INPH
Journée de mobilisation du 16 décembre 2003 :
LETTRE OUVERTE aux ADHERENTS (08/12/03)
Le 16 décembre 2003, lINPH sassocie, au même titre que toutes les autres organisations professionnelles représentatives des praticiens hospitaliers, aux grandes organisations représentatives de la fonction publique de santé pour marquer son inquiétude et son opposition non seulement contre le fond, mais aussi contre la méthode, du Plan Hôpital 2007 dans son projet actuel dapplication, et plus particulièrement au niveau de son volet intitulé « nouvelle gouvernance ».
Pour mémoire, lINPH rappelle que toute action syndicale ne peut sarrêter à la recherche de satisfaction de revendications catégorielles ou corporatistes, mais bien au contraire quelle doit aller aussi vers la recherche permanente de lamélioration et de la sauvegarde de loutil de travail. Pour les praticiens hospitaliers, cet outil de travail est représenté par lhôpital public avec ses missions de santé publique, de prestations de soins courants et de haute technicité, denseignement, de recherche clinique, de solidarité. Toute réforme de lhôpital public doit avoir pour objectif prioritaire lamélioration de la qualité des services rendus à la population : la « qualité du soin » et le « patient » doivent donc en rester les maîtres mots au même titre que la recherche de lefficience économique. Le non respect de cet axiome conduit inexorablement, à terme, à lintroduction dune inégalité sur lensemble du territoire et à direction désignés par le directeur, dont les pouvoirs sont accrus, et des représentants de la communauté médicale de létablissement, désignés eux aussi par le Président de la CME de létablissement et non pas élus par les praticiens de lémergence dune médecine à « deux vitesses ». Cette amélioration de la qualité ne peut que passer vers une responsabilisation des acteurs, notamment des patriciens hospitaliers qui doivent pouvoir appréhender les fondements même de la démarche institutionnelle, garante de cet axiome, en étant impliqué en première ligne dans les processus décisionnels : les praticiens hospitaliers, nécessairement producteurs de soins, sont déjà des experts de soins au quotidien et ne peuvent être de simples prestataires.
Or que propose le volet « nouvelle gouvernance » du Plan Hôpital 2007 : une organisation hospitalière hiérarchisée du haut vers le bas dans laquelle le praticien hospitalier ne participe pas et na plus aucun pouvoir. En effet :
- lorganisation est décidée au niveau du nouveau comité exécutif médico-administratif, comportant des membres de la létablissement. La partie médicale de ce comité nest donc en rien représentative des praticiens. Cest le retour à un mandarinat forcené, ce comité étant plus une association de « copains » quautre chose.
- alors que jusquà maintenant, lunité de base de cette organisation était lunité fonctionnelle dont la responsabilité était confiée à un médecin, la nouvelle unité de base est maintenant un « pôle dactivité » avec une contractualisation interne entre le chef de pôle dont la désignation est assurée par ce comité exécutif médico-administratif, avec néanmoins un avis des praticiens du pôle établi sur un avant-projet. De plus, aucun dimensionnement précis de ces pôles nest envisagé.
En dautres termes, le directeur avec le comité exécutif arrête lorganisation en pôles dactivité, confiant à chaque pôle une liste dobjectifs à respecter et en nommant à sa tête un praticien quasiment de son choix, charge à ce dernier de faire respecter ces objectifs auprès des autres praticiens du pôle qui nont donc plus rien à dire, si ce nest quà obéir, puisque lon parle aussi de nommer les praticiens dans un établissement non pas en fonction dun profil et sur une fiche de postes, mais en signant un contrat. Ce dernier point, envisagé lors des entretiens entre la DHOS est un de ceux annonciateurs de la fragilisation du statut de PH. En effet, ce projet de texte ne peut quaboutir à dobligatoires modifications de ce statut éléments dinquiétude supplémentaire.
- la CME, instance actuellement représentative des praticiens de létablissement, voit également son rôle réduit, (entre autres, disparition de son rôle dans la nomination des praticiens) et sa nouvelle composition est renvoyée à un décret dont le contenu est encore inconnu.
Par ailleurs, ce projet offre quelques paradoxes
- le directeur voit son pouvoir accru, mais il est révocable à tout moment sur demande du président du conseil dadministration. Il existera ainsi un grand risque à voir se succéder rapidement des directeurs à la tête dun établissement, ce qui entraînera ipso facto un important facteur dinstabilité pour cet établissement.
- le président du conseil dadministration reste de droit le maire;
- Ainsi, en définitive, le pouvoir qui sest accru, cest celui du politique
Alors, collégialité, démocratie participative, transparence nexisteront plus au sein des hôpitaux. Pourtant, il suffisait de faire évoluer la loi hospitalière de 1991, qui a été et est encore une véritable innovation, à condition dêtre appliquée.
Enfin, les groupements de coopération sanitaire (GCS) ont pour vocation de favoriser les coopérations entre le public et le privé. La question nest donc plus à essayer de faire collaborer des établissements publics entre eux, mais bien à favoriser lentrée du système libéral économique dans la gestion hospitalière publique. Déjà, de multiples applications concrètes de coopération entre clinique et hôpital voient le jour mais en fait à lavantage des cliniques; la plupart du temps, la clinique récupère ce qui est rentable pour elle (ce qui est totalement compréhensible) comme par exemple les activités réglées chirurgicales, et lhôpital récupère ce qui est le plus dur à assurer en terme de pénibilité et dorganisation, soit les urgences et les maternités. On insiste ainsi à une libéralisation « underground » des hôpitaux, les pouvoirs publics ne fournissant à terme que des plateaux techniques où les médecins qui y travailleront auront un statut uniquement libéral, à charge pour ces derniers dassurer la permanence et la continuité des soins : cest la généralisation des « cliniques ouvertes ». Avec ce raisonnement, on comprend bien que les praticiens hospitaliers, salariés de létat, ne servent plus à rien et doivent disparaître. Mais avec ce système, cest uniquement lobjectif comptable qui prévaudra, et le maillage sanitaire, avec ses missions primaires de service public, ne pourra plus être maintenu en létat.
Par ailleurs, les praticiens hospitaliers se sont trouvés exclus de la conception de ce projet qui na été discuté quavec la Fédération Hospitalière de France, représentant essentiellement les présidents de conseil dadministration dhôpitaux, et certaines conférences comme celles des directeurs de CHU. Certes, les praticiens hospitaliers ont été informés au cours dentretiens, qualifiés de groupe de travail, essentiellement avec la DHOS et où le cabinet du ministre nétait même pas représenté. Mais il ny a eu aucune concertation, encore moins des négociations ; ceci prouve bien quelle place congrue il reste aux praticiens hospitaliers dans le nouveau dispositif et, dans quelle estime ils sont tenus. De ce fait, remarques, commentaires, propositions nont pu être prises en compte De quoi radicaliser les positions, et rejoindre un front uni de refus avec les organisations représentatives de la fonction publique hospitalière.
Pourtant, lINPH reste convaincu quune évolution est absolument nécessaire. Mais elle ne peut se faire quavec ladhésion de lensemble des acteurs concernés, et certainement pas dans la précipitation et de manière forcée. LINPH demande donc à loccasion de cette journée de mobilisation du 16 décembre que ce texte soit suspendu, que de réelles négociations souvrent tant sur une nouvelle organisation de lhôpital que sur le statut de praticiens hospitaliers. Il en va de lavenir de lHôpital Public et de la plus élémentaire démocratie sanitaire pour lensemble de la population française.
Dr Rachel BOCHER Présidente Dr Jean GARRIC
Délégué Général