Retour En quête de soie


20 Mars 2007 : Istanbul, Turquie



C'est d'Istanbul que je décide de reprendre ma route de la soie. Une destination hautement symbolique puisque de nombreuses caravanes y trouvaient là leur point de départ ou d'arrivée après avoir traversé les steppes asiatiques. Quoi de mieux que ce gigantesque carrefour entre l'orient et l'occident pour débuter la seconde partie de mon voyage ?
Et puis c'est une ville que je commence à bien connaître pour y être aller plusieurs fois déjà (voir aussi loin que l'Asie Turquie.) Cependant j'aime toujours autant m'y retrouver. Impossible de s'ennuyer ici, il y a toujours quelque chose à faire ou à voir.
Enfin je souhaite surtout faire mes demandes de visas pour mes prochaines destinations. Il semblerai qu'Istanbul soit relativement stratégique pour y obtenir tous ces papiers

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......................................Vue d'Istanbul...............................................................................Gare maritime coté Asiatique

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.............La populaire avenue Istiklal et son ancien tramway.............................................................Vendeurs de Simit

...........................................Tour Galata...................................................................................Quartier Sultanahmet

 

..........................................Mille lumières.............................................. ....Quelle dextérité !


Mon voyage ne pouvait pas mieux commencer. Dans le bus qui me mène de l'aéroport à la place Taksim au centre d'Istanbul, je rencontre des français en Erasmus. Ils étudient l’architecture et n'hésitent pas à m'inviter chez eux dans le quartier de Beyoglu. J'accepte de suite leur invitation d'autant plus que le prix de l'hébergement a bien augmenté ces dernières années. Lors de mon dernier passage, la livre turque se comptait encore en million et un million de livre ne représentait pas grand chose. Mais on pouvait manger avec 2 ou 3 millions sans problème. Depuis janvier 2005 la nouvelle livre turque a remplacé l'ancienne. Ils ont tous simplement supprime les zéros. 1 000 000 YTL valent maintenant 1 YTL et, avec ce changement, les prix eux semblent avoir fait également un bond en avant.

Mes nouveaux hôtes habitent dans l'une des nombreuses rues en pentes du quartier de Beyoglu non loin de la place Taksim au coeur d'Istanbul.
Le lendemain après une courte nuit, je ne m’attarde pas. En route, à la recherche des consulats, je m’attends à toutes les surprises.
La seule condition pour pouvoir poursuivre ma route : obtenir mes visas !

 


Le premier est peut être le plus problématique... Je me rends au consulat de la république islamique d'Iran. Le consulat ouvre ses portes de 8h30 à 11h30. Je suis sur place à 8h25. J'attends sous la pluie devant la grande porte décorée. Mais à 8h30 personne n’ouvre. 8h40 personne. 8h 50 toujours rien. La pluie tombe toujours. Un beau sourire et une petite grimace à la caméra de surveillance ne font pas office de sésame et personne ne répond à mon appel. Nous sommes trois à attendre. Un turc et sa femme iranienne qu'il souhaite épouser et moi-même. Nous avons beau sonner une dizaine de fois. Il n y rien à faire. 9h15 personne n'ouvre. Un flic perturbé par notre attroupement aux portes d'un consulat vient à notre rencontre. A l’aide de son talkie-walkie il se renseigne sur l'ouverture de l'ambassade. Apres 5 minutes de discussion avec un collègue il nous dit ''Ok Ok wait here no problem'' et il retourna aussitôt au milieu d’un carrefour veiller à la circulation. 9h30 les portes restent closes et je décide d’aller prendre un pti thé dans un café pas très loin. Incroyable les horaires sont pourtant bien indiqués en grand au-dessus de la sonnette.

A 10h je me re-pointe devant le consulat, et l'impossible arriva. Les portes grandes ouvertes...
Et ben ils y en a qui ne sont pas pressés de bosser! Deuxième surprise. Le vigile à l'entrée me fouille rapidement mais surtout me propose une petite sucrerie et m'indique la file d'attente. Je me retrouve au milieu de routiers ouzbeks qui sont bien heureux de me parler. Ils doivent faire une demande de visa de transit pour pouvoir retourner chez eux. Une longue route les attend. Turquie, Iran, Turkménistan, puis enfin Ouzbékistan. Puis ils me posent des questions sur les frontières en Europe. Je tente tant bien que mal à leur expliquer Schengen mais je ne récolte que des sourires ornés de dents en or. En tout cas cela fait passer le temps, car nous poirotons devant un guichet sans le moindre employé. Après une bonne demi-heure un type se pointe et c’est bientôt mon tour. Il me tend les documents à remplir. Je m’exécute. Refais la queue. Tends les documents complétés. Et là, il me dit que je dois encore faire des photocopies de telles et telles pièces. Pour cela je dois ressortir du consulat et trouver une photocopieuse quelque part car le consulat ne fait pas de photocopie. Heureusement à Istanbul il ne faut pas chercher longtemps pour trouver une photocopieuse. Je reviens au consulat avec mes documents remplis et photocopiés. Encore la queue. Je tends le tout au gars qui ne sourit plus comme avant. Quelques questions personnelles plus tard il me dit que je dois payer maintenant, me tend un papier sur lequel figure un numéro de compte et m'envoie à la banque d'en face pour déposer les 60 euros de frais de visa.
Queue dans la banque. Je reste calme. Je m'attendais à ce genre de procédures bizarres et compliquées. Après avoir déposé l’argent je reviens au consulat avec le reçu. Toujours et encore la queue. Enfin je donne le justificatif de paiement à l’employé qui me dit qu’il me faudra revenir dans 2 semaines pour récupérer ou non mon visa. Finalement je ressors du consulat vers 13h. Tiens ils font des heures sup. ????



Je profite de l'après midi pour me promener un peu dans le quartier historique de sultanahmet. Byzance me parait bien triste sous ce manteau de nuages pluvieux grisâtre et j'ère sans trop savoir quoi faire. Je ne sais pas pourquoi mais j'aime revenir visiter la grande mosquée bleue, m’asseoir dans un coin et regarder les groupes de touristes découvrir pour la première fois l'intérieur d'une mosquée. Puis, je me rappelle ne jamais avoir visiter la fameuse citerne basilique non loin de la mosquée Ste Sophie.

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Le lieu est superbe. Du moins il faut aimer les grandes caves ! Mais déambuler entre ces 336 colonnes alignées sur 12 rangées jaillissant d'une eau stagnante peuplée de carpes fantomatiques est déconcertant !

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..........................Intérieur de la mosquée bleue................................................................Court mosquée bleue

Le reste de la journée est consacré aux bazars et autres marchés du coin. Si le grand bazar et le marché égyptien se sont transformés en grand centre commercial où tout et n'importe quoi s'achète et se vend au détriment de l'authenticité et du traditionnel, ils restent des lieux fort sympas à découvrir. Moi j'y vais car je sais que là-bas je n'aurai pas trop de difficultés pour trouver un interlocuteur !

.......Vente de Sangsues........................................Marché aux plantes.......................................................Marchand de poteries et céramique

..................Etalage de Loukoums..........................................Le grand Bazar.......................................Service à thé


Je rencontre un jeune garçon de café au joli nom d'Abdulmutalip. Nous nous asseyons et discutons un peu. Il vient de Bingol, une petite ville dans l'Anatolie de l'Est et travaille depuis plusieurs années à Istanbul. Je lui demande si la vie ici est différente de Bingol. "Istanbul est géante" me dit-il, "ici on fait ce que l’on veut. On peut boire, danser, rencontrer des jeunes de tous les horizons. Personne ne vous dira quoi que ce soit ! Bingol c’est beaucoup plus petit et il n’existe pas les mêmes choses qu’ici. Mais tu sais Greg Istanbul c’est tout sauf la Turquie ! . Une dernière phrase qui en dit beaucoup et me réconforte dans l’idée que pour découvrir une Turquie plus ancrée dans ces traditions il va falloir que je me dirige beaucoup plus vers l’Est

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...........................Perdu dans mes pensées.....

 

En attendant l'Istanbul au visage européen a de quoi entièrement me satisfaire. Lorsque je me promène dans le quartier moderne autour de la place Taksim je passe absolument inaperçu. Personne ne m'interpelle ou ne me jette de regard surpris. Je me fonds totalement dans la foule des travailleurs et autres étudiants turcs. Istanbul est si cosmopolite que l’on me prend parfois pour un turc. Des personnes m’adressent la parole dans leur langue natale et repartent surprises de voir que je ne comprends rien !


Ici c'est le domaine des boutiques de fringues à la mode, des magasins vendant les dernières trouvailles high-tech, des pâtisseries alléchantes dans les vitrines, des fast-food de tout genre, des agences de voyage, des cinémas et des cd thèques crachant les récents tubes pop de la scène turque. Bref le tout Istanbul vient ici dépenser leur surplus de lires ! Le soir venu, lorsque tout le monde rentre du boulot, la place taksim et la fameuse avenue istiklal ne désemplissent pas de vagues humaines à la recherche de consommation. Les rues du quartier se remplissent à vive allure et la pluie fine qui enveloppe la ville ne semble pas briser la frénésie ambiante. Istiklal cadesie, cette longue avenue de près d'un kilomètre, propose alors un véritable melting pot que seul Istanbul peut offrir. Des collégiens et lycéens en costume, des buisness-men en costard cravate, des touristes étrangers, des hommes ''Ben Laden style'' ayant plus de cheveux sous les joues que sur la tête, des hommes en « Boss » et femmes en « Gucci » à l'allure élégante, des jeunes junkis tatoués et cheveux colorés, des étudiants euphoriques aux coupes de cheveux à la mode, des fausses blondes, des femmes en tchador avec leurs enfants, rien ne manque. Mais il faut tout de même admettre que l'on croise plus le style « 'Britney Spears - Justin Timberlake » que celui de « Ben Laden ». Le quartier est définitivement doté d'un visage très européen.
Si la Turquie est véritablement un passage de l'Ouest à l'Est, de l'Europe à l'Asie, Istanbul l'est de moins en moins. La traversée du Bosphore ne vous envoie pas en Asie. Vous mettez certes le pied sur le continent asiatique mais pas grand chose ne vous le montre réellement.
Un quartier va pourtant me plonger bien plus en Asie que les autres. En me perdant dans un dédale de ruelles quelque part à l'Ouest de la grande mosquée Suleymaniye, je découvre les quartiers de Küçükpazar et de Zeyrek. Peu de touristes s'y rendent et pourtant ils offrent un visage différent. Accrochées aux ruelles en pente raide de très vieilles battisses tombent en ruine un peu partout

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La plupart sont encore de vieilles maisons ottomanes en bois. Peu de voitures pour une fois. Les rues sont trop étroites, cabossées et le dénivelé rend la conduite difficile. Cela ne rend pas le coin plus propre et agréable. Des habitants viennent prendre du bois écroulé des façades des maisons abandonnées pour s'en servir de chauffage.

Les enfants qui rentrent de l'école semblent heureux de voir un étranger. Chacun réclame sa photo..

.................................................................................Sourires d'enfants quartier de Zeyrek.

Je suis loin du visage qu'offre Sultanahmet et Taksim. La population qui s'entasse dans des immeubles croupis semble plus pauvre et donc plus traditionnelle. Je rencontre beaucoup plus de femmes voilées. Personne ne parle anglais, personne ne souhaite me vendre quelque chose.
A Zeyrek je grimpe jusqu'à la mosquée d'où la vue sur la corne d'or et le pont Atatürk est splendide. Non loin de là des familles se recueillent en silence dans un cimetière et des enfants jouent dans les ruines d'immeubles effondrés. Peut être est-ce le résultat des tremblements de terre fréquents. Un panneau m'indique que le quartier est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO et que l'on tente tant bien que mal à préserver les superbes maisons de styles ottomans. Une oeuvre qui me semble bien difficile à la vue de toutes ces fenêtres brisées, murs tailladés et toits effondrés. Les familles s'installent dans les nouveaux immeubles qui prendront petit à petit le dessus sur le passé.


24 mars 2007 : Bursa, Turquie


En attendant de recevoir mon visa iranien et indien je décide de me diriger vers Bursa une ville au pied du massif de l'Uludag à environ 3h 30 d'istanbul.

Bursa a beau être adossée à une montagne de plus de 2 000 mètres d'altitude elle n'en fait pas une ville agréable à parcourir. D'abord il faut savoir que Bursa compte 1 million d'habitants rien que cela. Alors sa proximité avec la montagne se fait vite oublier ! C'est une ville moderne sans grand intérêt si ce n'est quelques belles mosquées.
Si je suis là, c'est bien évidemment pour l'Uludag qui culmine à 2543 m.


Mais avant de découvrir les neiges de la montagne la chance me fait atterrir dans le quartier de Çekirge. Je ne sais trop comment j'ai fait pour arriver ici car le quartier est éloigné du centre ville. Je me suis sans doute trompé de bus. En attendant je me rends dans un hôtel pour y trouver logement. Le patron me regarde surpris et me demande ce que je veux. Ne se doute t'il pas que je souhaite une chambre ? Bizarre... Une fois mes intentions comprises, son fils part devant me montrer la chambre. Je lui demande où sont les toilettes et les douches. Et la, coup de théâtre, il me dit qu'il n'y en a pas et me fait signe de le suivre. A ce moment je me demande vraiment ce que je fais ici. Je ne sais même pas où se trouve le centre-ville.
Le garçon attrape une serviette et un savon dans une armoire et me les tend en me faisant signe de descendre par une porte. L'incroyable se produisit alors. L'escalier aboutit droit dans un hammam d'où s'échappe un nuage de vapeur ! Une eau chaude thermale jaillit dans un grand bassin de pierre. Le bonheur... il n'y a pas de douche mais un hammam naturel. L'imprévu de la situation me fait sourire, et vous vous imaginez bien que j'ai de suite accepté la chambre !!!
En fait Çekirge profite des eaux chaudes fortement minéralisées qui dévalent les pentes de l'Uludag. Depuis l'antiquité elles sont réputées pour leurs vertus curatives. Aujourd'hui de nombreuses personnes viennent ici pour y faire des cures de plusieurs semaines et séjournent alors dans des hôtels comme celui où je me trouve. Mais faut il également préciser que cela n'a pas grand chose à voir avec nos complexes thermaux français véritables usines curatives...


Un vrai coup de bol que d'être arrive à Cekirge, car Bursa malgré qu’elle fut la première capitale de l'Empire ottoman n'est pas très attrayante. Il y a beaucoup d’industries aux alentours. Elle figure à la quatrième place des villes créant le plus de richesses après Istanbul, Izmir et Kocaeli. Le centre ville reste relativement sympa à découvrir avec quelques belles mosquées qui s’embrasent au crépuscule, des marchés animés et des magasins clinquants un peu partout.

Mais si je suis là, c'est surtout pour faire le constat que le ski est une activité très florissante en Turquie.
Non loin du centre un téléphérique vous propulse jusqu'à 1635 m d'altitude tout près du sommet de l'Uludag (grande montagne) qui culmine à 2543m. En cette fin mars la neige recouvre encore les sommets jusqu'au bas des pistes. La saison des sports d'hiver s'étend de décembre à début avril. Un petit quartier hôtelier relativement moderne constitue la station de l'Uludag d'où partent la plupart des remonte-pentes. Toutes les activités sont présentes : snow-board, ski bien évidemment mais aussi raquette et motoneige.

On ne fait pas les choses à moitié ici ! Les images toutes faites de la Turquie ensoleillée et chaude et notamment de ses plages de la mer Égée se heurtent brutalement à la vue de ces sapins enneigés et du froid qui y règne. Difficile de s’imaginer en Turquie. En fait je n'ai absolument pas l'impression d'y être. Pourtant les stands où l’on fait griller les kebabs aux bords de la route qui descend jusqu'à Bursa me rappellent que la Turquie possède également ce visage !
Plus de neige dans les Alpes ? Les branchés de la glisse et les branchées du bronzage hivernal sauront dorénavant où aller...


2 avril 2007 : Ankara, Turquie


En attendant les deux semaines nécessaires pour l'obtention de mon visa iranien, je me rends à Ankara la capitale du pays pour demander le visa pakistanais.

Ce n'est pas la première fois que je me rends à Ankara. Mes voyages précédents m'y avaient déjà conduit. C'est Ataturk en 1923 qui proclama Ankara comme la nouvelle capitale du pays voulant dynamiser cette région d'Anatolie centrale et surtout y installer le siège du gouvernement plus à l'abri ici qu'à Istanbul.
Ankara possédait initialement le nom d'Angora car elle était jadis fameuse pour les poils longs et soyeux de ses chèvres. Aujourd'hui les chèvres ont laissé la place à de longs et larges boulevards séparant les différents quartiers poussant sur les nombreuses collines alentours. Difficile d'imaginer la croissance phénoménale de cette ville. Dans les années 1920 ce n'était qu'une bourgade poussiéreuse de 30 000 âmes. Aujourd'hui elle compte plus de 4 millions d'habitants !!! Mais ce n'est pas la place qui manque. Rien ne semble pouvoir stopper la poussée et l'expansion de la ville. L'horizon n'est composer que de collines désertes de la steppe anatolienne.
Malgré quelques coins charmants et accueillants Ankara reste toujours dans l'ombre d’Istanbul. La ville a beau être moderne et posséder un grand pole étudiant, elle passera toujours après Istanbul dans l'esprit des gens.
Bien que le quartier de la citadelle et la vieille ville possèdent un charme insoupçonné, j'ai fait les 450 Kms depuis Istanbul uniquement pour y faire ma demande de visa.
J'en profite tout de même pour visiter l'Anit Kabir, le gigantesque mausolée d'Ataturk. Le site est monumentale. A la hauteur de ce que représente Ataturk pour les citoyens turcs. C'est le moins qu'on puisse dire. Une allée de lions, symbole hittite de pouvoir et de puissance mène à un vaste parvis encadré de colonnades au bout duquel se fige l'immense mausolée orné de marbre et de sobres mosaïques.
Mais qui est vraiment ce bonhomme nommé Ataturk véritable héros national. Dans chaque maison turque digne de ce nom ont y trouve son portrait accroché au mur. Dans chaque ville la rue principale porte son nom, une statue est érigée.

 

Partout des affiches, des porte-clefs, des briquets, des tableaux remis au goût du jour, des pin's, sont à l'effigie du père de la nation turque Mustafa Kenal Ataturk. On pourrait presque faire un parallèle à ce que représente Ho Chi Minh au Vietnam.
Pour faire court, si Ataturk est tant aimé, c’est qu'il a été le créateur de la république turque après avoir gagné la guerre d'indépendance alors que la situation était désespérée. Après l'indépendance en 1922, Ataturk reforma en profondeur la société turque et donna l'élan nécessaire à la construction d'une Turquie moderne telle qu'elle l'est aujourd'hui.
Ataturk est tellement idolâtré, glorifié que les enfants apprennent par coeur l'histoire d'Ataturk et le 10 novembre le pays entier s'immobilise pour une minute de silence en mémoire de sa mort. Une loi existe même qui punirait toute démonstration de non respect envers le père de la patrie !!! A Bursa, alors que je regardais le match de foot opposant la Grèce (l'ennemi juré) et la Turquie j'ai pu vérifié la rage et l'énervement de mes voisins turcs en voyant une banderole de supporter grecs affichant ''Kemal was gay''. Je crois que si un grec avait été dans le café il ne serait pas ressortit vivant !!! Alors juste un conseil, si en sortant d'un bar de Kusadasi ou d'ailleurs une envie pressante vous prend, regardez à deux fois avant de faire vos besoins aux pieds d'une statue ou d'une affiche car il y a de forte chance que ce soit celle de Mustafa Kemal !!!


12 avril : Kayseri, Turquie


Après plus de 2 semaines d'attente et de galère dans les consulats d'Iran, du Paskistan et d'Inde, j'ai enfin tous mes visas collés dans mon passeport. Plus rien ne pourra me retenir jusqu'en inde. Je peux enfin reprendre mon avancée vers l'est quelque peu retardée par toutes ces démarches administratives.

Apres 12 h de bus depuis Istanbul je descends à Kayseri une métropole en plein coeur de l'Anatolie pas très loin de la fameuse Cappadoce. La ville, qui compte quand même 530 000 habitants, s'étend au pied du Mont Argeus (Erciyes Dagi) un volcan aujourd'hui éteint qui culmine à 3916m. (voir Aussi loin que l'Asie – Turquie)
Si la très touristique Cappadoce n'est pas très loin, (seulement 80km), très peu de visiteurs se rendent dans cette ville. Elle a pourtant beaucoup à offrir pour le voyageur de passage, avec ses nombreux monuments datant de la période seldjoukide et ses fabuleux remparts faits de pierres volcaniques noires.

Kayseri me parait déroutante car elle possède deux visages. D'un coté elle me surprend par son dynamisme et sa modernité., On ne s'attend pas à trouver cela en plein coeur du plateau anatolien. De l'autre, la ville possède une certaine austérité et un visage assez conservateur. Un soir, alors que je rentrais à l'hôtel vers 19h, les rues étaient pleines de monde, et les passants se bousculer encore dans les échoppes et les magasins. Je m' allongeai sur mon lit avant que l'appel du ventre ne me fasse ressortir deux heures plus tard. Et là, surprise ! Les rues étaient désertes. Seuls les quelques néons des commerces voisins et le passage des éboueurs rendaient l'atmosphère un peu moins glauque. Il était 21h et la ville semblait dormir !



Le lendemain Kayseri m'offrait une vision splendide et déconcertante. Du haut de ses 3 916m, l'impressionnante forme pyramidale et enneigée du Mont Argeus chapotait magistralement les immeubles grisonnants de Kayseri. La montagne recouverte de neige semblait flotter au-dessus de la métropole tel un ange gardien, ou un démon...


14 avril 2007 : Göreme, Turquie



De Kayseri, la Cappadoce n'est qu’à 1h 30 de bus. Alors pourquoi ne pas en profiter une nouvelle fois. C'est le troisième voyage que j’entreprend en Cappadoce et l'endroit m'attire toujours autant. Ultra touristique, on ne peut pas dire que se soit le lieu le plus authentique de Turquie. Mais les paysages sont simplement magiques et valent à eux seuls le détour. Ces petites vallées creusées, siphonnées, merveilleusement sculptées par l'érosion font de la Cappadoce un endroit unique au monde.

                       

La formation des paysages de la Cappadoce, région volcanique, débuta il y a dix millions d'années.
En effet, les volcans Erciyes, Hasan et Göllüdag entrèrent en éruption du miocène supérieur, jusqu'au pliocène (deux millions d'années). Les matériaux projetés, constituent le sol actuel de la Cappadoce : lave basaltique sur les versants des volcans, poussières et cendres forment une couche de cent à cent cinquante mètres de profondeur,composée en outre de tuf, argile, grès, marne et agglomérat.
Ensuite une lente érosion a aboutit à ce que l'on peut admirer aujourd'hui.
Le ruissellement des eaux de surface, drainées ensuite par la rivière Melendiz et le fleuve Kizilirmak, ainsi que le vent, le gel le soleil ont attaqué cette couche de roche très tendre et formé de petites vallées. Certaines couches étant plus tendres que d'autres, l'eau s'est infiltrée de plus en plus profondément dans le sol, laissant une couche plus dure à la surface.
Petit à petit, des petits morceaux de roches dures se trouvent isolées par rapport au plateau, et les couches situées en dessous de ce « chapeau » naturel sont protégées et évoluent beaucoup plus lentement, du fait de cette protection. Apparaissent alors au gré des pentes les cheminées de fée. Les formes de cheminées sont assez variées, et dépendent de la nature géologique du chapeau et de sa résistance à l'érosion, ainsi que la qualité et la composition du support.

Au fil du temps, le chapeau peut s'effriter et la colonne à force d'être miné par la pluie s'affine tellement que le chapeau tombe. La cheminée de fée est condamnée et diminue rapidement de volume pour disparaître. Le paysage de la Cappadoce évolue donc sans cesse. D'autres curiosités observables en Cappadoce sont les plis sur les versants des vallées, formés par le ruissellement des eaux, entaillant la pente en formant des petites dépressions et en laissant des bosses.

Au-delà de la beauté naturelle de la région, la Cappadoce s'apprécie également par la présence de ces petits villages à l'ambiance relax et qui malgré le tourisme n'ont pas perdu de leur charme.

Je profite de Göreme, petit village méticuleusement façonné par la nature et qui a su rester intact, pour recharger mes batteries avant de me lancer encore plus vers l'Est. La Cappadoce est sans doute le dernier haut lieu du tourisme à l'occidentale que je rencontrerai. Qui sait si je trouverai plus tard tous les services que l'on trouve encore ici ?

Si beaucoup de gens ont la chance d'admirer les paysages de Cappadoce en été, moins nombreux sont ceux qui ont pu admirer ces vallées alvéolées et ces falaises percées de cavités enrobées d'une fine couche de neige !
Je fus un de ces chanceux ! La vision était irréelle. La météo avait été pitoyable toute la journée. Un froid glacial enveloppait la région, la pluie n'avait cessé de tomber et le brouillard empêchait d'apercevoir les paysages. Condamné à errer dans la pension où je dormais, je préparais tristement mon sac en rageant sur cette foutue météo. C'est là que les nuages se levèrent un après l'autre, dévoilant une Cappadoce saupoudrée d'une neige fine et fragile.

Et comme une cerise sur le gâteau, le soleil qui se couchait émit ses derniers rayons pour enflammer au loin les nombreux cônes de tuf !

Le spectacle éphémère ne dura que quelques minutes avant que le soleil ne disparaisse de l'horizon et que les nuages se réinstallèrent dans les vallées, mais j'avais à présent le sourire aux lèvres...

 

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                                                                                                 Suite de l'aventure : Turquie Est

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