SYNDICAT NATIONAL DES MEDECINS, CHIRURGIENS ET SPECIALISTES A TEMPS PLEIN DES HOPITAUX PUBLICS
(adhérent à l'U.P.H.P., membre de l'I.N.P.H.)
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      Date :  Mercredi 10, Mars 2004  12:58
      Objet :  Signature Ministre - INPH du 10 Mars 2004 / Mise au point UPHP

    
      Cher collègue,

      L'INPH a décidé de se rallier au projet de réforme de la gouvernance hospitalière, au motif que la présidente va recevoir une lettre de la DHOS répondant sur les points de désaccord exprimés dans la lettre ouverte du 11 janvier dernier. Des tractations ont été menées depuis plusieurs jours par les responsables de cet intersyndicat, tout ceci dans le plus grand secret.

Il est possible de comprendre que les circonstances pouvaient être jugées favorables compte tenu du contexte électoral, pour que l'INPH essaye de tirer le  maximum de concessions possibles du Ministère, mais la méthode utilisée pour imposer une décision qui était manifestement prise depuis des jours est franchement cynique et glace le sang.

Alors que ces tractations étaient largement entamées, le secret absolu a été maintenu, bien que l'INPH réunissait jeudi 4 mars son conseil d'administration.

Il n'y a eu aucune information à ce sujet durant la réunion.

A la fin du CA, Rachel Bocher a pris à part Bruno Devergie (Secrétaire Général INPH, Psdt SNPHG) pour l'informer que des tractations étaient en cours et qu'une lettre de la DHOS serait sur le point d'être envoyée à la présidente qui permettra à l'INPH de recevoir des assurances sur des points critiques et de refaire partie des "Comités de suivi".


- Interloqué sur le moment, Bruno Devergie comprend, après réflexion, que le projet de lettre de la DHOS ne change rien sur le fond de la réforme, et qu'il s'agit d'une manoeuvre décidée depuis plusieurs jours.

- Par ailleurs, aucun de nos partenaires de l'intersyndicale n'est informé de ces "avancées" alors que la moindre des corrections, à quelques jours d'un mouvement de grève, aurait été de leur proposer de les associer à ces négociations (CHG en particulier).

- Pour qu'un mouvement d'opposition au sein de l'INPH n'ait pas le temps de se former, Jean Garric, délégué général de l'INPH, convoque mardi matin 9 mars une conférence téléphonique pour le soir même, envoyant un email "protégé" accompagné du   projet de lettre, ne permettant  ni l'impression, ni le transfert à d'autres personnes que les destinataires initiaux.

- Vus les délais et la briéveté programmée de cette conférence téléphonique, le CA, n'ayant pas vraiment eu le temps de réfléchir au fond des propositions, entérine le choix de se rallier au texte sur la gouvernance moyennant les apaisements apportés par la lettre de la DHOS.




      La précipitation avec laquelle cette décision a été finalement adoptée, la dissimulation lors du CA de jeudi des informations cruciales concernant les négociations en cours, le fait que d'autres informations importantes aient été également cachées (le prochain rendez-vous de Rachel Bocher avec JF Mattéi le 19 mars), tout ceci laisse à penser qu'il n'y pas a eu réelle concertation  entre partenaires égaux mais instrumentalisation de l'institution syndicale par un petit nombre.

Quant au texte que Jean Garric a envoyé aux syndicats composant l'INPH, il est plein d'illusions qui ne tarderont pas à se dissiper :

      1. Valorisation de l'unité fonctionnelle redéfinie comme structure de base organisatrice des soins au plus près des patients.

      Le texte du Ministère ne semble pas aller au-delà du "pourquoi pas les UF plutôt que les services, du moment que la structure principale est le pôle ?"

      2. Organisation des établissements selon une logique médicale avant tout,  associant dans sa définition locale tous les professionnels

      Concrètement, quel sens à cette phrase si c'est le directeur qui "in fine" prend toutes les décisions stratégiques? Quelles garanties avons-nous que celles-ci suivent une logique médicale ? Rien dans les textes actuels.

      3. Respect de l'indépendance professionnelle conforme au code de déontologie

      Ce point est important, mais jusqu'à preuve du contraire, le code de déontologie s'impose actuellement à tous les professionnels médicaux hospitaliers. Si l'indépendance professionnelle des praticiens est menacée - et il semble nettement que ce soit le cas - par les mesures concernant la "nouvelle gouvernance", ce n'est pas le code de déontologie qui existe déjà qui va y changer quelque chose.


      4. Nécessité d'une habilitation à la fonction de responsables de pôles (compétence, transparence, indépendance)

      C'est certainement une bonne chose que pour être responsable de pôle, il soit  nécessaire de disposer d'une habilitation. Mais quelle sera la forme de celle-ci ? Et plus grave, cela n'empêchera en rien que leur nomination et aussi par conséquent, leur révocation, soient purement locales, ce qui limitera considérablement leur indépendance professionnelle (voir le point ci-dessus).


      5. Introduction d'une répartition équilibrée entre les différents statuts et disciplines pour la composition des commissions internes de l'hôpital (CME, conseil exécutif)

      Qui a envisagé que la CME ou le conseil exécutif puissent être constitués d'une partie marginale des praticiens exerçant dans un établissement de soins ? On est heureux d'apprendre qu'il n'en sera rien. Mais comme pour le fameux arrêté sur la permanence des soins, ces promesses ne coûtent pas grand-chose tant qu'on n'a pas lu les projets de décret sur la composition réelle de ces instances. Aucune sécurité ne peut être garantie avant la diffusion de ces textes. N'oublions pas que les organisations de directeurs font pression pour que ces instances soient de toute façon le plus possible vidées de leur sens.


      6. Valorisation du rôle des conseils de pôle, et introduction de la nécessité d'élection pour leur composition

      Concrètement, la démocratie pourra peut-être exister au sein des conseils de pôle, en espérant que l'exemple des conseils de service servira de leçon. Mais quelle sera la marge de manoeuvre des conseils de pôle dans la mesure où c'est  le directeur qui imposera à son responsable les objectifs à atteindre ?


      7. Importance du contrat liant d'une part le responsable de pôle et le pôle  lui-même, et d'autre part le directeur et le président de la CME, garantissant une indépendance réciproque et définissant entre autres les critères de démission de responsable de pôle

      Encore de belles paroles dont la traduction concrète semble difficile à concevoir. L'exemple des contrats d'objectifs et de moyens fait craindre le pire: un contrat à sens unique où les obligations ne sont que d'un seul côté. Et si  les objectifs ne sont pas remplis, ce sera LE critère de démission du responsable du pôle.


      8. Garantie que la nomination des PH dans le corps des PH demeurera du ressort du ministre, et, du maintien des commissions nationales statutaires même en cas de création d'un centre national de gestion

      On est content d'apprendre que la nomination des PH demeurera du ressort du Ministre. C'est une avancée importante qui était pourtant acquise depuis des mois (le Ministre a fait la même chose avec les directeurs d'hôpitaux, en tout cas les chefs d'établissement). Encore plus content de savoir que les Commissions nationales statutaires seront maintenues. Mais quel sera leur rôle réel ? Nous n'avons absolument aucune garantie que leur avis aura une quelconque   importance. Lors du dernier tour de nomination, il est apparu à plusieurs reprises que le Ministre suivait déjà préférentiellement l'avis du CA (et donc du directeur) plutôt que celui de la CSN. Si c'est pour être comme les CME vidées de leur substance, quel sens a leur maintien ? Pour cela, il faudrait qu'un texte affirme leur rôle central dans la carrière des praticiens hospitaliers.


      9. Evolution du statut de PH vers un socle central et commun " fonction des soins " et contractualisation pour les autres tâches (entre valences universitaires de recherche et/ou d'enseignement).

      Cette avancée est importante et réclamée depuis de nombreuses années. Mais elle est subordonnée notamment en ce qui concerne l'enseignement et la recherche à des négociations avec le Ministère de l'Education nationale, et donc avec les facultés, ce qui rend cet objectif bien hypothétique...


      C'est pourquoi il n'est pas possible d'accepter ni la forme, ni le fond de cette décision arrachée par des méthodes douteuses, alors que du côté de la base, la mobilisation est toujours très forte. Le succès de la pétition contre la réforme de la gouvernance hospitalière a montré que les praticiens hospitaliers sont très attachés à leur indépendance professionnelle et rejettent majoritairement  une réforme qui les exclut des instances décisionnelles. Les apaisements obtenus sont notoirement insuffisants car vagues et peu précis. De plus, il est  inacceptable de mettre nos partenaires dans cette lutte devant le fait accompli, d'autant que la gouvernance n'est qu'un des aspects du plan Hôpital 2007 dont   l'objectif majeur est bien la privatisation des activités les plus lucratives des établissements hospitaliers au détriment du service public et du libre accès aux soins.

      François Douchain, Bruno Devergie, Philippe Talon, Nicole Pasty, Jacques Trévidic.
    

Pour consulter le dossier "Gouvernance" du site www.praticien-hospitalier.com