nouaient des fils de cotons autour des poignets des membres de la famille en signe de porte-bonheur.. Puis les moines s’en allèrent à leurs occupations habituelles et l’on sortit les enceintes dans le jardin. Il était à peine 10h du matin ! Mais la Beer Lao (la fameuse bière laotienne) allait accompagner vaillamment les danses des invités, du plus jeune au plus âgé jusque tard dans la nuit.


                                    La fête jusque tard dans la nuit...........

Lors d’une fête de village, une grande scène est montée sur laquelle se produit un orchestre ou un groupe de musique traditionnelle. La fête peut avoir lieu dans la court du temple du village, au milieu d’un champ, sur un parking ou sur n’importe quel terrain vague. Des tables et des chaises en plastique sont déployées tout autour de la scène. Lorsque les musiciens se mettent à jouer, toute l’assemblée se dirige vers la piste de danse. Tout le monde sans exception quitte la table et s’en va danser. Les jeunes comme les moins jeunes. L’orchestre enchaîne 2 morceaux puis tout le monde retourne s’asseoir. Des tirs d’artifice ou un speaker, un genre d’animateur (dont je ne saurai vous dire ce qu’il racontait) prennent le relais. Après quelques minutes la musique reprend et on retourne danser. Il s’agit donc d’un va-et-vient incessant entre la table où la ”Beer Lao” coule à flot et la piste de danse. Au Laos comme dans de nombreux pays d’Asie, on boit la bière avec des glaçons. Durant mon séjour avec Boua j’ai pu me rendre compte que boire au Laos relevait presque d’un véritable rituel !!! Généralement lorsqu’ils sont en groupe d’amis, les Laotiens n’utilisent qu’un petit verre qu’ils se font passer entre eux. Le verre est d’abord rempli de glaçons, puis l’on ajoute la bière (de la “Beer Lao” bien évidemment !). Le premier à prendre le verre indique aux autres qu’il s’apprête à boire et s’assure que tout le monde soit au courant, puis il finit le verre cul sec. Ensuite il remplit à nouveau le verre et le passe à son voisin, qui finit la bière cul sec aussi. Il redonne le verre au premier buveur qui est en quelque sorte le maître de cérémonie. Celui-ci remet des glaçons si nécessaire et remplit à nouveau le verre pour le donner au prochain. Ainsi de suite on fait le tour de table. A chaque coup la quantité de bière absorbée n’est pas grande car le verre est petit et rempli de glaçon. Mais en buvant cul sec le tour de table est rapidement bouclé (surtout si vous n’êtes que 3 ou 4) et ainsi de suite en enchaînant interminablement les tours de table la dose de bière devient rapidement très importante ! J’ai était surpris à quel point les Laotiens pouvaient boire. Parfois la fête commence très tôt le matin. Je me souviens un jour je me suis levé à 7h 30 et devais trinquer à la “Beer Lao”comme il se doit pour célébrer la visite d’amis de la famille. Merci le pti déj !!!



J’ai également eu la chance de me trouver au laos durant le nouvel an Bouddhique. Du 13 au 15 avril. En effet en Thaïlande, au Laos et en Birmanie, on vit au rythme du calendrier luni-solaire d’origine hindoue. Pour celui-ci, notre année 2005 correspond à l’an 2549 de l’ère bouddhique ! Concrètement cela s'appelle Song Kan (Pi Mai ou fête de l'eau). C'est un grand moment de vacances pour les laotiens. La nouvelle année commence mi-avril. La fête dure trois jours, parfois quatre, selon le calendrier lunaire. C'est le moment où tous les amis et les familles se rencontrent. Les gens souhaitent du bonheur aux amis, aux visiteurs aussi, en les arrosant avec de l'eau. Le Baci (cérémonie pour porter bonheur) sera organisé dans chaque maison.
Du côté des traditions, que ce soit en Birmanie, au Laos ou en Thaïlande, la signification des réjouissances est la même : c’est une fête de purification. Au moment où le soleil passe de la constellation Mina (poissons) à la constellation Mesa (bélier), Sakka, le roi des Nat (divinités), descend sur terre et il convient de lui faire bonne impression ! Voilà pourquoi les gens s’aspergent avec enthousiasme, lavent les statues et les temples, font mille offrandes et relâchent oiseaux et poissons dans la nature. Les statues du Bouddha sont baignées. les moines et les personnes âgées reçoivent l'hommage des jeunes par des aspersions d'eau sur les mains et, pour s'amuser, on jette de l'eau sur tout ce qui bouge. Song Kan est l'occasion de se libérer de ses frustrations et, au sens propre, de se rafraîchir pendant les fortes chaleurs.
Dans le village de Boua j’ai également aperçu des habitants réaliser un espèce de nettoyage de printemps.
Une autre coutume importante consiste à nouer des ficelles autour des poignets d’une personne tout en récitant quelques prières de bénédiction.
Célébré au même moment dans trois pays, la fête y prend à chaque fois un nom différent : au Myanmar, on célèbre Maha Thyngyan, au Laos Pi Mai et en Thaïlande, Song Kan.
Mais c’est surtout en s’arrosant joyeusement les uns les autres que les Laotiens se souhaitent le « sawat dit Pi Mai ». À grandes eaux, le pays se rince du passé pour mieux accueillir la nouvelle année. Tout cela a l’air à première vue bien gentil, mais je vous assure qu’il s’agit là d'un festival des plus fous auquel j’ai pu assister. Il ne s’agit pas de simples aspersions d’eau. C’est une véritable “guerre de l’eau” dans lequel sombre le pays durant trois jours. C’est énorme. Complètement fou ! Mieux vaut sortir vos plus vieilles chemises, car le but du jeu est de balancer le plus de flotte possible à la figure des autres participants. La bataille d’eau a lieu partout. Dans les maisons, sur les routes, dans les villages, les rivières, les temples... Vous l'aurez compris, il s'agit d'une monstrueuse bataille d'eau généralisée! C'est facile il suffit de tirer sur tout ce qui bouge, sans aucun remord! Croyez moi, lorsque vous êtes “farangs”(étranger blanc) vous devenez même une cible privilégiée. J'ai même pu voir un mec en costard se faire doucher comme il faut! Tout le monde ou presque participe, les jeunes comme les vieux! Certains sont à pieds, d’autres debout à l'arrière de leur pick-up! Avec Boua et mes amis nous parcourons les villages à l’arrière d’un pick-up armés de grosses bassines d’eau et aspergeons les habitants amassés au bord de la route. Mais ceux ci ne se laissent pas faire et répliquent bien efficacement à l’aide de n’importe quel moyen. Toutes les armes sont permises : pistolets à eau, bouteilles plastiques, seaux, bassine, tuyau d’arrosage etc. Je me souviens encore de l’effet d’une bombe à eau reçu en pleine figure sur un 4x4 lancé à 50 Kms/h ! Certains poussent même le vice jusqu'à acheter de gros pains de glace qu'ils mettent dans des fûts afin de jeter de l'eau glacée, ce qui je vous l'assure fait un effet bœuf, surtout quand la température frise les 40°C! D’autres pour ajouter encore du piment à l’affaire, les plus joyeux des joyeux lurons fabriquent, à l’aide de talc, une mixture collante qu’ils vont essayer d’appliquer sur le visage des personnes qui croisent leur chemin. Inutile de vous dire qu’au bout d’une demie heure j’étais dans un état pitoyable, dégoulinant de partout.
Bien évidement tout cela était copieusement arrosé de bière histoire d'égayer encore plus les esprits. Durant trois jours c’est comme si le pays ne fonctionnait plus, comme si tout le Laos était saoul. Comme si tout le monde s’en foutait de tout. Nous avons même oublié de manger dans l’excitation de la journée ! Il y a une effervescence complètement folle, et même les mémés et les jeunes enfants participent aux séries de trinquage et d’aspergeage. Personne n’y échappe. Si tout cela parait un peu brutal, ce qui frappe avant tout c'est le bon état d'esprit qui y règne! Personne ne profite de la fête pour régler ses comptes ou faire volontairement mal. Imaginez une telle fête chez nous. Une bataille d'eau avec 100 000 personnes chez nous, au bout d'une heure ça virerait à l'émeute. Ici un esprit bon enfant règne dans toutes les manifestations.
Donc voilà, si vous aimez faire la fête, et qu’un nouvel an par an ne vous suffit pas (j’en suis déjà à mon troisième !!!) faites comme moi. Alors, direction l’Asie du sud-est où la fête de l’eau célèbre le Nouvel An, du 13 au 15 avril dans une célébration frénétique et amusante. Mais je vous aurai prévenu : le nouvel an au Laos ça s’arrose, alors préparer vos maillots !!!

                                            de l'eau, de l'eau et encore de l'eau partout !!!

Mes 30 jours de voyage au laos auront finalement passé trop vite. De rires en danses, de fêtes en rituels, c’est déjà le moment de me séparer de Boua et de tous ses amis qui me sont devenus chers. Ce pays qui est incontestablement la terre la plus énigmatique de la Péninsule indochinoise restera gravé longtemps dans ma mémoire. J’ai découvert un Laos qui s'ouvre progressivement, un pays fascinant qui semble ignorer superbement la mondialisation trépidante à l'oeuvre chez ses voisins. Même si je n’ai pas parcouru tout le pays, ma rencontre avec Boua m’a révélé toute l’authenticité de ce pays. Mais ce petit pays de 5 millions d’habitants est encore bien fragile et redoute le tourisme de masse qui ravage son voisin la Thaïlande. Il fait partie des nations les plus pauvres, mais regarde son passé avec fierté et compte bien préserver son identité, à l’abri de la société moderne de consommation. Je n’ai découvert ni un pays spectaculaire, sauf exception du festival de Pi Mai, ni « hollywoodien », mais on pourra goûter pleinement la beauté de ses temples, ses paysages relaxants et le sourire et la douceur de ses habitants exceptionnels. Ce pays possède décidément un charme subtil et l’on s’y laisse facilement envoûter ! Il faudra que j’y revienne.....

                                               it is only one "goodbye" Laos .....


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Suite de l'aventure : Bangkok 2