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Myanmar ? Voila un nom bien mystérieux pour un pays qui ne l’est pas moins.
Ce pays entouré par l’Inde, le Bangladesh, la Chine, le Laos et la Thaïlande est sans doute plus connu sous son ancienne appellation : Birmanie. Nom donné par les colons britanniques. Ce grand pays de 671000 km2 se situe bel et bien sur ma route entre l’inde et l’Indochine. Mais que sait-on au juste du Myanmar ? Pour le peu de gens qui le connaisse, le Myanmar demeure un pays de contradiction dont la population résiste à l’oppression depuis des siècles : de l’invasion mongol de Kubilai khan jusqu’à la colonisation britannique et au régime militaire actuel. En effet le Myanmar est dirigé depuis 1962 par une odieuse junte militaire le SPDC (conseil national pour la paix et le développement.). Cette junte militaire réprime toute forme de dissidence et emprisonne ceux qui expriment leur opinion en public. Le travail obligatoire est en vigueur dans le pays, particulièrement dans les zones "interdites" aux voyageurs. De nombreuses minorités ethniques subissent de fortes répressions. Le gouvernement a recours à la main d’oeuvre forcée pour construire certaines infrastructures touristiques du pays et gère de nombreux commerces, entreprises de transport pour son propre compte. Le Myanmar est resté enfermé dans cette dictature militaire qui continue encore aujourd’hui à isoler le pays du monde extérieur et à restreindre la liberté des citoyens birmans. Si l’armée birmane et sa junte politique le SPDC continu à gouverner le Myanmar d’une main de fer elle se trouve toujours confronté à des conflits armés avec les rebelles des minorités des zones frontalières qui combattent cette dictature et souhaitent leur indépendance.
Un voyage au Myanmar semble donc à première vue bien particulier et peu attrayant.
En entrant dans Yangoon des panneaux rouge et blanc m’accueillent en portant les slogans suivants en birman et en anglais:
- seul la discipline garantit le progrès
- Celui qui est bagarreur, destructeur et indiscipliné est notre ennemi
- Le Tatmadaw (l’armée bimane) ne trahira jamais la cause nationale"désirs du peuple"
- combattre ceux qui accordent leur confiance à des éléments extérieurs, qui agissent comme des valets et propagent des idées négatives.
- combattre les nations étrangères qui se mêlent des affaires intérieures de l’Etat.
- combattre ceux qui essaient de mettre en péril la stabilité de l’Etat et les progrès de la nation
- écraser tous les éléments destructeurs internes ou externes comme l’ennemi commun.
Pourtant les récits de voyageurs ayant parcouru le Myanmar depuis Marco Polo décrivent une réalité bien différente que ce que relatent ces slogans politiques. Bien souvent j’ai pu lire que l’on trouvait dans ce pays les gens les plus accueillants, les plus "purs" au monde. Et tous affirment que le Myanmar est l’un des plus beaux et des plus intéressant pays au monde.
Moi j’ai l’entière conviction qu’un voyage dans un pays isolé des influences du monde extérieur ne peut que constituer une expérience humaine unique et inoubliable.
Allez ouvrons les portes du mystère...
22 janvier 2005 : Yangoon
Je débarque à Yangoon (Rangoon) la capitale du Myanmar en compagnie d’Adrian un jeune canadien rencontré début septembre 2004 à Istanbul. Nous nous sommes retrouvés à Bangkok afin de découvrir ensemble le Myanmar.
Immédiatement un sentiment bizarre nous traverse. Comme si vous lisiez les premières pages d’un livre interdit où chaque mot est un secret dévoilé ! La ville est racée, avec un drapé dans le délabré et des couleurs qui hésitent entre le sale et le délavé. Il y a comme un coté rangé et aligné qui serait presque désagréable sans ces décrochements brusques de végétation sauvage. Des rues chargées de façades très dignes et de style très british se terminent par des pagodes circulaires où les temples bouddhiques luisent de paillettes d’or. Les balcons suent en traînées noirâtres parfois jusqu’aux trottoirs laissés au hasard des trous et des fissures. La chaleur est lourde, le charme sans équivoque !
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..............Une rue de Yangoon......................................Une avenue de Yangoon
Un charme accrut par ces hommes et ces femmes qui glissent sans bruit drapé de leur longyi (costume national, sorte de longue jupe serrée, à carreaux pour les hommes, à fleurs pour les femmes). Là, des ombres fument de petits cigares verts...
Nos yeux s’écarquillent. A chaque coin de rue je croise des visages au teint bigarré : un mélange culturel, un croisement de population tout à fait surprenant. La c’est la peau blanche et les yeux bridés d’un chinois qui me salue. Plus loin je devine le turban et la barbe caractéristique d’un indien sikh. Là-bas disparaît furtivement la silhouette d’une musulmane drapée et voilée. Une jeune birmane au sourire enchanteur nous sert notre première soupe de nouille. Elle nous regarde curieuse avec des yeux ronds légèrement bridés. Sa peau est claire, ni blanche ni bronzée et ses larges joues sont couvertes d’une épaisse couche de crème de beauté beigeâtre.
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Un sourire enchanteur Adrian et moi dégustant une soupe de nouille
Tous ces visages que mes yeux rencontrent m’interrogent. C’est comme un tableau abstrait couvert d’énigmes. Ici une peau foncée de Bangladais souligne des yeux tirés à l’horizontale ; là des yeux verts surgissent d’un visage plus pale que le mien. Puis c’est une peau café crème recouverte de longs cheveux noirs et raides qui me frôlent. Un grand visage rond aux joues roses et des yeux légèrement bridés de tibétains m’observe en silence. Ici une petite carrure chinoise s’approche de nous et nous salue joyeusement. Son visage est bronzé et les joues sont creuses. Nous voyageons littéralement dans les visages qui déambulent devant notre bol de soupe. Yangoon et le Myanmar sont un formidable croisement ethnique, une passionnante diversité culturelle.
Rue Shvebontha j’entends le " Allah Akbar " d’une mosquée. A quelques pas de là, une synagogue... Près du marché plein air s’élèvent les formes étranges d’un temple hindouiste. A coté des jardins de Mahabandoola est construite l’église baptiste Immanuel. Enfin partout, parsemé dans la ville s’élèvent des temples et des pagodes dédiés à Bouddha. Car si la diversité religieuse ne fait pas de doute, 87% des birmans pratiquent le Bouddhisme. Au Myanmar la liberté religieuse est totale et les différentes communautés semblent cohabiter en paix.
Dans les rues l’odeur du jasmin se mêle à l’ail, le fiel de poisson à l’encens. Le soleil décline sur les eaux glauques de l’ Irrawaddy et illumine de ces derniers rayons la maison de thé ou Adrian et moi goûtons aux samosas, aux chapatis (délicieux beignets arrosés de thé au lait sucré) et autres petits encas birmans. Mon coeur chavire déjà de bonheur d’être la, de marcher dans Yangoon !
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Enfants birmans
Aujourd’hui nous nous rendons au nirvana ! L endroit le plus extraordinaire de Yangoon. L’un des lieux de pèlerinage les plus important du pays : La Paya Shwedagon.
Kipling l’appelait "un mystère doré... une superbe merveille étincelante"
La Paya Shwedagon est pour les bouddhistes le sanctuaire le plus sacré du pays. Chaque birman rêve de la visiter au moins une fois. Selon la légende, l’immense stupa qui domine le site de ses 98 m abriterait 8 cheveux de bouddha.
Adrian et moi nous nous trouvons à présent au pied de ce lieu que chacun rêve de visiter une fois dans sa vie. Des dragons de pierre montent la garde. Nous sommes loin du nirvana. il nous faut d’abord gravir un long tunnel sombre. La porte est belle, ciselée et décorée. Au delà c’est le noir et la pénombre. Nous empruntons timidement marche après marche comme si nous redoutions de réveiller quelques mauvais esprits. Nous nous arrêtons quelques instants pour observer le frôlement soyeux des pèlerins aux pieds nus qui glissent sur les marches usées. Le couloir nous parait infini et monte vers l’inconnu. Nos yeux admirent l’or des poutres du plafond, le charme des regards en biais, les courbes des birmanes portant d’énormes bouquets qui embaument. De chaque coté de la galerie sombre, de petits étals en vendent pour les offrir aux dieux qui vivent là-haut.
Puis c’est le néant blanc, l’éblouissement d’un sol de marbre. Un spectacle féerique... Le silence est presque palpable et est plus intense encore à cause de cette étrange musique cristalline due aux clochettes qui tonnent au souffle de l’air. Partout ce n’est que falaise de métal précieux d’où rayonne un éblouissant poudroiement qui brille de 1000 feux sur le bleu du ciel. Des autels innombrables, des templions, des fontaines tous décorées avec une rutilance extrême. Puis l’imposant stupa doré de Shwedagon s’élève à 98m au dessus de vous et vous ensorcelle.
Et voila le miracle de Shwedagon : face à cette éclaboussure dorée, on ne voit plus que la ferveur. Une ferveur bien simple qui autorise l’enfant à jouer pendant que maman allume de l’encens devant une statue de Bouddha.
Pieds nus sur le sol lisse et chaud nous tournons dans le sens des aiguilles d’une montre comme il se doit. Nous sommes dans un rêve, comme hypnotisés... Et cette indéfinissable musique douce qui semble venir de partout et de nul part nous saoulent de sérénité !
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25 janvier 2005 : Kalaw
Une nuit entière, serrés dans un bus birman où les sièges sont peu adaptés à la corpulence des occidentaux, est nécessaire pour atteindre la petite bourgade de Kalaw. A mi-chemin entre Taunggyi et Thazi, Kalaw est installée en hauteur sur la bordure ouest du plateau Shan à quelques 500 Km de Yangoon. A 1320 m d’altitude la fraîcheur et l’atmosphère paisible sont des plus agréables. Même au marché du matin l’ambiance reste sereine et tranquille malgré l’activité qui y règne. On découvre de nombreux temples et monastères perchés sur les collines aux alentours. Kalaw abrite une population peu nombreuse. Environ 20 000 personnes sont rassemblées sur toute sa région, composée de Shans, d’indiens musulmans, de Bamars et de Népalais. A Kalaw nous pouvons encore découvrir des restes de l’architecture coloniale car le bourg fut autrefois une célèbre station climatique.
Mais ce qu’Adrien et moi sommes venus faire ici reste la découverte des montagnes de forêt subtropicale où vivent quelques minorités ethniques telles les tribus palaung et Pa-O.
Nous partons donc pour trois jours de trekking dans les plateaux montagneux des environs de Kalaw. Nous partageons l’aventure avec trois israéliens : Shai, Michal et Aya. Les montagnes ne dépassent pas 2 000m d’altitude et la végétation entre les plantations de thé est très abondante. A chaque col ou carrefour de sentiers, un grand Banian (arbre sacre ici) est planté. Cela garantie l’ombre nécessaire pour le repos après une longue marche. De temps en temps nous croisons des hommes et des femmes appartenant aux minorités ethniques du coin. Ils transportent de lourdes charges dans de grandes corbeilles en osier qu’ils supportent sur leur dos à l’aide d’un bandeau de linge enroulé sur leur front. Malgré le poids de la charge et leur marche difficile, ils ne perdent pas l’occasion de nous offrir un sourire en guise de bienvenue.
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Robin, notre guide, nous explique qu’ils descendent ainsi vers Kalaw pour vendre ou échanger leur marchandise au marché. Certains n’hésitent pas à parcourir un long chemin depuis leurs petits villages de montagne jusqu’à Kalaw pour quelques salades ou quelques kilos de feuilles de thé qui leur rapporteront à peine de quoi acheter une marchandise qu’ils ne peuvent produire eux même. Ainsi ils rapportent souvent dans leurs sacs tressés des cheroots (cigares birmans), des bougies ou des jouets pour les enfants.. Aucune route goudronnée ne sillonne ces collines magnifiques. Nous évoluons sur des pistes de terre rougeâtre ou jaunâtre selon les endroits et qui se transformeront en de formidables lacets de boue lors des pluies de la mousson.
Les villages que nous traversons ne semblent pas recevoir de nombreux touristes.
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Des villages traversés sur notre route
Les gamins qui traînent et jouent dans la poussière du chemin à proximité des villages nous suivent timidement en gardant toujours une petite distance. Tous nous regardent curieusement. Systématiquement nous nous faisons inviter par une des familles du village à boire le thé ou fumer le cigare. Les familles vivent dans des ''maisons longues''.
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Les femmes palaung portent de beaux costumes bleus et rouges.
Les Pa-O portent quant à eux des costumes plus sombres, bleu foncé ou indigo.L’une de leurs principales ressources est la culture du thanaqhpeq, une large feuille utilisée pour envelopper le tabac des fameux cheroot.
La culture du thanaqhpeq
Assis en tailleur à même le parquet du sol de la maison nous partageons le thé avec nos curieux compagnons qui désirent apprendre beaucoup de choses sur nous. Les questions que notre guide Robin tente de traduire défilent durant une bonne heure. Nous nous montrons tout aussi curieux qu’eux tellement le mode de vie de ces tribus semble éloigné du notre. L’échange bien que réduit à cause de la barrière linguistique, est passionnante. A chaque arrêt ou pause thé dans un village, nous avons du mal à reprendre notre marche.
A proximité de chaque village, une ribambelle de gamins joue avec des lances pierres. Ce sont les mêmes que ceux fabriqués par nos ancêtres. Sur les chemins en pente des petits fangios s’élancent à toute vitesse assis dans de petits chars en bois qu’ils construisent eux même.
Après quelques heures de course-poursuite les bouts de choux sont méconnaissables tant ils sont recouvert de poussière.
Le soir venu nous tombons de fatigue après un bon dîner fait à base de riz, de soupe de légumes et d’herbes cueillis dans le jardin. La sagesse, le respect et l’accueil amical de ces gens vivant dans ces conditions difficiles nous surprennent et nous replacent nous occidentaux dans une autre échelle de valeur. Des valeurs bien évidement plus simples et justes.
29 janvier 2005 : Lac Inle
Autre lieu, autre magie.
Le lac Inle n’est pas très éloigné de Kalaw. Avec Adrien nous décidons de tenter le stop. Un pick-up surchargé s’arrête. Le chauffeur sans nous demander où nous allons nous fait signe de monter. Je regarde le pick-up. C’est alors que je me dis que ce type doit sans doute blaguer ! L’avant, l’arrière, chaque place est prise. Bien souvent deux personnes occupent une place. A l’arrière, les pieds reposant sur le pare-chocs, des hommes se tiennent aux armatures du pick-up pour ne pas tomber. Je regarde sur le toit. Une montagne de bagages et de marchandises en tout genre occupe l’avant du toit. A l’arrière 8 personnes sont déjà installées les pieds et les mains entremêlés. Je me demande d’ailleurs comment le toit résiste à une telle charge. Mais le chauffeur ne rigole pas et nous fait signe de monter. Un jeune homme en longyi s’empare de nos sacs et les passent sur le toit. Un autre homme s’occupe de les ajouter à la montagne de bagages déjà existante. Je les regarde faire et me demande toujours où ils vont nous caser. Adrien se suspend à l’extérieur du pick-up et moi je trouve une place sur le toit. Je ne peux bouger mes jambes. Personne ne peut bouger d’ailleurs. On dirait un convoi de bétails. Nous finissons par arriver à Inle les articulations en compote, avec l’heureuse expérience du stop en Birmanie. Bref il faut juste savoir que le mot complet ou surcharge n’a pas tout à fait la même signification que chez nous ! D’ailleurs je me souviens de la réponse d’une personne à Yangoon quand je lui avais demandé ce qui se passerait si le bus était plein. Il m’a simplement répondu : "Oh don’t worry, in Mynamar, bus are never full !!!" Maintenant je comprends mieux !
Le lac Inle... Voilà un endroit unique sur terre. Là encore un charme irrésistible se dégage de ces lieux baignés de poésie. Dans un pourtour de douces collines aux couleurs ‘poivrées qui fondent dans les brumes du matin et du soir, le lac Inle glisse ses eaux calmes et miroitantes. Sur environ 22 Kms de long et 10 Kms de large, ce sont 17 petits villages les pieds dans l’eau, aux maisons sur pilotis qui entoure le lac. Ces villages sont fascinants avec leurs réseaux de passerelles en bois, leurs embarcadères et leurs ruelles où quelques barques silencieuses glissent aujourd’hui encore.
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Les belles façades des maisons surélevées au dessus de la surface se reflètent dans les eaux du lac parfaitement calmes. C’est ici que vivent les fameux pêcheurs Intha. Différents de leurs voisins shan par la langue et la culture, les Intha seraient originaires de la péninsule de Taninthayi, au sud du Myanmar. Ces courageux Intha font avancer leur bateau à fond plat en se tenant à l’arrière debout sur une jambe, l’autre enserrant une pagaie. Cette étrange technique permet de reposer les bras, qu’on utilise aussi pour ramer, durant les longues traversées d’un bout à l’autre du lac. Elle permet également d’avoir de la hauteur pour naviguer entre les Kyun Myaw (îles flottantes) et les Beda (jacinthes aquatiques) et mieux apercevoir le poisson. Voir les pêcheurs Intha en action sur le lac est un spectacle fabuleux. A l’aide de filets coniques fortement tendus sur des cadres en bois et en bambou, les pêcheurs Intha remontent du ngah-hpein (un genre de carpe) et d’autres espèces d’eau douce.
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Une étrange technique pour faire avancer leur barque
Les villageois cultivent de nombreuses variétés de fleurs, de légumes et de fruits grâce à un système de jardins flottants. Ces jardins sont faits de longues bandes végétales flottantes où s’entremêlent racines, jacinthes d’eau et herbes sauvages. Ils recouvrent le tout de terre et plantent ensuite fruits et légumes. Entre les plantations, tout un réseau de canaux permet aux jardiniers de cueillir leur récolte. Au fil de l’eau, nous découvrons de magnifiques tomates, des haricots, des choux, des aubergines ou autres merveilles potagères.
Quand ils ne sont pas occupés à pêcher les hommes s’occupent à l’artisanat local (poterie, orfèvrerie, travail de forge) et les femmes au tissage.
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Travail de forge... ...et de tissage
Parcourir le lac Inle et découvrir ses habitants, c’est un peu découvrir une vie qui n’a pas changé depuis des centaines d’années. C’est comme se retrouver dans un monde féerique tout à fait unique. Une sorte de rêve agréable, un songe de beauté et de quiétude...
3 février 2005 : Sipaw et environs, Etat Shan
Nous quittons le lac Inle, pour nous diriger vers le plateau Shan. Adrian et moi souhaitons découvrir un Myanmar vierge de tout contact touristique. C’est pourquoi nous décidons de ne pas nous arrêter dans la ville de Mandalay qui est dans le pays un haut lieu touristique. Nous souhaitons aller au plus vite dans les montagnes de l’Etat Shan afin d’atteindre un endroit encore préservé de l’afflux des touristes. En effet, au Myanmar le gouvernement contrôle les zones que le touriste peut visiter. Et interdit l’accès à de nombreuses régions, villes et routes. Ainsi, bien que le Myanmar soit peu envahi par les touristes et reste authentique dans la plupart des endroits, chacun se retrouve un peu à faire le même itinéraire, et donc à se retrouver aux mêmes endroits. Nous allons tenter de sortir de cet itinéraire, pour découvrir une région encore intouchée.
Après une nuit de bus, nous arrivons à Mandalay. Nous sautons immédiatement dans un autre bus en direction de Lashio au nord-est. Le vieux bus, dans lequel nous avons difficilement pris place puisque le dessous des sièges et l’allée centrale étaient envahis de cagots de tomates, grimpe vers la célèbre station de Pyin U Lwin. Au Myanmar les bus semblent aussi servir au transport des marchandises. Bref je m’endors sur des tomates bien rouges et chaque pause pipi est synonyme d’une terrible gymnastique pour enjamber les cagots sans faire de sauce tomate !!! Les paysages deviennent de plus en plus montagneux et nous finissons par descendre à Hsipaw après avoir traversé Kyaukm. La route que nous venons d’emprunter, en particulier l’axe Lashio-Kunming (en Chine) est très utilisée par les contrebandiers pour introduire l’opium, l’héroïne, les pierres précieuses, le jade et le teck en Chine. Dans le sens inverse, les commerçants apportent des pièces détachées automobiles, des produits pharmaceutiques, des aliments conditionnés, des vêtements et des articles de ménage.
Hsipaw est une agréable petite bourgade de montagne au climat tempéré, aux habitants très chaleureux (je ne compte plus les thés offerts...) et à l’atmosphère détendue. Dans les environs nous pouvons découvrir d'innombrables chutes d’eau, des sources chaudes, et tout au long de la rivière, la vie quotidienne campagnarde des birmans s’offre à nous.
Si Hsipaw est très très peu touristique et se trouve à l’écart de pratiquement tout circuit touristique organisé, nous n’y trouvons pas ce que nous cherchons. La petite ville est trop facile d’accès et est située sur un grand axe de commerce avec la Chine. Par contre nous repérons sur la carte une petite localité appelée Namhsan logée dans de plus hautes montagnes au nord de Hsipaw. Nous partons nous renseigner sur la possibilité de nous y rendre. Certaines personnes nous dirons qu’il nous est impossible d’y aller et que le gouvernement en interdit l’accès. D’autres nous admettent qu' il n’y a aucun problème mais que seuls quelques voyageurs se sont rendus à Namhsan. Ce sont ces derniers que nous croirons ! Le lendemain nous bouclons nos sacs et partons à l’arrêt de bus. Il est 6h du matin. Un matin qui est ici bien frisqué. A 10h nous attendons toujours le bus ! Il ne viendra pas. On nous informe pourtant partout qu’il y a bien un bus qui relie Namhsan mais que l’on ne sait jamais quand ni quel jour. « Maybe tomorrow. Yes come back tomorrow. Six O clock ! »
Le lendemain, rebelote. 6h. Un air froid m'oblige à mettre mon bonnet. Nous attendons patiemment le bus. Cette fois Shai, l’israélien rencontré dans les montagnes de Kalaw nous accompagne. 11h 30, nous abandonnons l’attente du bus et allons nous rassasier dans la maison de thé voisine. « Merde alors » me lance Adrian ! Il doit bien y avoir un moyen de rallier Namhsan. Bien loin de nous décourager, l’absence du bus n’a fait que plus nous motiver à nous rendre là-bas. En effet, vu la difficulté pour parvenir à Namhsan, nous comprenons pourquoi si peu de voyageurs y sont allés. Cela ne peut qu’être de bonne augure. A nous de trouver un moyen pour parcourir les 80 Kms séparant Hsipaw de Namhsan.
Le lendemain, après de longues heures de recherche, nous finissons par trouver une jeep et un chauffeur. Afin que le voyage coûte moins cher nous embarquons une famille de commerçants qui souhaitent aller vendre des shampoings à Namhsan. Nous voici donc, Adrian, Shai et moi entassés à 9 dans cette petite jeep militaire.![]()
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La piste est catastrophique. Elle n’a jamais été rénovée depuis l’époque coloniale ! Nous sommes balancés, secoués sans aucun moment de répit. Par moment de gros camions jeep de marque chinoise en difficultés sur la
piste bloquent la voie pendant quelques minutes.
Je me demande si un bus est réellement capable de monter ici. Sérieusement en France, on appellerait cette « route » un chemin de randonnée !!! J’étais loin de penser que la piste serait dans un tel état. La jeep soulève des nuages de poussière jaunâtre qui pénètre partout dans la jeep, et il nous est de plus en plus difficile de respirer. Notre jeep tombe en panne à flanc de montagne. Notre chauffeur shan qui ne parle pas vraiment anglais nous balbutie : « Euh, euh, no problème, no problème... » sort de la jeep, détache d’un geste son siège, ouvre le réservoir d’essence, plonge toute sa main dedans, secoue énergiquement en disant « Wo, wo, euh euh » ressort sa main pleine de fuel en souriant, allume son cigare sous nos yeux hallucinés et inquiets, re-fixe son siège d’un geste, allume le moteur, s’essuie la main encore dégoulinante d’essence, se tourne vers nous son cheroot en bouche et nous expire d’une voix roque « Ok, Ok, euh euh, no problème, euh ! ». La jeep reprend son élan.... Nous nous mettons tous à rire aux larmes. Après plus de 6h (pour faire 80 Kms !!!) nous atteignons Namhsan, fatigués du voyage mais heureux. Nous sommes recouverts de poussière. Une épaisse couche de sable recouvre l’intérieur et l’extérieur de la jeep. Tout est jaune, comme si nous venions de terminer une étape du Paris Dakar. Mes cheveux ressemblent plutôt à des franges d'un balai ayant dépoussiéré! Mais qu’importe. Nous y sommes dans ce village suspendu sur une crête étroite à 1600m d’altitude entouré de sommets culminants à 2000m. Nous avons finalement atteint cette région parfois surnommée la « Suisse du Myanmar » aux paysages grandioses.
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Adrian et moi recouverts de poussière..................
Ici les habitants, des Palaung Shwe pour la plupart vivent de la culture du thé et du pavot, fort probablement destiné à l’opium. Les maisons y sont magnifiques, grandes sur plusieurs étages, en bois foncé et sculpté. On dirait un peu les chalets alpins .
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De beaux jardins bien entretenus les entourent. Ici il n’y a pas de guest house ou d’hôtels. Mais une famille a obtenu l’autorisation d’accueillir des étrangers moyennant quelques Kyats la nuit. L’étroite rue principale comporte deux restos chinois qui ferment très tôt et quelques échoppes de nouilles. Par contre on trouve un karaoké tous les 10 mètres. Cela peut paraître étonnant, mais sachez le, les birmans adorent le karaoké et il n’est pas rare de voir un type tout seul dans le karaoké chanter à fond les décibels des dernières mélodies des artistes birmans. Partout les gens que l’on croise nous regarde curieusement mais avec gentillesse. Certains se contentent d’un large sourire, d’autres, surtout les filles, rougissent lorsque nous posons nos yeux sur elles. Les plus courageux tentent de nous parler, alors que certains se contentent de nous suivre du regard. D’autres encore se mettent à nous saluer de la main. Parfois nous entendons des éclats de rires d’enfants.
Mais partout c’est la joie que nous provoquons.
Aucun voyageur. Nous sommes les seuls... Quel bonheur de toucher l’intouchable !
Je pars avec mes deux compagnons Adrian et Shai pour une randonnée de 2 jours dans les environs de Namhsan. Nous décidons de ne prendre aucun guide pour être plus libre. Nous trouverons sans doute un village où le lit nous sera offert. Les paysages de moyenne montagne sont magnifiques. De grands stupas s’élèvent à la pointe des plus hautes. C’est le domaine des dieux qui veillent sur les cultures de thé omniprésentes.
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Nous traversons quelques villages de tribus Palaung Shwe (doré) et Pa-O.
A chaque fois nous avons l’impression d’être l’attraction du mois. Quoi de plus étonnant sachant que ces gens n’ont peut être jamais croisé un occidental. Toujours on nous salut avec ce même sourire simple et honnête. Des enfants surexcités nous courent après et s’arrêtent à quelques pas de nous n’osant pas s’approcher de trop près. A chaque fois on vient nous parler dans une langue incompréhensible, nous échangeons des gestes, nous mimons souvent en vain. A chaque fois les femmes s’arrêtent de travailler et nous regardent passer sans oublier leur sourire timide et si gracieux. Partout l’accueil est chaleureux. Chacun se bat pour nous inviter à l’intérieur de la maison, pour partager un thé, pour discuter.
Nous finissons notre rando dans la cours d’un couvent catholique perdu dans la montagne auquel est accolé une église flambant neuve. Le lieu est superbe et quelque peu surprenant. Une si belle église catholique dans ce lieu reculé de tout. Pourtant nous ne rêvons pas. Et le « Hello, welcome » provient bien de la douce voie d’une soeur. C’est donc ici que nous passerons la nuit, après avoir partagé un repas offert par les soeurs et le curé de l’église.
Mais il nous faut encore demander l’autorisation au chef du village voisin. C’est lui qui décide qui peut passer la nuit dans cette région. Nous marchons donc vers la maison du chef du village pour demander si nous pouvons séjourner une nuit dans son village. Celui ci semble plus préoccupé par le fait de pouvoir trinquer avec ses nouveaux visiteurs. Ne parlant pas anglais, le curé fait la traduction. Apparemment il n’y a aucun problème à passer la nuit au couvent et il souhaite même que nous restions dormir dans sa maison. Des assiettes de viande de buffle séchée et feuille de thé fourrée au riz défilent devant nous entre les cul sec d’alcool de riz.
Aujourd’hui c’est le nouvel an chinois. Pour l’occasion on nous conduit dans un autre village où sont déjà rassemblé un petit groupe de personnes. Il fait nuit noire et le ciel est magnifique. Dans la cour d’une petite maison en bois, des personnes entament une danse circulaire. Au rythme enivrant des mandolines chacun sautillent lentement autour d’un petit arbre. Personne ne parle notre langue. Nous nous joignons au groupe de danseurs, observons l’activité des uns et des autres, partageons une sorte de pâte à pain, et trinquons à l’alcool de riz au bonheur d’être ici parmi ces gens simples et heureux, perdus quelque part dans la montagne birmane...
10 février 2005 : Bagan
Le voyage est très long des montagnes de l’Etat Shan à la région de Bagan dans l’ouest du pays. En arrivant c’est comme un mirage, une vision. Le paysage est complètement différent. Rien à voir avec tout ce que j’avais vu jusque là au travers des vitres du bus birman. Ici c’est presque le désert. Une terre couleur miel poussiéreuse et parsemée ça et là d’arbustes. Bagan, c’est un décor irréel, une autre planète ! Dans une vaste plaine aride et chaude un gigantesque jeu d’échecs est posé sur de la terre couleur cuivre. Sur les bords du fleuve Ayeyarwady, des milliers de monuments bouddhiques vieux de 8 siècles se dressent fièrement ! On pourrait revenir sans cesse pour admirer du sommet de l’une des grandes pagodes, le spectacle admirable du jour qui décline sous les lumières dorées du couchant. Bagan est une terre de charme et de magie, une cité d’ombre et de lumière. En 1298, Marco Polo décrit la Cité Etat de Bagan en ces termes : "des tours sont construites en pierres fines, certaines ont ensuite été recouvertes d’une couche d’or de l’épaisseur d’un doigt ; il semble ainsi que toute la tour est en or. Il en est de même avec les tours recouvertes d’argent. Selon son bon vouloir le roi a fait ériger cette tour pour commémorer le faste de son règne et la paix de son âme."
En effet, aujourd’hui encore, le voyageur est entouré de tous cotés de vestiges, de pagodes imposantes ou de ravissants stupas. Des bâtiments de briques, des murs ocre ou blanchis à la chaux, des coupoles dorées et élancées constellent un paysage aux teintes vert argenté, où frémissent de hautes herbes et d’élégants arbustes. A perte de vue, un fantastique jeu d’ échec imaginé par un dieu fou, des tours innombrables se dressent en forme de cloches ou de pyramides. De prodigieuses tours mortes, immenses, magiques, qui rougeoient incandescentes, dans le soleil couchant.
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Les temples et pagodes de Bagan sont reliés par des kilomètres de chemins sablonneux au milieu des derniers champs cultivés. Jamais je n’oublierai la vision de ce soleil levant sur Bagan. Un souvenir qui me hante encore... La lumière rasante de l’astre arrive tel un spot et illumine lentement la plaine encore endormie. La poussière que le vent balaye prend des teintes dorées et semble se figer entre les arbres. Partout les temples surgissent de cette brume lumineuse. Tous ces temples que l’on appelle dans ce pays pahto apparaissent alors majestueusement tels les vaisseaux fantômes d’une civilisation inconnue. Bagan reste pour moi le plus impressionnant et le plus beau site culturel de tout le sud est asiatique. Il n’a aucun égal !!!
Je suis avec certitude dans le "pays d’or" au coeur d’une Birmanie mythique et légendaire. Un Myanmar de poésie et de couleur, où la population toujours souriante vous accueille avec chaleur et simplicité.
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Suite de l'aventure : Cambodge