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Rêves des siècles uvre de la classe de |
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Dans le cadre de la semaine de la langue française et à l'occasion de la journée internationale de la Francophonie Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale a remis les prix de l'opération "Les mots de la rencontre" organisée en partenariat avec la délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture et de la Communication. Le travail qui a été récompensé intitulé "Rêves des siècles" peut se résumer ainsi : Prénommée Elle, une jeune lycéenne en classe de 1°L se désespère… Elle doit rendre, le lendemain, un exposé sur "la littérature de langue française". Or, son introduction est à peine achevée. Pourtant ce n'est pas faute d'avoir feuilleté des livres! La fatigue la gagne et voici qu'elle s'assoupit dans la bibliothèque. Ses rêves, l'entraînent à la rencontre d'hommes de lettres, auteurs ou personnages...
Photo-montage réalisé par Lucas Tesseron
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Je m'avançais dans les
couloirs sinueux de la bibliothèque. Je pris un roman, le reposai. Je feuilletai
un livre d'images et ouvris un livre de poésies avant de les ranger.
Il devait être autour de vingt heures et le temple du livre allait bientôt fermer
ses portes bien que je n'eusse pas encore terminé l'introduction de mon exposé
sur la littérature française à rendre pour le lendemain.
Ma tête était un vrai bouillon, mes mains tremblaient à force de noter toutes
sortes de renseignements historiques et tout ce que je voyais me semblait flou
suite à cet après-midi consacré à une vaste chasse aux informations.
Je décidai de tout reprendre. De commencer par la période humaniste, la première
période fondamentale de l'histoire de notre Littérature. J'allai donc chercher
un ouvrage de Rabelais, intitulé Gargantua.
Mais la difficile langue du XVIème siècle rendait la lecture fatigante et soporifique.
Je glissai lentement dans le sommeil, mes paupières devenaient terriblement
lourdes… Ne pas dormir…Non, ne pas succomber à la fatigue…
Des éclats de rires me tirèrent de mon assoupissement. Je rouvris doucement
les yeux : une forte lumière m'éblouissait. Où étais-je ? Les murs immenses
et froids de la bibliothèque avaient laissé place à un décor chaleureux, empli
de tables et de chaises en bois, baignant dans une appétissante odeur de tripes
arrosées d'un vin goûteux de pays. Seuls deux hommes étaient présents dans ce
qui paraissait être une auberge rustique dans laquelle régnait une ambiance
jubilatoire. Je m'approchai d'eux pour leur demander de m'éclairer. L'un
des deux hommes gras, trapu, flasque, grand, immense, impressionnant, imposant,
m'offrit une mine joviale tandis que le second à la silhouette mince et au visage
assez long entouré d'une petite barbe et d'une moustache peu fournie me tendit
une coupe pleine de vin. Ils m'invitèrent à m'attabler. Ce qui se passa
par la suite fut tout à fait déroutant.
De la rencontre avec les compères Rabelais et Gargantua (Roman XVIème
siècle)
J'ouvris la bouche pour leur adresser la parole mais les mots qui en sortirent
semblaient être traduits dans la langue d'iceux.
" Bien le bonjour, messieurz, m'exclamai-je avec enthousiasme, par quelquez
hasardz, ne sauriez- vouz dont paz où suy-je ?
- Bien venue, gente dame, vouz estez dans mon auberge icy.
- Mon bon homme, pourriez-vouz me dire qui estez-vouz ?
- Bien, ma dame, ne me reconnaissez-vouz dont paz ?
- C'est bien mal parlé ains non.
- Hé bien je suy l'illustre François Rabelais, et voici mon compère Gargantua,
à quy j'ay l'honneur de faire l'esducation pour qu'il devienne un humaniste,
un homme de bonne foy.
- Vouz avez dist humaniste mon sire Rabelais ?
- Ouais ma dame, je vouz prie de vouz attabler avec nouz si l'envy vouz prend.
- Mercy, répondis-je étonnée et un peu déconcertée.
- Bien, vouz m'avez l'air estrangère à nostre France. Laissez donc nostre ami
Gargantua vouz expliquer noz mœurz et noz valeurz.
- Ma dame, demanda l'homme à forte corpulence, que savez-vouz de l'Humanisme
?
- Hé bien, j'ay lu il y a fort longtempz que icelle civilysation vise à rendre
compte des capacytéz intellectuellez et physiquez de l'Homme dans son environnement,
mens sana in corpore sano, balbutiai-je, hésitante.
- Bien, ains l'Humanisme, ma mie, est plus qu'une civilysation, c'est une soif
de conayssance qu'on apaise en buvant de forte quantité de savoir, tel du vin
rouge vient vouz remplir la panse " expliqua-t-il, une pointe de passion dans
la voix. Je ne savais plus où j'en étais. Devenais-je folle ou rêvais-je simplement
? J'observais les deux hommes tour à tour, le maître et son élève, l'écrivain
et sa création qui paraissaient vivre en parfaite harmonie, dans le désir de
toujours apprendre plus. Réalité ou hallucination, je choisis de profiter de
cette rencontre pour poser toutes les questions qui me venaient à l'esprit pour
enfin terminer ce gigantesque devoir de littérature.
" Mes sieurs Rabelais et Gargantua, je me gaudis que vous me recolliez quelquez
cantiquez de vostre pays pour que je m'efforce de mieusse vouz connaistre.
- Je m'en vais de iceux pas vouz instruez de nostre vy, reprit Rabelais, noz
enfantz ne doivent paz avoir une esducation superficiaire, ains ancrée dans
le plus profond de leur cervelle et de leur corps.
- L'Humanisme est avant d'estre une esducation, un chemin pour l'esprit qui
passe par le savoir ni le retour aux bellez notionz Antiquez que noz ancestrez
ont pu nouz laisser. L'homme est au centre du monde, il est capable de tout
connaistre et de tout descouvrir, coupa Gargantua.
- Ouais certainement, continua Rabelais, je m'efforce d'apprendre à Gargantua
lez bonnez manièrez, la pratique dez sportz equestrez, l'escrime, la lecture,
la religion, l'histoire, la géographie, lez mathématiquez, la physique, la chimy,
l'astronomy, le françois, le latin, la peinture, la musyque, la philosophy,
le grec, l'hébreux, lez sciencez de la vy et de la terre, la calligraphy, le
tyr à l'arc, la chasse, l'économy et la polityque danz le noble but d'en faire
un brillant et bon homme, qui sera un modèle sanz doute pour noz souverainz.
- Le secret de icelle réussite est un emploi du temps fort bien organisé, il
faust estre curieux et méticuleux, et savoir apprendre en se divertissant de
manière à s'instruyer tout au long de la journée.
- Ains le pluz important à noz yeux est d'apprendre de l'autre. La notion d'humanisme
repose bien en fait sur l'humain, ma mie, c'est donc verz icelui qu'il faust
se tourner.
- Adonc vouz insinuez que la connaissance repose sur le fait d'apprendre des
uns des autrez messire ? Questionnai-je.
- De iceux sens ma bonne femme, commença Gargantua en se servant une énorme
part de tripes, avec quelques œufs durs, du chou, des marrons chauds au doux
fumet, le tout accompagné d'un vin blanc à l'odeur enivrante, pour connaistre
nostre monde il est d'abord nécessaire, reprit-il avec un rire grossier, de
rencontrer ses habitants, n'en pensez-vouz paz ?
- Exactement, interrompit Rabelais la bouche encore pleine de pain à la confiture
avant que je n'eus le temps de répondre, il nouz est fondamental de rencontrer
lez hommez, du pluz richez savant au pluz démuni artisan, pour nouz nourrir
de leur divin savoir et un jour de pouvoir le transmettre à noz enfantz. La
rencontre. Voilà la base de nostre civilysation ma mie. Si vouz désirez de connaistre
tout en ce bas monde il vouz faust vouz en aller voir lez autrez."
Ces derniers mots résonnèrent dans ma tête. La rencontre… Je décidai de prendre
congé des deux compères qui m'avaient tant appris, en les remerciant chaleureusement,
j'emmenai une portion de tripes et sortis de l'auberge par une jolie petite
porte en bois sculptée, afin de partir à la recherche de l'autre.
(Iris Helderlé et Stéphanie Leclerc)
L'autre, il fallut que ce fût lui, Joachim Du Bellay. Sortant de cette auberge, je n'avais nulle part où aller et sous le charme de sa poésie, je suis tombée follement amoureuse. Je ne me lassais pas de l'entendre déclamer ses douces rimes. Pourtant, ce matin-là, il était parti, et le seul souvenir qu'il me restait de lui, c'était ce poème posé sur la table. (Margot Canonge - Margaux Rodi)
Heureux qui, comme moi... (Sonnet de la Pléiade XVIème siècle)
Heureux qui, comme moi, à sa moitié succombai
Belle italienne mystérieuse aux yeux noirs
Si beaux que je me suis damné dans son regard
De son visage maintes fois je m'approchai!
Quand sentirais-je, hélas! De ma bien aimée,
Les douces caresses enivrées de certains soirs,
Goûterais-je ses fougueux baisers pleins d'espoir,
Qui témoignaient sans faux-semblant d'un amour vrai?
Ô, ma si tendre amie, j'avais tant espéré
Qu'avec votre tact je ne fus jamais blessé
De découvrir que l'amour ne fut qu'éphémère.
Comment aurions-nous pu mêler nos deux vies si,
Vos chers amants hantaient vos pensées jour et nuit
Mon cœur saigne, pourquoi agir telle une meurtrière?
(Elodie Gazal - Eve Legrand - Syliane Okende Djemba)
J'étais donc repartie sur les routes, le cœur blessé, mais un poème à la main pour me consoler. Je voulais maintenant rencontrer un ami que je ne décevrais jamais. J'errais dans la campagne bordelaise, quand j'aperçus au loin les tours d'un château, celui de Michel Eyquem. Je gravis les escaliers jusqu'au troisième étage et poussai la porte d'une autre bibliothèque, celle de Montaigne. Absorbé dans ses pensées, il ne remarqua pas tout de suite ma présence, puis il me regarda avec étonnement avant de m'expliquer l'amitié… (Margot Canonge - Margaux Rodi)
Pensée sur l'amitié (Page d'Essais de Montaigne)
[…] Au demeurant ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, n'est qu'une
présentation plus valorisante de simples gens côtoyés avec qui nous nous nouons
par quelque occasion ou profit, par le moyen duquel nos âmes s'entretiennent.
" Philia " est un mot possible pour fixer les essences de la définition de l'amitié
mais pour sa signification générale, il faudrait lui donner un ton universel.
Or il est nécessaire de demander au monde entier d'exprimer sa passion, mais
notre passion n'est jamais que la nôtre.
Alors, je ne discourrai que de l'amitié qui me liait à une ancienne amie. La
découverte de l'ami est la découverte de soi et la révélation de notre identité.
L'amitié c'est l'amour de l'autre.
Et si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer
qu'en répondant "Parce que c'était elle, parce que c'était moi."
Notre amitié était soulignée d'un respect réciproque et d'un sentiment d'égalité.
Elle allait dans les deux sens, je donnais pour recevoir et recevais pour donner.
Pour connaître autrui, il faut le comprendre, se mettre à sa place ; c'est ce
qui se passait dans notre relation, nous étions si liés que la fusion de nos
âmes nous dévoilait l'un à l'autre jusqu'au fin fond de nos entrailles. Nous
nous connaissions de l'intérieur, nous nous ressemblions. Nous avions notre
propre mode de pensée, mais malheureusement il est bien rare d'accepter le reproche
d'un ami. Elle fut blessée, à la fois par le sentiment d'être incomprise et
celui de perdre mon estime. Elle pensait être soutenue par son plus grand ami,
car il est doux de penser que l'on est entouré d'amis sincères, mais à cette
époque, je n'avais pas encore toute la sagesse de Ménandre, je n'avais pas de
tact et je la perdis. Je voulais être à la hauteur de son amitié mais
sa considération s'envola avec elle. Je ne la revis plus, la fatalité nous sépara.
Mais aujourd'hui, en vérité, je me rends compte qu'elle n'était peut-être qu'une
ombre, une illusion...
Une illusion qui me leurrait… et je cherche encore dans les livres pour ne pas
devoir m'avouer mon essentielle solitude. (Fanny Cenraud)
Je ne parvenais pas à oublier cette rencontre intense, quand je fus attirée par l'éclat d'une querelle, la Fontaine, une plume à la main, s'époumonait devant Fontenelle sous les regards interdits de représentants de l'Académie. Après m'avoir saluée, il reprit: "Comprends-tu la fougue absurde des Modernes ? Ils s'engagent dans de nouveaux sentiers, sans la préoccupation d'une nouvelle impasse. On s'égare pourtant en voulant tenir d'autres chemins, s'inspirer des sorciers, c'est se prémunir contre les erreurs de la préciosité de l'enflure ou du burlesque. Il faut pratiquer l'art de la simple nature. Ecoutez plutôt cette fable que je suis en train de composer. Il me manque encore quelques rimes … si le corps est encore imparfait, vous serez séduit par l'âme:..." (Lucas Tesseron - Thibault Tijeras)
La Biche et le Loup (Fable La Fontaine XVIIème siècle)
Une biche qui gambadait follement,
S'arrêta dans une clairière
Pour manger quelque herbe fraîche.
La jeunette s'apprêtait à déguster une brindille,
Quand elle vit surgir devant ses yeux,
Un loup, affamé.
La biche, toute craintive, lui demanda :
"Monseigneur, quel heureux hasard
Vous a conduit jusqu'à moi ?"
Le loup lui expliqua que, selon la coutume,
Il cherchait quelque animal à croquer.
La biche comprit alors qu'un moyen il lui fallait trouver,
pour que loup acceptât la nouveauté,
et ne voulût plus la dévorer.
Elle pensa inventer une petite comédie ;
Le loup ne pouvait qu'en être dupé.
Le jeune animal lui confia, en secret,
Avoir entendu dire qu'une maladie circulait
Qui, de manger tout animal contre-indiquait,
Sans quoi la mort serait à prévoir.
"C'est pourquoi, si, Votre Majesté,
Venait à manger quelque tendre gibier
L'événement serait à prévoir.
"Par ces belles paroles, notre biche, du loup crut se jouer.
Mais, l'animal, à la mode antique, bien avisé,
Sentit qu'on se moquait de lui et gronda :
"Serais-tu en train de te railler de moi?"
La biche s' affola : " Comment ? Moi ?
Comment oserais-je rire de vous,
Vous l'empereur de ces lieux ?
Vous douteriez de ma bonne foi ?
Vous m'en voyez toute navrée !
"Souriant de ces reproches, de leur naïveté,
Le loup, d'un air sage et décidé,
Feignant de n'avoir rien remarqué,
Engagea la controverse, en quête de vérité :
Il voulut connaître de cette épidémie les symptômes,
La source, les racines, le rhizome.
Mais la mondaine, troublée,
De cette rumeur ne sut parler.
" - Tu le prétends terrible ce mal
Qui frappe quiconque mange d'un animal ;
Mais rien pour me le faire apprécier !
- Pourtant Majesté, on ne cesse de le vanter,
Dans tous les lieux bien fréquentés !
" La jeune écervelée fut contrainte d'avouer
Que la rumeur n'était peut-être pas si fondée.
La candide, par le loup fin lettré,
Venait, sans peine, d'être démasquée.
Fort de la tradition, le loup venait de la croquer.
L'ancienneté l'avait emporté sur la nouveauté.
Quand les plus Modernes tentent d'apprivoiser
L'esprit des plus Anciens lettrés,
Que d'une nouvelle rhétorique ils veulent user,
Jamais à leurs fins ils ne savent arriver.
(Amandine Bouzigues - Mélanie Redon)
Quittant le
théâtre des animaux, j'entrepris de me rendre chez les hommes. Mais décidément,
je fus encore attirée par les tréteaux, la scène…
Deux comédiens m'invitèrent à partager leur compagnie et leurs répétitions.
Ma jeunesse semblait les troubler. Flattée, j'acceptai. Ils semblaient liés
d'un amour fraternel et j'appris qu'en effet, ils étaient frères de lait. Mais
rencontre troublante, où étais-je ? théâtre de la vie ou théâtre de l'illusion
? (Margot Canonge - Margaux Rodi)
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[…] RACINUS :
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Comprenez mon frère, que j'aime cette dame… |
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NARCISSE :
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le coupant brusquement. |
| Méfiez vous elle deviendra vos larmes. | |
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RACINUS :
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Mais mon cher frère vous ne comprenez donc pas! |
| Ah! Voyons comment pouvez vous insinuer cela? Elle envahit mes journées et hante mes nuits Quand je vois son doux visage c'est comme si Mon âme se troublait et brûlait à la fois. Son absence me plonge dans un tel désarroi, Que j'ai décidé de lui livrer les secrets De mon cœur, de les lui avouer avec respect. Ah! que sa jeune âme et sa beauté sont sublimes, Pour elle, je commettrais un véritable crime. Elle est si différente des autres dames Ces vertus font incontestablement son charme. Je désirerais qu'elle accepte l'hyménée, Et que notre amour perdure dans l'éternité |
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NARCISSE :
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Mon ami, croyez vous cet amour partagé? |
| Il vous faut dévoiler à votre bien aimée Ce qui ces derniers temps obscurcit vos pensées Ou, si vous préférez, je peux vous y aider J'irai voir cette dame pour tout lui révéler! |
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RACINUS :
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Mon cher, je ne sais comment vous remercier. |
| Ma foi, il me faut maintenant me retirer. | |
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Elle entre côté jardin. Narcisse, qui l' a aperçue,
la rejoint sur scène discrètement. Quelques instants plus tard Racinus
revient et surprend la conversation. Il reste caché derrière un paravent.
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NARCISSE :
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Depuis tout ce temps quel plaisir de vous revoir |
| En ces lieux qui semblent tellement dérisoires. Elle sourit gênée. Madame! Il faut que je vous parle d'une chose J'en brûle d'impatience et qu'en ce jour j'ose. |
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ELLE :
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Allez-y monsieur, c'est avec curiosité |
| Qu'aujourd'hui je suis prête à vous écouter. | |
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NARCISSE:
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Vous envahissez mes jours et hantez mes nuits |
| Quand je vois votre visage c'est comme si, Mon âme se troublait et brûlait à la fois. Votre absence me plonge dans un tel désarroi Que je décide de vous livrer les secrets De mon cœur et de vous avouer avec respect Que votre âme et votre beauté sont sublimes. Pour vous, je commettrais un véritable crime. Vous êtes différente des autres dames, Vos vertus font bien évidemment votre charme. Je désirais que vous acceptiez l'hyménée. Et que notre amour perdure dans l'éternité. |
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ELLE :
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Monsieur, vous me troublez, je ne sais que dire |
| De ce beau discours qui me tient un tel plaisir. Je suis à vous, allons de ce pas nous unir. Je suis comblée et c'est pour moi un grand honneur, Que vous m'ayez choisie pour faire votre bonheur. |
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| Elle et Narcisse, partent ensemble. | |
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RACINUS:
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à part Après ce coup là, à quoi dois-je m'attendre?* |
| * Le dernier vers est emprunté à Britannicus. | |
Il ne me fallut pas longtemps pour me rendre compte de la supercherie, la littérature n'était donc qu'un monde de passion, de déceptions et d'illusions. Cette rencontre tragique m'avait profondément bouleversée. Il fallait me ressourcer, me reposer sans doute … Qui donc pourrait m'éclairer ? (Margot Canonge - Margaux Rodi)
Pourtant avide d'aventure et de découverte, je me résignai à faire une halte et à m'asseoir sous un arbre, dans l'idée de faire une sieste. Une fois installée entre les deux racines les plus exhaussées, je laissai voguer mon regard aux alentours. Mais au bout de quelques minutes, j'aperçus deux petits yeux ronds, perdus entre des feuillages, qui me regardaient. De nature curieuse, je ne pus m'empêcher de m'approcher pour voir de quoi il s'agissait et lorsque j' arrivai à hauteur du buisson je fus comme absorbée …
Elle en Eldorado (conte philosophique XVIIIème siècle)
Senex était vêtu d'une chemise brodée de fil bleu, soigneusement introduite
dans un pantalon recouvert de plumes de colibri ; ses cheveux étaient couronnés
d'une étrange coiffe en soie blanche sur laquelle était insérée une énorme émeraude.
Ses grands yeux bleus et son large sourire rassurèrent Elle, qui se décida à
lui parler:
"Quel étrange personnage ! Êtes-vous un écrivain célèbre que je ne connaitrais
pas?
"Le vieillard, toujours souriant, se présenta:
"- Je m'appelle Senex et je suis un des gardiens du pays où tout est beau et
où tout va bien."
- Un gardien? C'est une plaisanterie? Que me voulez-vous? s'étonna-t-elle.
- La plaisanterie expliquée cesse d'être plaisante, a dit un jour mon maître.
Je ne te veux rien, je retourne dans le pays d'Eldorado, adieu jeune enfant"
lui rétorqua-t-il. Elle chercha à le retenir: "Le pays d'Eldorado? Il existe
vraiment? Oh emmenez-moi avec vous cher gentilhomme, je voudrais tellement voir
ce pays utopique du conte de Voltaire!"
Elle s'arrêta un moment, l'air pensive. Puis elle demanda sans même respirer
une seule fois "Vous connaissez donc Voltaire? Vous avez dit que votre maître
avait un jour déclaré que ''la plaisanterie expliquée cesse d'être plaisante''
mais il s'agit d'une citation de Voltaire. Vous connaissez donc Voltaire ? Pourrais-je
l'y rencontrer ?"
"Tu es bien curieuse ma petite" répondit Senex tout en rebroussant chemin. Mais,
après quelques secondes, il se retourna et ajouta : "Aussi tu me sembles bien
instruite et intelligente pour ton âge, malgré ton drôle d'accoutrement, tu
plairais beaucoup à mon maître ; les beaux esprits sont faits pour se rencontrer!
Suis-moi.
"Elle, ne croyant ce qu'elle venait d'entendre, se contenta d'un "Merci, merci
beaucoup, vous ne le regretterez pas, je serai digne de votre bonté!"
Le vieillard sortit de sa poche de la poudre scintillante "nous allons dans
un autre monde." Il en jeta sur Elle puis sur lui. Elle sentit comme un vend
chaud la soulever, ses cheveux bouclés volèrent dans tous les sens, son pantalon
beige en toile fine et son chemisier blanc, qui n'étaient pas appropriés pour
une femme du siècle des Lumières et qui lui donnaient un air masculin, s'agitèrent
et claquèrent dans le vent. Ses petits yeux verts en amande étaient fermés ainsi
que ses poings, tant son émotion était forte. Puis le vent se calma progressivement
et elle put bientôt reconnaître un agréable chant d'oiseau.
"Voilà jeune enfant, nous y sommes, tu rencontreras ici bonheur et harmonie
ainsi que plusieurs des personnages créés par M. Voltaire, qui vivent ici",
l'informa Senex.
- Je n'y crois pas, c'est merveilleux! Mais vous ne venez pas avec moi à la
rencontre de Voltaire? Je ne sais pas où il se trouve", demanda-t-elle, tout
en admirant ce qui l'entourait, émerveillée.
"Non ma petite. Vous pourrez le rencontrer à l'Estrade du Génie de la Moquerie,
il s'y représente tous les jours. Lorsqu'il aura fini son discours, présentez-vous
et dites que c'est moi qui vous ai emmené dans l'Eldorado, il acceptera sûrement
de vous parler. Adieu!"
Elle resta immobile quelques minutes pour contempler cet endroit des plus merveilleux.
Elle se trouvait au centre d'un village de l'Eldorado en fête. Les pavés étaient
incrustés de paillettes d'or et de pierres précieuses. Des banderoles de toutes
les couleurs reliaient les merveilleuses habitations entre elles. Les gens,
habillés de tissus brillants et somptueux paraissaient tous heureux.
Après avoir repris ses esprits, Elle s'avança dans la large allée festive, à
la rencontre de Voltaire. Elle se décida à aborder un jeune homme:
"Excusez-moi de vous déranger, pouvez-vous m'indiquer l'Estrade du Génie de
la Moquerie s'il vous plait?" Le jeune homme, qui discutait avec une femme assez
âgée, se retourna vers elle. On aurait dit un visage d'ange dans un écrin
de soie bleue, brodée de fil d'or. "Bonjour chère enfant, tu n'es pas d'ici
toi?" l'interrogea l'homme avec un air attendri. Elle, qui l'avait reconnu,
balbutia:
"Mais vous êtes Candide! N'êtes-vous pas Candide? J'ai lu votre histoire, vous
êtes quelqu'un que j'admire beaucoup, vous avez traversé tant d'épreuves! Je
dois rêver, c'est incroyable!"
"Voltaire m'a-t-il si bien décrit que vous puissiez me reconnaître sans même
m'avoir jamais vu? Enchanté, Elle." Il lui déposa un baiser délicat sur la main
"Tu cherches donc l'Estrade ? Je vais t'y emmener, suis-moi. " Elle, qui avait
rougit, le remercia et lui emboita le pas tout en lui racontant sa rencontre
avec Senex.
A la fin de son récit, elle se mit à lui poser des questions sur l'Eldorado,
la vie qu'on y menait et sur Voltaire.
A quelques pas de là, ils aperçurent l'Estrade. C'était une immense scène en
or entourée de quatre colonnes serties de pierres précieuses, sur laquelle se
tenait debout un homme: il avait d'incroyables cheveux longs et bouclés, les
traits du visage fins et le plus merveilleux de tous les habits, qui lui donnait
une élégante allure. Elle ne mit que très peu de temps à le reconnaitre : il
s'agissait de Voltaire, le maître de l'Eldorado. Ses yeux se remplirent alors
d'une joie immense, elle l'avait toujours imaginé ainsi! Elle attendit quelques
instants que Voltaire ait fini son discours, abondamment applaudi, et l'aborda
timidement lorsqu'il descendit de ses prestigieux escaliers:
"Bonjour Monsieur Voltaire, je me nomme Elle. J'espère ne pas vous déranger,
mais je vous admire beaucoup et je souhaitais vraiment vous rencontrer, alors
Monsieur Senex, ainsi que Candide m'ont aidée à réaliser mon rêve: échanger
quelques propos avec vous..."
"Oh vous me flattez ma chère enfant! Et bien, puisque cela paraît si important
pour vous, allons bavarder un peu. Je me dirigeais justement vers Le Merveilleux,
un café hautement sympathique, vous verrez ". Ils s'installèrent à une très
belle terrasse de bois, sur laquelle étaient disposées d'adorables chaises et
tables en nacre rose. L'enseigne du café attirait beaucoup l'attention car les
inscriptions, tout en rondeur, étaient en or massif et toute la vitrine scintillait
de paillettes.
"D'où venez-vous? Je ne reconnais point des vêtements de mon époque.", commença
Voltaire.
- Je viens du XXIème siècle. Il est vrai que dans mon pays nous ne sommes pas
habillés comme vous tous ici. Euh, mais bien sûr, cela n'est d'aucune manière
une critique, vous êtes tous merveilleusement vêtus ", se rattrapa-t-elle.
Voltaire s'esclaffa: "Oh! ne vous inquiétez guère, il n'y a pas de gêne. Et
puis vous savez, vous êtes ici dans l'Eldorado, le pays sans défauts, où tout
est parfait, tout comme ces habitants, je sais donc que le reste du monde ne
peut être aussi achevé."
- Oh oui c'est vrai que votre pays est merveilleux, toutes ces paillettes, ces
pierres précieuses et cet or ! C'est incroyable ! Dans mon pays, il est vrai
que tout n'est pas aussi beau ; le ciel est parfois gris et les gens n'y sont
pas aussi bien habillés ni tous aimables et courtois comme ici."
Voltaire, qui aime débattre sur les sociétés, lui répondit par un long discours:
" Et oui, vos habitants sont pleins de vices. Ils ne manquent de rien mais passent
leur temps à pester. A votre époque tout se juge sur l'apparence, qui est comme
le rhizoma, l'essence même, le fondement de vos relations. Il s'agit
d'une injustice sociale, vous rendez-vous compte? Apparence qui d'ailleurs,
ne signifie rien car vous êtes tous habillés différemment. Sur quoi pouvez-vous
donc juger? Vous êtes un exemple parfait de la diversité! On trouve des hommes
costumés en femmes ou à l'inverse, des femmes en hommes, c'est à y perdre la
tête! Et puis, il y a aussi les personnes tout de noir vêtues, avec des chaînes
et de nombreux accessoires sataniques, qui croient être au-dessus de la mort!
Ou encore les jeunes filles de quinze ans à peine qui sont ficelées dans des
carrés de tissus qui ne cachent rien, les femmes négligées, les quinquagénaires
à la "mode", les chiens coquets... Comme les richesses de ce monde sont périssables,
il n'y a rien de plus solide que la vertu et le bonheur et c'est ce que vous
trouverez dans l'Eldorado ma petite. De plus, sans vos habits, continueriez-vous
d'exister? C'est à se le demander! Vos femmes sont plus coquettes que jamais
mais femme sage est plus belle que femme belle! Et vous semblez avoir oublié
cela. Vos habillements vous servent de personnalité et de critère de jugement.
Vous êtes une société pleine de vices." termina Voltaire en avalant un grande
gorgée d'eau.
Elle, gênée de la réalité de ces propos resta silencieuse un moment puis lui
répondit d'une petite voix: "Vous avez là bien résumé ma société... Cependant,
dans l'Eldorado où tous est parfait et sans malheur, comment savez-vous lorsque
vous êtes heureux si vous ne connaissez pas ce qu'est le malheur? J'envie l'Eldorado
et je souhaiterais que les personnes du XXI° siècle pratiquent d'avantage vos
vertus, mais l'Eldorado reste un monde utopique..."
- Certes mon enfant, mais il est plus simple de s'accoutumer d'un monde sans
malheur que d'un monde dégradé! Restez ici et vous comprendrez!" En disant cela,
Voltaire ouvrit largement ses bras, comme pour inciter Elle à regarder ce monde
parfait. "Vous êtes vraiment un grand homme, Monsieur Voltaire, et ce pays que
vous avez créé est sans défauts... Mais j'aurais du mal à me passer de ma famille
et de mes amis". Voltaire partit d'un grand éclat de rire et lui demanda :
" Ne seraient-ce point d'avantage toutes ces technologies plus incroyables les
unes que les autres, qui vous manqueraient? " Elle esquissa un timide sourire.
"Oh oui mon portable, mon ordinateur, ma télévision me manqueraient aussi! Tout
me manquerait! Je vous remercie de cette proposition, mais je ne peux vraiment
pas rester vivre ici."Voltaire répondit d'un ton moqueur:
"Très bien jeune fille! Je peux comprendre que ce monde perverti et que ces
gens sans esprit puissent vous manquer! Pour rentrer chez vous, retournez près
de l'Estrade et asseyez-vous sur le long fauteuil rouge que vous verrez, Senex
vous y attendra. Prenez soin de vous et de votre savoir ! " Voltaire lui accorda
une très élégante révérence qui toucha beaucoup la demoiselle.
" Adieu Monsieur Voltaire, je suis honoré d'avoir fait votre connaissance et
je me le rappellerai toute ma vie!" Senex ne tarda pas à arriver:
"Alors vous partez, Voltaire vient de me prévenir. Je comprends. Ce monde plein
de grandeurs n'est pas le vôtre ; rien ne vaut vos amis, votre famille. Adieu!"
Avant même qu' Elle ne lui eût répondu, Senex avait jeté la poudre pailletée.
(Allison Hubner- Christelle Pontu)
En quittant
ce monde utopique, il me sembla qu' à force de rencontrer des hommes aussi illustres,
je devenais plus sûre de moi ; peut-être la maturité se gagnait-elle en même
temps que la connaissance ?
J'éprouvai le besoin de gagner un lieu moins brillant et moins artificiel ;
je me retrouvai dans les ruelles sombres de Paris ! C'était véritablement un
autre univers, sombre et beau à la fois, je poussai la porte d'un cabaret…
(Margot Canonge - Margaux Rodi)
Baudelaire, attablé, me griffonna ce poème …
Ô pénible Paris … (poésie versifiée, Baudelaire XIXème siècle)
Ô pénible Paris, martelé tout le jour,
Petit peuple qui s'entasse sur les faubourgs.
Brûlés comme les volcans, quand femmes vous sourient,
Donnez l'étrange faveur, de flétrir dans l'oubli.
Cabaret embarquant, fuite des jours heureux,
Dans le bleu de l'absinthe, ton étrange regard
D'azur et d'étoiles, puis courbé vers les cieux,
Moi, l'ivre pitre de l'usure des trottoirs
J'aimais ton visage, crème, glaise des cœurs.
Tard je te rencontrai, toi le petit pantin
Aux petites tables, jusqu'aux sombres lueurs,
Alors je t'endormis dans un rêve sans fin.Ô fiévreuse aurore et ton âme caverne,
Laissant mon corps engourdi au bord de la Seine,
Gelant la promesse des douceurs de ton sein
Les épaules brisées de connaître catin.(Lucas Tesseron - Thibault Tijeras)
Et non content de son talent, il me proposa une autre version de notre rencontre, en prose cette fois…
Ô toi Paris… (poésie en prose Baudelaire XIXème siècle)
Ô toi Paris, martelé par le pas pressé des gens sur tes pavés,
Mes pensés s'envolaient et toi, tu t'endormais.
J'entends encore les sons cristallins de toutes ces poupées de satin, et ces lumières qui éclairaient l'entré du cabaret.
Le désespoir en moi, j'entrai dans cet antre de la luxure et des catins.
Toutes ces filles de la nuit qui ne font que ressentir l'envie des autres, sans jamais connaître l'amour d'un hôte. Elles ne font que jouer de leurs mains, face à des yeux plein d'admiration et d'entrain.
Face à ces Parisiens habitant les faubourgs.
Et moi, devant un verre trembleur, j'observais les créatures de joie. Celles qui s'amusent de leur vertu et qui se dévoilent de plus en plus nues.
Les hommes observaient leur gestes, leur cœur. Et chacun susurrait quelques mots pour leur faveur. Dans ce paradis artificiel, je ne voyais que de divines diablesses et cherchait éperdument un ange déchu parmi l'enfer. J'aimais à adorer ses aventures sans futur ni passé. Et continuais à éclairer mes nuits d'ébène par la beauté de ces reines. Je la vis, soudain, avec son regard mêlé. Je contemplai alors mon amour d'un soir, son visage angélique et son odeur amère me rapprochèrent peu à peu d'un ciel d'éclairs. Elle avait les yeux bleus tels les cieux et la peau blanche, l'opale de tous mes vœux. Ces cheveux couleur de vin, ondulaient, tout comme son corps, sous mes yeux ébahis de tendresse et d'envie.
Je me souviens avoir passé sur son sein, délicatement, ma main et sombrer, enfin, dans des ténèbres auxquels je ne voulais pas de fin. Plus je sombrais dans mon chaos, plus je me rapprochais du lendemain. Elle m'avait touché, et au petit matin, quand seule la rosée s'éveillait, je la dévisageai, ô beauté qui persistais dans mes pensés. Était-ce le rêve ou l'intimité que je voulais perpétuer?
Je ne le sus jamais, elle m'avait quitté à peine éveillé, ne me réclamant qu'une éternelle pensée. Est- ce pour cela qu'aujourd'hui, j'écris la prose de notre nuit ?(Morgane Motreff)
Fatiguée de cette nuit enivrante, je décidai de partir au plus vite pour respirer l'air frais. Après m'être engagée dans une longue ruelle, sombre et malfamée, je me retrouvai à l'entrée d'un jardin public qui me semblait paisible et rassurant. Pourtant mon regard fut attiré par une passerelle métallique qui semblait m'inviter à une nouvelle rencontre, je reconnus au loin Apollinaire … (Margot Canonge - Margaux Rodi)

Calligramme Apollinaire - début XXème siècle (Christelle Bondia - Constance
Fernandes - Inès Prudent)
(Théâtre de l'absurde Beckett XXème siècle)
Une fois arrivée de l'autre côté de la passerelle, Elle se trouve devant
un édifice banal avec deux grandes portes faisant office d'entrée qui accentuent
sa curiosité et la poussent à entrer à l'intérieur. Sa surprise est immense
quand elle réalise qu'elle se trouve dans un théâtre.
Elle avance à travers la salle afin de pouvoir mieux contempler la scène. Celle-ci
est surélevée, suffisamment pour être bien vue de tous les spectateurs. Le décor
est assez neutre : une vingtaine de chaises éparpillées sur l'estrade occupent
la totalité de l'espace. Chacune d'entre elles est éclairée par un faible rayon
lumineux tandis que le reste de la scène baigne dans la pénombre complète. La
plus éclairée de toutes est au centre, où un homme seul est assis.
BECKETT, criant : Viens-là !
ELLE, s'approchant lentement : Je m'assois. Qui es-tu ?
BECKETT, se levant, un grand sourire se dessinant sur son visage, parlant
à un rythme très saccadé : Je me présente. Samuel Beckett. Metteur en scène.
Né à Dublin en Irlande. En 1906. La plupart de mes pièces mettent en scène l'absurdité.
De la condition humaine.
ELLE, enchantée de la présentation, débitant son texte à toute vitesse :
Que puis-je faire pour t'aider, je viens d'arriver ici, où sommes-nous?
BECKETT, changeant de siège: Tu es dans mon théâtre ici. Le théâtre de
l'Avenir. J'aurais besoin que tu m'aides. Pour la mise en scène d'une nouvelle
pièce. En attendant Godot. Je n'ai trouvé que le titre à vrai dire… Je n'ai
aucune idée pour l'histoire!
ELLE, un temps d'arrêt. Elle réfléchit et prend doucement la parole : En attendant
Godot… le thème : une rencontre inattendue.
BECKETT, intéressé, se lève et fait le tour de toutes les chaises de la scène
pour finalement s'asseoir à l'autre bout: Développe!
ELLE, en pleine réflexion, parle au gré des idées qui lui viennent: Deux
hommes, arbre, une rencontre espérée, quelques pierres sur le sol, un éclairage
jaunâtre, des comédiens maquillés en clown. Un clown triste, un clown joyeux.
BECKETT, se redresse, se met debout sur sa chaise et saute de chaise en chaise
tout en s'écriant: Intéressant. Epoustouflant. Original. Les deux hommes
maquillés en clown? Attendant Godot…qui est donc l'objet de la rencontre!
ELLE, coupant la parole: Une rencontre absurde puisque inexistante, une
rencontre absurde parce que porteuse de désespoir. Une rencontre avec le temps
qui passe? Une rencontre avec… la mort?
BECKETT, descendant de la chaise, contourne toutes les chaises, se prend
les pieds dans une, les replace au millimètre près puis les rempile, hormis
celle sur laquelle est assise Elle et la chaise voisine. Les deux personnages
sont faces aux spectateurs absents, immobiles: Bien, en regardant ses
chaises, Bien. Il n'y aura pas d'action. Juste une attente. On pourrait
presque parler de passion. Il ne faut pas que cette scène nous divertisse trop.
Il ne faut pas que cette scène nous détourne de l'ultime problème. Celui de
l'incompréhensible présence de la condition humaine. Jetée dans le temps.
ELLE : Rien ne subsistera de l'illusion théâtrale, ni des conventions dramatiques
habituelles. A la recherche de l'original.
BECKETT, reprenant, la tête dans ses mains, en intense réflexion: La
rencontre étant impossible. Seuls le temps, l'espace, la matière, l'homme au
milieu de tout ça, subsisteront. Un spectacle de deux heures trente. Des palabres
sous un arbre nu. Une attente. Croissante. D'une rencontre qui n'arrivera jamais.
Les acteurs présents sur scène, les spectateurs présents dans la salle. Seul
Godot reste absent. Il faut que ce soit la mise en spectacle de notre présence
dans le temps et notre attente de rien, de tout.
LES DEUX, en chœur: Le langage est employé pour ne rien dire. La communication
est parallèle mais absurde. Les morts sont vides, les paroles sont fausses.
Rien ne vient et rien ne peut venir. Le spectateur est avec les acteurs, placé
dans le flux du temps pur, dans la nudité d'être.
BECKETT, seul, se tournant vers Elle: En attendant… laissez-moi me concentrer
sur mon travail.
La rencontre terminée, elle sort de scène, le rideau s'abaisse.
(Iris Helderlé)
Je rouvrais doucement les yeux…dans un tourbillon d'images et de lumière, revoyant tour à tour Gargantua, Rabelais, Montaigne, Du Bellay, La Fontaine, Racine, Narcisse, Voltaire, Candide, Baudelaire, Apollinaire et Beckett et me remémorant toutes les précieuses informations que chacun m'avait apportées, je me réveillais lentement. Comme Candide j'avais voyagé, voyagé au cœur de mes pensées, de mon propre savoir. Rabelais avait finalement raison…partir à la rencontre de l'autre pour mieux se connaître soi-même. Je me levai et pris un stylo plume. Je n'avais plus qu'à tout rédiger, mon exposé serait terminé pour le petit matin et donc dans les temps. Mon périple aussi. (Iris Helderlé)