Informatisation et gestion médicale : Quel avenir ?
L'informatisation médicale hospitalière est un fait acquis sur lequel il sera difficile de revenir. Elle fut réalisée grâce à l'activisme de quelques uns, puis d'un attentisme de moins en moins passif des autres.
Des sommes considérables y ont été investies et leur importance semble commencer à intéresser la Cour des Comptes...
On nous promet, toujours pour bientôt, des applications économiques, c'est-à-dire budgétaires concrètes. La masse des diagnostics standardisés recueillie, peut, pour des statisticiens, même exigeants, constituer ce qu'ils appellent un échantillon significatif. On pourrait ainsi sortir du carcan du budget global et moduler les ressources de chaque établissement en fonction de l'activité jugée à partir des P.M.S.I..
Le corps médical hospitalier a fait preuve d'un intérêt généreux pour le recueil diagnostique, grâce souvent, à l'amicale persuasion des responsables des Départements d'Information Médicale.
Un texte nous est annoncé sur la transmission des informations médicalisées. L'avant-projet nous a été transmis, il doit être prochainement soumis au Conseil Supérieur des Hôpitaux. Certains de ses principes nous paraissent inacceptables. Il s'agit notamment de la liberté sous forme de responsabilité laissée in fine au Directeur pour cette transmission, sans que la C.M.E. ne puisse avoir , au sens strict du texte, droit de regard sur le résultat final du texte.
Si dans la majorité des hôpitaux règne heureusement la confiance entre le corps médical et celui de direction, il faut toujours penser aux exceptions...
Pour cette raison nous espérons que ce texte ne sera pas retenu dans son état actuel, et espérons que le Conseil Supérieur des Hôpitaux l'amendera (... enfin que les avis de ce Conseil seront retenus, ce qui n'irait pas sans une grave crise de confiance dans cet organisme, après "l'affaire" du décret sur les contractuels, refusé mais publié quand même, à la veille des dernières élections législatives).
Pour l'instant, nous ne disposons pas de critères fiables d'évaluation dont on annonce qu'elle débouchera sur la gestion. Il manque aussi et surtout, une formation des uns et des autres pour intérpréter et valider les données enfournées.
Les diagnostics simples peuvent cacher des situations complexes quant aux degrés de soins (surtout aux extrêmes de la vie) ainsi qu'en regard des possibilités de sortie plus ou moins précoce : état de dépendance du sujet, capacité familiale à prendre en charge le relais thérapeutique hospitalier...
L'informatisation des dossiers médicaux n'est ainsi qu'un outil débouchant sur l'évaluation et la gestion.
L'évaluation va être le passage obligé pour chaque structure, unité, service ou établissement avec un cadre maintenant réglementaire, à rythmicité annuelle, travail supplémentaire à puiser sur le bénévolat et le volontariat des acteurs médicaux hospitaliers.
Les travaux préparatoires à l'élaboration des budgets annuels prochains montrent que l'application de la loi passe par là, si l'on veut sortir de la logique du budget global imposé par un taux directeur fixe et adapté par des marges de manoeuvre départementales ou régionales de plus en plus larges et puissantes au fil des ans, le devenant d'autant plus que les taux directeurs reconduits individuellement auront été bas, transformant les dixièmes, voire les centièmes de percentiles des masses budgétaires en de puissants enjeux de pouvoirs tutellaires. Créer, innover, ou tout simplement vouloir pérenniser l'existant par les demandes de renouvellement d'autorisation, le plus souvent quinquennales, se conjuguera aussi avec évaluer. Il sera intéressant dans les mois à venir d'observer la place prise par les Commissions régionales de l'évaluation médicale (C.R.E.M.) à côté des C.R.O.S.S. Espérons toutefois que ces systèmes ne tombent pas dans les excès observés outre Atlantique et leurs conséquences paralysantes.
Nous nous efforcerons dans cette revue d'apporter le maximum d'informations pratiques afin d'aider chacun dans cette démarche.
Un nouveau champ hospitalier s'ouvre. Les médecins, comme ils ont su relever le défi de l'informatisation, entendent participer activement à celui de l'évaluation et du management, notamment budgétaire.
Dr François DOUCHAIN.