Les mesures qui sont entrées en vigueur et celles qui attendent leur décret d'application

              Nombre d'articles encadrant la relation patient-médecin restent à

              prendre.

 

              126 articles, 41 pages du Journal officiel, la loi du 4 mars 2002 renferme de

              multiples dispositions nécessitant plus de 60 décrets d'application. Seule une

              partie a été publiée.

 

              SOLIDARITÉ ENVERS LES PERSONNES HANDICAPÉES (Titre I)

 

              Contrairement à la jurisprudence Perruche de la Cour de cassation, la loi ne

              permet pas à une personne née handicapée après une erreur de diagnostic

              prénatal de bénéficier d'une indemnité au titre du préjudice matériel.

              Cette disposition, validée par le Conseil d'Etat le

              6 décembre 2002, s'applique même aux instances

              en cours. La compensation du handicap relève

              uniquement de la "solidarité nationale". Installé

              en novembre 2002 Le Conseil national consultatif

              des personnes handicapées doit désormais

              "évaluer la situation matérielle, financière et

              morale" des personnes handicapées afin que le

              Parlement lance une "programmation

              pluriannuelle" permettant une meilleure prise en

              charge de ces personnes.

 

              DÉMOCRATIE SANITAIRE (Titre II)

 

              Concernant les droits de la personne, le décret

              suspendant les peines pour "les condamnés dont il est

              établi qu'ils sont atteints d'une pathologie engageant

              le pronostic vital ou que leur état de santé est

              durablement incompatible avec le maintien en

              détention" a été signé le 26 avril 2002. Maurice Papon

              en a été l'un des premiers bénéficiaires.

 

              – Mesure phare des droits des usagers, l'accès direct au

              dossier médical a fait l'objet d'un décret le 29 avril 2002

              et la liste des tribunaux spécialisés en matière sanitaire a

              été publiée le même mois.

 

              – D'autres décrets, en revanche, sont encore à venir.

              Ainsi, les associations d'usagers de la santé attendent

              toujours que l'Etat définisse les conditions de leur

              agrément. Les règles de confidentialité des données

              médicales échangées entre professionnels de santé

              restent à préciser. Les commissions des relations avec

              les usagers, qui doivent exister dans chaque

              établissement, n'ont pas encore été mises en place. Les

              nouvelles dispositions dites "anti-cadeaux" conduisant à

              plus de transparence dans les rapports des médecins et

              pharmaciens avec les entreprises, ne sont pas

              appliquées. Enfin, le décret organisant le fonctionnement

              des commissions départementales qui auront à se

              prononcer sur les hospitalisations psychiatriques sans

              consentement du malade est lui aussi en attente.

 

              QUALITÉ DU SYSTÈME DE SANTÉ (Titre III)

 

              Cette partie de la loi recouvre des champs très variés.

 

              – Dans le domaine de la réorganisation de la politique de

              prévention, l'Institut national de prévention et d'éducation

              pour la santé (Inpes), dirigé par Philippe Lamoureux,

              ancien directeur adjoint du cabinet de Bernard

              Kouchner, a succédé, avec un statut d'établissement

              public d'Etat, au Comité français d'éducation pour la

              santé. En outre a été créé le Comité technique national

              de prévention, chargé d'assurer la coordination des

              actions et leur financement. Par ailleurs, la création d'un

              diplôme de gynécologie médicale, rétablissant près de

              vingt ans après sa disparition cette discipline, est entrée

              dans les faits par un décret du 30 janvier. Le ministre de

              la santé a confirmé mardi 25 février qu'il "ouvrirait des postes d'internes en

              gynécologie médicale dès le prochain concours".

 

              – Des dispositions importantes de ce titre restent cependant en suspens. Ainsi, pour

              l'indemnisation des accidents médicaux, le seuil de gravité ouvrant droit à la procédure

              ainsi que le barème ne sont pas encore fixés. Les conditions d'autorisation des installations

              de chirurgie esthétique – domaine que la loi souhaite encadrer plus rigoureusement – ne

              sont pas non plus définies. La formation médicale continue, dont la loi réaffirme le

              caractère obligatoire, attend toujours son décret d'application. Idem pour l'organisation du

              futur conseil de l'ordre des professions paramédicales (infirmières,

              masseurs-kinésithérapeutes, orthophonistes...).

 

              RÉPARATION DES CONSÉQUENCES DES RISQUES SANITAIRES (Titre IV)

 

              – Plusieurs décrets ont été pris dans la foulée de l'adoption de la loi entre avril et mai 2002.

              Ainsi, la Commission nationale des accidents médicaux a été constituée et la composition

              des commissions régionales de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux a

              été définie. Ces dernières constituent le guichet unique pour les victimes d'un accident

              médical. Parallèlement, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des

              affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), dirigé par Dominique Martin,

              ancien conseiller de M. Kouchner, et présidé par l'ancien sénateur Claude Huriet, a été

              mis sur pied et a reçu son financement.

 

              – En revanche, deux décrets sont en attente sur le sujet sensible de l'assurance en

              responsabilité civile des professionnels de santé, que la loi a rendue obligatoire. A la suite

              du retrait du marché de deux grands assureurs du secteur, les américains ACE et

              Saint-Paul, et de la hausse spectaculaire du montant des primes, le gouvernement a

              aménagé le dispositif législatif en décembre 2002. Désormais l'Oniam doit prendre en

              charge une partie des indemnités liées aux infections nosocomiales graves et la durée de

              garantie de responsabilité civile médicale a été ramenée de trente à cinq ans. D'autres

              pans du dispositif sont à fixer, dont la constitution et les règles de fonctionnement du

              Bureau central de tarification, organisme de recours pour les médecins s'étant vu opposer

              deux refus à leur demande d'assurance.

 

              Paul Benkimoun et Sandrine Blanchard

 

              • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU Monde du 05.03.03