RAPPORT DU GROUPE DE TRAVAIL SUR LES URGENCES
(présenté à la Commission Nationale du suivi par Mr NICOLLE, Janvier 2002)
INTRODUCTION
Les conclusions qui vont être présentées dans ce document résultent des travaux des groupes de réflexion sur les urgences qui ont été constitués en mars 2001 dans le cadre de l'application des protocoles des 13 et 14 mars 2000.
La composition de ces groupes associait les organisations syndicales signataires des deux protocoles, représentant les personnels hospitaliers non médicaux et les personnels hospitaliers médicaux, des représentants du ministère de l'Emploi et de la Solidarité ainsi que des représentants d'autres institutions (fédérations d'établissements publics ou participant au service public, Ordre des Médecins, Caisse Nationale d'Assurance Maladie des Travailleurs Salariés, Conférences des doyens, directeurs d'agence, directeurs d'établissements, présidents de Commission Médicale d'Etablissement). Les organisations représentatives des Médecins Libéraux ont également été conviées aux travaux du groupe dont la mission était de réfléchir à la complémentarité dans la prise en charge des " urgences " entre la médecine libérale et la médecine hospitalière.
L'origine même de ces groupes et leur composition centraient donc les travaux sur la mission des établissements hospitaliers dans la prise en charge des " urgences ", même s'il est malaisé d'isoler cette problématique de l'environnement général, c'est-à-dire de l'ensemble de l'offre de soins. Toutefois la réflexion nécessaire sur l'articulation entre la permanence des soins assurée par la médecine libérale et en particulier la garde médicale libérale d'une part et la mission d'accueil et de prise en charge des " urgences " par les hôpitaux d'autre part, ne donnait aucune légitimité aux groupes de travail pour faire quelque recommandation que ce soit sur l'organisation de la médecine de ville hors du champ de la complémentarité rappelé ci-dessus.
Il est important de rappeler cette origine des travaux et leur fondement contractuel pour ne pas encourir une critique d'hospitalo-centrisme, alors que le souci méthodologique central a été de ne pas amener des hospitaliers à interférer dans l'organisation de l'offre de soins extrahospitalière à la place de ses représentants légitimes dès lors que l'action et l'organisation des deux secteurs ne s'interpénétraient pas.
La difficulté méthodologique est en réalité fondée sur l'extrême ambiguïté de la notion d'urgence. Le fait que dans diverses instances officielles de réflexion, l'accent ait été mis sur les appellations rend bien compte de la difficulté à cerner la notion. L'usage d'expressions telles qu' " urgences ressenties " ou " demandes de soins non programmés " immédiatement contesté par tel ou tel partenaire illustre le caractère flou de la notion sur laquelle on tente de réfléchir.
I) ETAT DES LIEUX
Parmi l'ensemble des passages en 1998, moins d'un tiers (29,32 % soit 3,4 millions de passage) a donné lieu à hospitalisation avec des variations significatives selon les régions. Des études ponctuelles montrent que près de la moitié des recours aux urgences sont dus à des problèmes de traumatologie (contre 6 à 8 % à des problèmes cardio-vasculaires).
En regard, les actes " demandés en urgence " aux médecins libéraux sont au nombre de 41 millions par an. La réponse donnée permet toutefois de relativiser la notion d'urgence : 15 millions sont traités sans attente, plus de 13 millions sont effectués rapidement mais en temps différé, 12 millions environ sont reprogrammés. Ces chiffres comprennent les actes réellement effectués et non les conseils par téléphone.
Au total, ce sont donc 53 millions d'actes qui sont demandés en urgence et 41 millions sont réalisés sans programmation. Le problème de fond est donc de bien coordonner l'offre de soins qui répondra à cette demande de façon à éviter des inadéquations dangereuses ou coûteuses.
II) COORDONNER L'OFFRE DE SOINS
III - L'URGENCE DANS L'HOPITAL
Quelles que soient les modes d'organisations qui peuvent être mis en place pour prendre en charge des patients hors l'hôpital, le groupe estime qu'il serait peu réaliste d'escompter une baisse massive de la fréquentation des services d'urgence. On peut toutefois espérer une évolution freinée par une organisation plus structurée et une sensibilisation accrue du public.
Par ailleurs, on ne saurait exclure que l'évolution à la baisse de la démographie médicale et des prises en charges hospitalières affaiblissent un certain nombre d'UPATOU. A tout le moins, une définition serrée, précise et protocolisée (par le biais des contrats - relais avec les SAU) de leurs missions pourra avoir pour effet de reporter vers les services d'accueil des urgences d'hôpitaux plus importants un certain flux de patients. Même si ce phénomène n'est pas avéré et encore moins mesuré, on ne saurait l'exclure : il faut donc évaluer ces évolutions qui devront être prise en compte dans les SROS.
A ce stade doit être évoqué la question des missions et des moyens. La mission précise des services d'urgences a été une problématique récurrente des travaux du groupe. Or cette définition est par nature très générale : toute personne qui n'a pas pu ou pas voulu avoir recours à un autre acteur et se présente aux urgences doit être accueillie et prise en charge. De ce fait, l'organisation précise et écrite des filières en aval est évidemment déterminante. L'admission directe dans les services de spécialités de patients préalablement diagnostiqués, doit être développée. L'observation des urgences et le recollement des données (sous la forme d'un observatoire régional comme en Midi-Pyrénées ou autre) sont à promouvoir pour définir à bon escient de nouvelles prises en charge ou de nouvelles filières dans le cadre de la planification régionale ou de la stratégie des établissements.
La question des moyens est non moins récurrente. Chacun convient que des avancées importantes ont eu lieu. Il est indispensable de terminer l'effort pour mettre aux normes les structures qui ne le sont pas encore.
Le groupe de travail enfin a considéré comme acquise la reconnaissance de la spécialité de médecine d'urgence à travers la création d'un DESC. Ce point n'a pas seulement pour but de conférer un statut mais d'être une garantie d'organisation. Quand un patient se présente aux urgences, il est pris en charge par un médecin spécialiste qui va décider d'une stratégie de soins, laquelle peut faire appel en tant que de besoin à tel ou tel spécialiste qui devra être disponible soit par présence sur place soit par tout moyen approprié et évalué (astreinte, télémédecine, etc )
La qualité de l'accueil et de la prise en charge, la capacité à gérer le stress et l'agressivité des patients et des familles, la maîtrise de la technicité croissante, la connaissance de la structure complexe des réseaux au centre desquels se situe le service des urgences appellent une politique adaptée et spécifique de formation du personnel médical, paramédical, social et administratif avec une approche systématiquement pluri-professionnelle. Il serait souhaitable que plus qu'ailleurs, le conseil de service ou de département de médecine d'urgence se saisissent de ces questions et qu'il participe activement à l'élaboration de la politique de formation.
Or l'accueil des urgences est l'une des missions importantes de l'institution tout entière. A ce titre, il est indispensable que le projet médical, le projet du service de soins infirmiers et le projet d'établissement intègrent cette dimension à l'échelle du fonctionnement de l'ensemble de l'hôpital. Et le groupe de travail recommande que les ARH soient sensibilisées sur ce point et qu'elles y veillent notamment à travers les contrats d'objectifs et de moyens.
L'informatisation accélérée des services d'urgence
L'informatisation doit mettre en réseau les urgences avec :
§ les autres services hospitaliers
§ les filières et réseaux de soins spécifiques
§ les médecins libéraux qui devront avoir accès, (selon les recommandations de la CNIL), aux dossiers médicaux de leurs malades, notamment de ceux précocement autorisés à sortir (50 % des malades des UHCD),
§ les logiciels choisis pour les services d'Urgences devront exploiter les technologies intranet/extranet, afin que l'accès aux dossiers médicaux des Urgences puissent se faire de tout point de l'établissement mais également hors établissement. Le dossier informatisé doit être intégré dans un réseau de l'urgence sectoriel voire régional entre différents établissements et entre différents secteurs. Des critères de compatibilités techniques, à défaut d'utilisation du même logiciel permettront tous les échanges d'informations nécessaires. L'informatisation des services permettra également de réaliser toutes les évaluations nécessaires au travers d'enquêtes de santé publique démarche-qualité.
Cet objectif permettrait, en corrélation avec le PMSI, d'alimenter en données l'observatoire régional des urgences.IV - L'AVAL DE L'HOPITAL
L'intégration de la fonction d'accueil des urgences dans l'organisation générale de l'hôpital ne doit pas occulter la nécessité d'une organisation de l'aval, soit dans le cadre des filières, soit par l'existence de structures permettant aux établissements, dont le fonctionnement très technique est coûteux, de ne pas obérer ce potentiel avec des malades qui pourraient être pris en charge avec la capacité médicale indispensable dans un cadre plus adapté, plus humain, moins coûteux.
CONCLUSION
L'organisation générale de la permanence des soins, notamment par l'organisation de gardes médicales libérales couvrant l'ensemble du paysage en coordination forte avec l'aide médicale urgente et les services d'accueil des urgences des hôpitaux privés comme publics, est un des grands enjeux de l'avenir immédiat. En effet, l'évolution de la démographie médicale, les contradictions de l'organisation interne de l'hôpital et les signes d'une certaine démobilisation parmi les médecins libéraux, peuvent conduire rapidement à des défauts de couverture du risque médical urgent ou à des gaspillages dans l'utilisation de moyens lourds et coûteux pour des prises en charge qui ne l'exigent pas. C'est pourquoi il paraît indispensable que dans le cadre du département d'abord, de la région dans l'avenir, et grâce à un CoDAMU renouvelé et légitimé, dans le respect du droit des différentes parties à s'organiser ainsi que des missions des pouvoirs publics d'une part, de l'Ordre des Médecins d'autre part, un maillage coordonné de réponse aux besoins sanitaires exprimés dans l'urgence par nos concitoyens soit construit en tenant compte des particularités, de l'histoire, de la sociologie locale.
De la même façon, les hôpitaux doivent s'organiser, en interne mais aussi dans la définition des réseaux, pour répondre efficacement aux besoins : compétence, pluridisciplinarité, disponibilité des hommes et des structures, développement de la fluidité dans la prise en charge en aval. Les recommandations qui sont faites sont pour certaines d'application possible sans coûts supplémentaires et sans délais de mise en uvre. D'autres demandent des aménagements législatifs et réglementaires. D'une manière générale, le rôle des A.R.H. pour l'urgence hospitalière va être déterminant : resserrement des dispositifs dans les SROS de 3e génération, mais surtout prise en compte dans les contrats d'objectifs et de moyens - ou de leur actualisation - de l'absolue nécessité de mettre l'urgence, parmi d'autres missions, au cur du projet d'établissement.
ANNEXE 1 : URGENCES ET GERIATRIE
L'ensemble des données statistiques concorde pour affirmer une augmentation prévisible du nombre de personnes âgées dans les années qui suivent.
- 1982 : 3.5 millions
- 1990 : 4 millions
- 1999 : 4.5 millions de plus de 75 ans
- En 2010 :
· les plus de 60 ans représenteront 22.8 % de population
· les plus de 75 ans, 8.9 %
· les plus de 85 ans, 2.5 %
- En 2050 :
· les plus de 60 ans, représenteront 33.7 % de la population
· les plus de 75 ans, 15.2 %
· les plus de 85 ans, 6.9 %
Ceci est la rançon de l'augmentation de l'espérance de vie : 1 trimestre/an depuis 10 ans avec, comme fait remarquable, l'augmentation du nombre de grands vieillards de plus de 85 ans.
Ces chiffres résultent de plusieurs données bibliographiques dont le rapport de Paulette GUINCHARD-KUNSTLER au Premier ministre, en septembre 1999.
La qualité de l'accueil des malades âgés aux Urgences qui nécessiteraient un bilan et une évaluation gériatrique est insuffisante : seuls 3 % ont un bilan d'autonomie dans le service d'Urgences (Dr Beauvais - CHU de Rennes), or il apparaît que " la prise en charge dans les premières 24 heures conditionne le pronostic vital ou fonctionnel de la personne âgée " (Pr J. Belmin).
Par ailleurs, toujours d'après les mêmes auteurs, il est démontré qu'une " prise en charge rapide et adaptée diminue le taux des entrées en Institution ".
La formation médicale en gérontologie doit être renforcée. Depuis le 4 mars 1997, un enseignement théorique gériatrie-gérontologie est obligatoire en DCEM. Le CSCT (certificat de synthèse clinique) inclut la gériatrie ; il existe d'autre part un DSC de gériatrie et une capacité de gérontologie, aboutissant à la reconnaissance légale d'une compétence en gériatrie-gérontologie.
Le médecin urgentiste reste et doit rester le pivot de l'accueil médical et chirurgical aux Urgences et il doit être en première ligne pour l'accueil des malades de gériatrie comme les autres malades.
L'accueil du malade gériatrique en salle d'urgence prend beaucoup de temps du fait de la multiplicité des problèmes cliniques et sociaux. Ceci doit compter dans l'appréciation de la charge de travail et du nombre de postes de médecins urgentistes nécessaires au niveau des services d'Urgences.
L'importance croissante de la gériatrie aux Urgences doit être prise en compte dans la formation de la CAMU.
Il est évident que dans les centres accueillant une grande proportion de personnes âgées, notamment dans certaines régions du midi de la France et de la région parisienne, l'activité gériatrique est importante.
A coté de ce rôle de prise en charge de première ligne qui doit rester dévolue aux médecins urgentistes, les données de littérature montre l'intérêt d'un bilan gériatrique et gérontologique aux Urgences.
De la même façon qu'est réalisé au niveau des UHCD l'accueil des urgences psychiatriques avec disponibilité d'un des psychiatres de secteur de façon quotidienne et il serait souhaitable que des solutions permettant de bénéficier d'une évaluation gériatrique dès les Urgences soient mises en place.
La longueur de cette évaluation approfondie ne peut prendre place au niveau d'un box d'examen d'urgence et pourra par contre se faire dans de bonnes conditions au niveau des UHCD.
Il est naturellement hors de propos de créer une permanence 24h/24 d'un gériatre aux Urgences, l'accueil initial reposant sur le médecin urgentiste, mais un bilan approfondi gériatrique doit être possible par la disponibilité généralement au niveau des UHCD d'un gériatre dans les 24 heures.
Plusieurs systèmes peuvent être imaginés sans grever les moyens médicaux des Urgences qui doivent être renforcés :
- utilisation de la journée d'intérêt général ou la prime d'activité multi-sites pour des gériatres exerçant soit au sein de l'hôpital soit dans les hôpitaux du secteur,
- au maximum obtention des vacations dans le cadre d'un projet spécifique sectorielSi le médecin urgentiste doit rester le pivot de l'accueil aux Urgences, il convient de prévoir pour la gériatrie comme pour d'autres spécialités (psychiatrie) les modalités d'intervention des consultants qu'il juge nécessaire à l'initialisation précoce d'une prise en charge spécifique.
Trois niveaux d'amélioration peuvent être obtenus :
En pré-hospitalier :
Bien des expériences ont été tentées pour diminuer en amont, par une prise en charge précoce notamment libérale, le flux des malades aux Urgences, avec des succès mitigés.
En gériatrie, la promotion des CLICS et des " CEGAP " mise en point par les gériatres et en collaboration avec les services sociaux peut permettre des évaluations gériatriques et gérontologiques précoces. Ils doivent être expliqués aux médecins libéraux au travers d'EPU, d'informations, d'articles divers. Le médecin traitant est généralement très bien placé pour ressentir les difficultés prochaines de maintien à domicile. L'intervention de ces structures d'évaluation et de conseils permettrait, peut-être, d'éviter bien des hospitalisations aux Urgences par défaut. Il s'agit là évidemment d'un effort à moyen terme.
Au niveau des Urgences :
L'intervention précoce d'un gériatre agissant à la demande du médecin urgentiste comme consultant idéalement au niveau de l'UHCD , par l'intermédiaire d'une antenne mobile, doit permettre, nous l'avons vu ci-dessus, une évaluation complète et précoce.
L'évaluation précoce gériatrique doit s'accompagner de l'inscription rapide du patient dans une filière de prise en charge gérontologique qui peut permettre :
. le retour à domicile dans des structures aménagées, au moyen notamment d'un réseau d'hospitalisation à domicile,
. l'admission précoce au moyen séjour.
Mais également et surtout,
En aval :
. l'admission dans un service de gériatrie de court séjour,
Diverses situations peuvent être ainsi évoquées :
- des patients qui relèvent d'une intervention spécialisée médicale ou chirurgicale urgente,
-
- des patients qui pourront a priori être soignés dans un service de médecine avec un bon espoir de retour à domicile ou en HAD, compte tenu d'une mono ou paucipathologie,
-
- des patients en situation fragile, polypathologiques ou très âgés, sans nécessité de prise en charge dans un service spécialisé, qui devront relever d'un court séjour gériatrique, plutôt que parfois errer de service de spécialités en service de spécialités, voire de s'égarer dans les services de chirurgie sous le seul prétexte de lits vacants : dans ces conditions, les responsables médicaux des services qui les accueillent ont rarement une compétence en gériatrie pas plus que le personnel paramédical.Diverses études randomisées nord américaines montrent que le défaut de prise en charge précoce aboutit à des durées d'hospitalisation plus longues, des retours à domicile plus faibles, voire des chances de survie plus faibles.
La collégiale des internistes a préconisé dans un document de réflexions de 1998 sur l'avenir de la médecine interne à l'APHP la création d'unité de court séjour gériatrique.
Actuellement, seuls l'hôpital Bichat et l'HEGP ont suivi cette recommandation. Il existe par ailleurs un service de gériatrie de court séjour au Centre Hospitalier de Beauvais, récemment ouverte.
Ces unités de court séjour gériatrie doivent s'inscrire dans une activité en réseau ou en Fédération entre plusieurs Hôpitaux dans un projet de secteur incluant une structure d'HAD afin d'obtenir des partenariats de proximité entre les SAU et les hôpitaux gériatriques.
La réflexion actuelle situe la taille de ces unités autour de 20 lits avec des DMS de l'ordre de 8 à 10 jours avec une activité majoritairement réservée à l'aval des malades se présentant aux Urgences (60 à 90 %).Ces paramètres devront être contractuels. Une réflexion du nombre de lits par rapport aux entrées gériatriques est en cours, mais globalement une unité par secteur sanitaire de 200 à 400 000 habitants semble raisonnable.
Il est évident que des réflexions s'imposent au niveau de la carte sanitaire. Cette réflexion doit intégrer des paramètres variables selon la région en fonction des indices.
De ce fait, bien souvent les malades âgés, polypathologiques, ne relevant pas d'une prise en charge médicale ou chirurgicale aiguë, aboutissent de façon quotidienne dans des services( le plus souvent chirurgicaux) dont les taux de remplissage sont bas. Le redéploiement des capacités proposées n'aboutirait finalement qu'à valider une répartition qui est le lot quotidien du défaut de place en médecine. La requalification de ces lits en " court séjour gériatrique " y ajoutera la qualité de prise en charge médico-sociale, sous réserve de personnels appropriés.
CONCLUSION
Le rôle de l'urgentiste reste pivot au niveau des centres hospitaliers et le principe de sa polyvalence ne doit pas être mis en cause. Il doit pouvoir tant pour la psychiatrie que pour la gériatrie assurer l'accueil en urgence de ces malades et doit avoir pour ce faire des conditions de travail améliorées.
Il doit également rester le responsable de l'organisation et de la coordination d'un service d'Urgence, qui ne doit pas être balkanisé en micro-unités spécialisées.
Pour autant le recours à des consultations spécialisées, notamment celles de psychiatrie et de gériatrie, qui sont particulièrement chronophages, doivent être accessibles dans un soucis d'amélioration de la qualité des soins, de raccourcissement de durée d'hospitalisation, voire d'après les statistiques nord américaines, de diminution de décès, dès le service des Urgences préférentiellement au niveau des UHCD, ou le temps disponible est plus long qu'en box d'accueil.
La disponibilité de lits d'aval, sous forme d'unités de court séjour gériatrique, est signalée comme indispensable tant dans le monde de la médecine interne que dans le monde de la gériatrie. Ces capacités imposent une révision de la carte sanitaire essentiellement par redéploiement.
L'ensemble de ces dispositions doit pouvoir améliorer la qualité des soins et de la prise en charge de nos anciens. Ils méritent tout autant d'égard et de visibilité quant à leur devenir au service des urgences que les autres malades. Ils ne méritent plus l'improvisation et l'inadaptation qui prévalent actuellement.
rapport présenté par M. le Dr Gérard Meyer
Chef du service des Urgences
du Centre Hospitalier de Creil.
(rapport validé par le groupe de travail le 6 septembre 2001)
ANNEXE 2 : RECOMMANDATIONS SUR L'ACCUEIL DES PERSONNES DEMUNIES A L'HOPITAL
Dans le domaine de la santé, l'objectif de la loi contre les exclusions et de différents dispositifs est de faire en sorte que les personnes démunies puissent être accueillies, accompagnées et prises en charge dans le système de santé quel que soit leur âge, leur sexe, leur pathologie, leur statut social et leurs difficultés.
Les services d'Accueil Urgences sont des maillons essentiels dans cette prise en charge.1 - De qui parle-t-on ?
C'est le préalable indispensable afin de pouvoir :
- mettre en place les dispositifs réellement adaptés,
- partager les différentes expériences,
- évaluer la pertinence du dispositif.Au vu des expériences déjà pratiquées, on peut proposer les " définitions " suivantes : au-delà de ceux que l'on a l'habitude de dénommer " grands démunis " (ou de manière plus familière : clochard, S.D.F., grands marginaux ), il s'agit de toute personne arrivant aux urgences et présentant :
- un problème de santé d'intensité variable,
- et/ou une absence de domicile stable,
- et/ou un défaut de couverture sociale,
- et/ou une difficulté d'accès ou de recours aux soins.Sous ce dernier critère, il s'agit d'évaluer la capacité de la personne à recourir avec facilité ou non au système de santé. En effet, les trois premiers critères ne sont pas suffisants pour déterminer celle-ci. Au delà de ces problèmes assez facilement repérables, il s'agit d'identifier les freins pesant sur toute démarche de santé :
- culturels (mode de vie, pays d'origine ),
- administratifs (formalités qui rebutent ),,
- financiers ( surendettement ),
- psychologiques (non investissement dans le domaine de la santé),
- difficultés d'accès géographique (monde rural en particulier ou quartiers excentrés ),
- absence de référent santé (médecin traitant, spécialiste )
2 - Les enjeux ou objectifsIl s'agit de permettre l'accès aux soins, et de manière plus large l'accès à la santé, tout en favorisant la résolution des autres problèmes.
Un constat préalable : la mise en place de la CMU et de dispositifs spécifiques tels que les PASS et PRAPS ont sensiblement modifié la situation des personnes en difficulté. Il n'en demeure pas moins que de réelles questions persistent. Il s'agit d'adapter le dispositif hospitalier à cette évolution.
L'enjeu est d'offrir un accueil et un suivi " à la carte ", pluridisciplinaire, préparé en amont de l'hôpital avec les partenaires habituels de la PASS. Cela nécessite souplesse, adaptation et un partenariat très fort.Quelques mots clés : pas de filière spécifique, pas de médecine pour les pauvres mais offrir au plus près de la population un accueil et un suivi adaptés.
3 - RecommandationsLes textes réglementaires existent, les financements aussi. Il est proposé des recommandations de quatre types :
A - en terme de services offertsla personne accueillie dans le cadre de la PASS doit pouvoir bénéficier :
- d'un accueil médical permettant la prise en charge de l'accident de santé, si besoin, d'un bilan complet ou d'un suivi des pathologies chroniques, avec le cas échéant délivrance gratuite de médicaments,
- d'un accueil social proposant un bilan sur les conditions de vie (hébergement, nourriture ),
- d'un accueil psychologique en cas de besoin,
- d'un accueil administratif pour la régularisation des droits (CMU, RMI, AME, état civil )et dans tous les cas une proposition d'accompagnement, d'orientation et de suivi. Les problèmes linguistiques et culturels doivent être pris en compte, en particulier le recours à des interprètes doit être possible dans un deuxième temps avec l'aide des associations.
Ces différents accueils doivent être proposés selon une chronologie variable relative à l'état de santé de la personne et à sa volonté. Ainsi une personne peut rencontrer plusieurs fois l'assistante sociale ou l'accompagnateur avant d'accepter une consultation médicale.
Cet accueil personnalisé invite à la souplesse, à l'adaptation constante de ce que l'on doit offrir à une personne en difficulté.
B. en terme de moyens
L'hôpital doit afficher sa volonté d'affirmer son " rôle social ". Cela passe par une mobilisation de l'établissement (direction, CA, CME ) et non pas de quelques personnes isolées.
Ce dispositif nécessite des compétences professionnelles clairement identifiées : médicales, administratives, paramédicales et sociales. Ces compétences doivent être mises à disposition de la PASS de manière organisée et planifiée.
De nouveaux métiers, tels que les accompagnateurs sociaux (ou " agents de santé "), lien entre l'hôpital et la cité peuvent enrichir le dispositif, particulièrement l'accompagnement physique des personnes les plus en difficulté. En effet, il n'est pas rare que de simples problèmes de transport nuisent à l'efficacité de l'ensemble.
§ Mise en place de formation et sensibilisation
La mobilisation de l'ensemble des acteurs peut être grandement renforcée par des formations communes, telles qu'elles peuvent être financées actuellement dans le cadre des PRAPS ou les Contrats ville. Deux atouts :
- sensibiliser les uns et les autres à la problématique des personnes démunies,
- leur apprendre à travailler ensemble.§ Locaux
En aucun cas, une filière spécifique ne doit être créée. Cependant l'organisation, près du service des urgences d'un aménagement propre à améliorer la disponibilité, la confidentialité est recommandée.
§ Mise en place de protocoles d'accueil et de suivi
Ces protocoles, dont l'objectif est de maintenir l'efficacité du dispositif, la confidentialité et le respect de la personne doivent être mis en place avec les acteurs internes et externes de l'hôpital.
§ Adaptation au monde rural et aux quartiers excentrés
Il est nécessaire de trouver avec les différents acteurs des réponses adaptées aux contextes géographique, social et d'offre de soins. Aussi, le concept de PASS devra pouvoir être décliné dans les quartiers les plus défavorisés, éloignés de tout établissement de soins, et en accord avec les associations.
C. En terme de méthode
Trois principes de base doivent être respectés :1 - Rien ne peut se faire sans la mobilisation de quatre types d'acteurs :
- le personnel hospitalier (administratif, soignant et social )
- les associations uvrant dans le champ de la santé, de l'insertion et de la solidarité (CHRS, associations caritatives ), et les médecins libéraux,
- les organismes locaux (CPAM, CCAS )
- et les personnes démunies elles-mêmes.2 - L'implication effective des services de la DDASS, l'ARH, de la préfecture et celle des élus. Cette mobilisation est absolument essentielle pour que dans la durée, le dispositif et les engagements des uns et des autres perdurent.
Dans ces institutions, des "personnes ressources " doivent pouvoir accompagner la mise en place et l'évolution des PASS et veiller à une harmonie territoriale.3 - la réunion, au sein d'un comité de pilotage de l'ensemble de ces partenaires : seule, en effet, une confrontation directe des perceptions des uns et des autres permet l'adaptation du dispositif aux besoins réels. Chaque partenaire a une vue particulière sur sa propre mission et sur la réponse à apporter
D - en terme d'évaluation
Au-delà d'une évaluation quantitative, qui ne peut être mise en uvre qu'à partir d'une population cible clairement définie (voir plus haut), il s'agit principalement de définir des critères qualitatifs.
En effet, l'objectif est bien de faire en sorte que chaque personne démunie puisse effectivement être " accueillie ", " bénéficier " de réponses spécifiques à ses besoins (médicaux, logement, nourriture, droits sociaux ) et être " accompagnée ".
Les personnes les mieux placées pour pouvoir évaluer les résultats d'un passage dans le dispositif PASS sont les acteurs extérieurs à l'hôpital, qui sont en contacts réguliers avec les personnes démunies.
C'est en quelque sorte le regard des associations et des autres professionnels de santé qui, historiquement a fait évoluer l'hôpital dans sa capacité à mieux accueillir les personnes démunies. De la même façon, ce sont elles qui valideront les capacités actuelles de l'hôpital à remplir son nouveau " rôle social ".
ConclusionL'objectif général est de faire évoluer le dispositif de soins hospitalier afin d'accueillir et de permettre l'accès aux soins de santé aux personnes démunies en inventant des solutions tenant compte des contraintes locales. Il ne doit pas y avoir de modèle unique. Seul l'objectif et les considérations éthiques doivent être partagés.
Rapport rédigé par P. Keusch
Responsable du Service Social
Centre Hospitalier Beauvais
(validé par le groupe de travail le 6 septembre 2001)
ANNEXE 3 : L'URGENCE PSYCHIATRIQUE
La question de l'urgence psychiatrique ne peut être traitée isolément, il faut la replacer dans le contexte de l'urgence en général.
On constate une augmentation très importante de la demande, soit 5 % par an d'augmentation des passages aux urgences hospitalières : 60 % en 10 ans.
Ceci n'est pas sans conséquence et entraîne nécessairement une modification de la structure des hôpitaux généraux qui deviennent un dispositif de 1ère ligne (de premier recours), face à ce flux de personnes s'adressant à lui en première intention, les modifications se traduisent dans la législation et les règlements, voir les décrets du 9 mai 95 et du 30 mai 97 définissant le plateau technique minimum des services d'urgence, et notamment en ce qui concerne la présence psychiatrique, ce qui a eu pour effet de placer l'hôpital général en demandeur de coopération avec les psychiatres.
Rapport rédigé par Jean-Raoul CHAIX
Chef de service
Centre Hospitalier Spécialisé de Bourges
(validé par le groupe le 6 septembre 2001)
ANNEXE 4 : PROPOSITIONS POUR LES URGENCES PEDIATRIQUES
L'accroissement des urgences de l'enfant est plus important que celui des urgences de l'adulte. La collaboration est indispensable entre les différents professionnels concernés : pédiatres, urgentistes polyvalents, chirurgiens, anesthésistes, médecins généralistes mais aussi parents. Le degré d'individualisation des urgences pédiatriques doit tenir compte du découpage actuel des urgences en POSU, UPATOU, SAU, et des circuits d'urgences pédiatriques déjà existants. Le maintien de relations fonctionnelles étroites entre urgences préhospitalières pédiatriques, accueil des urgences pédiatriques, unité d'hospitalisation pédiatrique " porte " et/ou d'hospitalisation de jour, services d'hospitalisation pédiatriques et consultations est une nécessité absolue. Les urgences sont un lieu d'accueil d'évaluation ,parfois de traitement et d'orientation. Le regroupement des urgences médicales chirurgicales et psycho-sociales de l'enfant est souhaitable. L'accueil des adolescents doit faire l'objet d'une analyse particulière et de procédures de protocoles définis ensemble par les urgences adultes et enfants, somatiques et psychiatriques, dans chaque établissement. Les urgences de l'enfant doivent faire l'objet d'une analyse particulière dans les SROS de troisième génération.
Ils doivent être dédiés et adaptés à l'accueil des enfants et de leurs familles. Leur organisation doit faire l'objet d'une réflexion commune entre pédiatres et urgentistes, en tenant compte du contexte géographique et historique de chaque établissement.
Les urgences de pédiatrie doivent faire l'objet d'affectation de personnel dédié. La participation de l'ensemble des équipes de pédiatrie aux urgences doit être encouragée, en accord avec le service d'urgences polyvalent. Les urgences de pédiatrie peuvent faire l'objet de la création d'une unité fonctionnelle si cela est nécessaire à l'optimisation des moyens.
Il doit permettre la prise en charge depuis l'âge du nourrisson jusqu'à l'adolescence comprise des détresses vitales, des pathologies médicales et chirurgicales, des problèmes psycho-sociaux et psychiatriques. Des protocoles de traitement spécifiques de l'enfant, actualisés, validés et signés devront être disponibles et facilement accessibles. La prise en charge de la douleur et de l'accueil de l'enfant et de ses parents, fera l'objet de protocoles particuliers.
2 - Mise à disposition de personnel paramédical auprès des enfants (personnel du SAU et/ou personnel du service de pédiatrie) par collaboration entre les deux services, en fonction du contexte local.
3 - Personnel médical dédié :
- soit pédiatres.
- soit généralistes
- soit urgentistes4 - Organisation :
- En cas de nombre de passages d'enfants faible (< 6000 par an) : si l'équipe du service de pédiatrie ne peut organiser l'accueil des enfants, leur prise en charge pourra être assurée par le SAU. Le service de pédiatrie doit nommer un pédiatre référent (tableau de service) pour pouvoir répondre à toute demande urgente émanant des médecins du SAU, de jour comme de nuit.- En cas de nombre important de passages par an ( de l'ordre de plus de 6000 passages d'enfants par an) : création éventuelle d'UF d'accueil pédiatrique avec nomination d'un pédiatre responsable de l'UF. La responsabilité médicale de l'UF doit être assurée par ce pédiatre. Ce pédiatre doit rendre compte aux chefs des services de pédiatrie et des urgences et obtenir avec eux les moyens nécessaires. Pour que l'organisation s'intègre harmonieusement avec celle définie par le Chef du Service de SAU, une collaboration entre les deux services est indispensable : l'organisation en fédération ou département doit être encouragée. Dans tous les cas l'UF d'accueil pédiatrique doit rester en liaison avec le service de pédiatrie (participation de l'ensemble des pédiatres au service de garde) mais doit s'intégrer dans l'organisation globale du SAU.