HOPITAL PUBLIC: IMPLOSION OU EXPLOSION?
Les pouvoirs publics, en multipliant les aternoiements et omissions volontaires semblent s'attendre au pire dans les hopitaux, tout en feignant d'en ignorer les causes et les modalités d'expression. En énumérer ces causes reviendrait à aborder le catalogue des discussions hospitalières de ces dernières années, avec en prime les espoirs déçus et les promesses non tenues, le Ministère de la Santé perdant de sa crédibilité face à celui des Finances sans cesse invoqué.
S'y mêlent ainsi: l'exagération de plus en plus insupportable des disparités de salaires et de conditions de travail entre secteur public et libéral, dont les gardes et astreintes en sont le témoignage le plus flagrant, les déceptions secondaires aux modalités d'application de la loi hospitalière ( la rapidité de publication des décrets, et surtout certaines de leurs conditions, sont vécues plus négativement que positivement), la même suspicion entoure les engagements pris soit avec les infirmières (accords dits Durieux et leurs erreurs de prévisions budgétaires), soit avec les Médecins (protocole d'accord).
Parallélement les hospitaliers perçoivent et vivent mal les luttes de pouvoir libérées par la réorganisation sanitaire annoncée, avec des effets généraux allant dans le sens de leurs demandes, mais des applications pratiques déviées aboutissant à des décisions technico-politiques imposées.
N'ayant pas encore eu le temps d'observer le fonctionnement des nouvelles modalités d'organisation proposées, notamment des C.R.O.S.S, ils en voient déjà les applications négatives que leur en réserve l'administration, non pas pour eux bruxelloise mais régionale.
Sociologiquement, l'analyse de ce comportement avec celui du monde rural mériterait peut-être quelque étude ou réflexion.
Celà va ainsi de l'aide soignante "redéployèe" autoritairement au retour tutellaire d'un budget dit approuvé, alors que la loi lui avait été vantée comme devant lui offrir un peu de démocratie avec les conseils de Service, au corps médical invité à se projeter dans l'avenir par des projets de Service et d'Etablissement, grands consommateurs d'énergies, mais surtout d'espérances, sombrant sur ces barrières autoritaristes, non plus celles dont l'institution a eu tant de mal à se débarrasser de l'intérieur, mais d'autres qu'elle voit surgir, plus redoutables car moins cernables, à l'extérieur. Celà passe aussi par le président de la CM.E flatté de ses nouvelles responsabilités mais dépourvu de moyens concrets pour exercer avec efficacité sa fonction d'animation, au Directeur dont le contrôle budgétaire reste toujours autant imprégné d'"a-priori", lui qui attendait l'"a-posteriori" annonçé.
Les conséquences, c'est à dire les perversions, de l'application du budget global continuent de se faire sentir et le "déblocage" financier qu'aurait voulu introduire le principe des marges régionales de manoueuvre (les départementales vont disparaître), se transforme en un pouvoir discrétionnaire, chaque année plus puissant, des autorités de tutelle offrant souvent, soit une curieuse prime de récompense aux plus mauvais gestionnaires, soit une marque d'estime courtisane aux plus influents hommes politiques régionaux.
On nage, et on s'enfonce ainsi, dans les eaux troubles du plus accompli système économique d'essence bureaucratique, dont on connaît les inepties et les risques de faillite par l'expérience des empires récemment écroulés.
Paradoxalement c'est donc au moment où la loi hospitalière se voulait donner par les mots plus de consensualité interne et donc de dynamisme que l'hopital subit un sérieux coup de déprime. Les symptômes dominants se manifestent par des démissions, alarmantes dans certaines spécialités, des démotivations, des désintérêts pour les responsabilités collectives, l'intérêt par contre pour des activités individuelles, tel l'exercice libéral hospitalier, en regain de faveur chez les plus jeunes.
La longue histoire des hôpitaux a toujours été celle de luttes de pouvoirs non pas seulement en dedans qu'en dehors. Ces évolutions ont souvent suivi celles de la société, passant de la commune au département, puis maintenant à la région, avant peut-être de revenir à la nation pour les Etablissements les plus importants, ou les plus en pointe.
Ceux qui croient en l'hospitalisation publique pour maintenir un tissu de santé juste et égalitaire ne veulent pas se résoudre à voir celle ci se réduire aux extrêmes de l'hébergement social pour les uns, et de la recherche universitaire pour les autres, avec entre les deux un vide comblé par les lois du capitalisme des châines de clinique dont l'agressivité et les appuis risquent de casser l'outil hospitalier, forgé et apprécié au fil des siècles.
Les hôpitaux généraux se sentent particulièrement exposés et vulnérables dans cette situation, face à cette menace de redistribution régionale du marché de la santé hopsitalière. La disparition de l'échelon administratif départemental avive cette crainte de centralisme régional exacerbé, avançant sous les apparences d'un consensus d'allure girondine au profit des centres hospitaliers régionaux.
Il est urgent de faire comprendre aux responsables politiques que les perversions de leur loi mettant en cause le devenir hospitalier ne se trouvent pas là où ils s'attendaient traditionnellement les trouver, c'est à dire dans les institutions intrahospitalières, mais ailleurs dans les limites mal vécues et mal perçues des pouvoirs redistribués, dans un système administrativement trop rigide et économiquement inadapté.
Qu'ils se rassurent quand même, il n'y aura pas d'explosion sociale: pour qu'un objet explose, il lui faut de l'énergie interne.
L'implosion, elle, provient du vide. Celui-ci est entrain de se créer.
Il est toutefois des implosions parfois politiquement plus dévastatrices que des explosions.
Docteur François DOUCHAIN
Vice-Président de l'I.N.P.H.,
chargé des Hopitaux Généraux.