Pôles
de responsabilité : les pièges à éviter
La mise en place des
pôles de responsabilité tels qu'ils sont définis dans l'ordonnance sur la
gouvernance hospitalière va certainement accaparer l'attention des
établissements de santé dès la rentrée prochaine. Quels pièges faut-il éviter
et quelle stratégie peut-on proposer ?
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Le regroupement de
plusieurs services pour constituer un pôle ne peut se faire que si, et
seulement si, les personnels, notamment les praticiens hospitaliers, sont
capables de travailler ensemble. Dans cette situation, le facteur humain est
essentiel et domine tous les autres. Il est inutile et dangereux pour les
patients de vouloir regrouper dans une structure commune des professionnels qui
ne s'entendent pas.
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La réforme de la
tarification des établissements de santé a créé différentes catégories de
disciplines pour lesquels les modalités de financement sont devenues
hétérogènes : T2A pour certaines (MCO sauf urgences), dotations spécifiques
(urgences), MIGAC (voir liste dans le décret correspondant), dotation globale
(psychiatrie, gériatrie), aucun financement spécifique (disciplines
médico-techniques : biologie, radiologie en particulier, mais aussi hygiène) ou
encore, un mode de financement indirect (facturation des médicaments et dispositifs
médicaux coûteux, contribuant à la nécessité du financement des pharmacies
hospitalières, ou du fonctionnement du DIM qui centralise les informations
destinées à la tarification des séjours). Tout ceci peut contribuer à une
certaine confusion, spécialement en période de tension budgétaire. Le plus sage
est d'éviter de regrouper des structures dont les modes de financement
seraient trop différents, afin d'éviter tout malentendu entre différents
services au sein d'un même pôle dont les financements ne sont pas comparables,
sinon Paul va accuser Pierre de lui coûter cher et inversement.
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Depuis le début des
réformes, il est évident que le système d'information des établissements de
santé est notoirement insuffisant. Les outils à disposition des professionnels
relèvent souvent de l'âge de pierre et l'impact sur la production de soins est
notable. Cette observation est revenue constamment dans toutes les réunions
mais la plupart du temps, elle est restée au stade de l’incantation sans
modification sur le terrain. Il ne faut pas que cette carence dans les systèmes
d'information serve de prétexte pour modifier le schéma organisationnel des
établissements. La tentation est en effet grande au motif de créer des pôles
"d'organes" de démanteler des départements déjà constitués comme
l'anesthésie. L'organisation ne remplace pas le circuit d'information. A
cet égard, on peut s'interroger sur la pertinence générale de cette réforme car
il serait sans doute plus efficace de privilégier l'unité fonctionnelle ET
d'investir dans des systèmes informatiques performants de gestion des données
médicales.
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Ne pas
accepter d'être intégré dans un pôle "logistique" qui serait dirigé
par un directeur ou un cadre.
Cette tentation existe pour les établissements de moindre taille, où les
services médico-techniques sont souvent isolés. L'abandon de certains secteurs
d'activité à des cadres de direction ne peut qu'aboutir à une généralisation de
cette tendance à terme pour toutes les activités médicales. A ce titre, il
semble clair d'après de récentes déclarations que les directeurs feront tout
leur possible pour qu'à terme, les praticiens ne soient pas les seuls autorisés
à être nommés responsables de pôles.
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Une fois le périmètre
du pôle défini par les acteurs concernés, mettre en place en priorité le
Conseil de pôle, qui devra proposer un responsable de pôle et surtout donner un
avis sur le contrat que celui-ci devra signer avec le directeur et le président
de CME. Ce contrat est la clef de voûte de tout l'édifice. Rappelons que
figureront dans ce contrat des éléments quantitatifs, qualitatifs et financiers
particulièrement importants dans le contexte budgétaire actuel. Une fois ces
contrats signés, les conséquences peuvent être redoutables d'autant plus que
chacun est toujours persuadé de travailler plus que son voisin. Ces contrats
vont induire un fonctionnement de type "kolkhozien" des pôles, avec
des sanctions collectives pour les personnels médicaux et non-médicaux qui ne
pourront atteindre les objectifs fixés : c'est toujours de la faute des autres
! D'où l'extrême importance de bien choisir les responsables de pôle, qui
doivent allier les qualités humaines à celles de gestionnaire, afin de ne pas
se laisser embarquer dans n'importe quoi. Afin d'éviter les pièges, il est
conseillé de soumettre les contrats aux syndicats de praticien, voire aux
ordres professionnels si nécessaire.
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Les responsables de
pôle seront assistés d'un cadre administratif et d'un cadre de santé. Là
aussi, le Conseil de pôle doit avoir son mot à dire. Le risque majeur
est que ces cadres aient le pouvoir réel et que le praticien responsable ne
soit qu'une potiche destinée à donner un vernis médical aux décisions de la
direction. En particulier, il est important de définir qui aura la délégation
de signature du responsable de pôle en cas d'absence. Cette délégation doit
être donnée à un autre praticien et non aux cadres non médicaux. Par ailleurs,
si le responsable de pôle doit exercer effectivement les activités mentionnées
dans son contrat, le temps consacré ne doit pas être symbolique.
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Dans l'absolu, un
président de CME peut être aussi responsable de pôle, voire chef de service.
Dans ce cas se pose la cohérence de son positionnement, notamment en matière de
contractualisation. Le praticien concerné signera-t-il le contrat une fois en
temps de président de CME et une autre fois en temps que responsable de pôle,
tout en conservant sa chefferie de service ? Attention aux dérives
mandarinales !
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Ne pas oublier que rien
n'interdit à un service de devenir un pôle. Cette réforme a été conçue dans
le cadre de grandes structures de type assistance publique ou CHU. Dans les
centres hospitaliers de taille moyenne ou de petite taille, la notion de
regroupement de services en pôle n'est pas forcément pertinente. Dans le cas où
un service devient un pôle, ne pas oublier que le problème crucial reste de
toute façon le contrat de pôle.
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Surtout ne pas
écouter ceux qui vont vous dire : "Ne vous inquiétez pas, les textes ne
sont que des textes et on s'arrangera entre nous, vous verrez". Cela fait
bientôt 3 ans que le gouvernement nous tient ce langage, tout en ne déviant pas
d'un millimètre de l'objectif qu'il s'est fixé. Il ne faut en aucun cas
tenir compte des propos lénifiants qui ne cherchent qu'à masquer l'intention de
prendre le pouvoir.
Jacques Trévidic & François Douchain