Dahina Le Guennan

Il n’aurait pas dû être là.....

Dahina Le Guennan a croisé le chemin de Fourniret. Elle a osé le dénoncer. Et pourtant....
dimanche 16 octobre 2005.
 
Elle ne s’apitoie pas sur son sort. Dahina Le Guennan constate que la manipulation est le point fort de certains individus. Même la Justice se fait manipuler. C’est un constat glacial qu’elle nous livre. Pour nous faire prendre conscience.
à lire également : l’article sur le livre de Dahina ainsi qu’une interview publiée dans Libération

-  1966 Luce 10 ans Attouchements 8 mois avec sursis

-  1973 Arrêté pour des faits similaires sursis

-  1973 - 1984 17 faits avoués, sous forme de tableau « Excel », attentats à la pudeur avec violences, tentatives de viol, menaces avec armes (pistolet, fiole de vitriol), suis « désignée » par Fourniret comme son « cas le plus grave ». Conclusion des experts psychiatres : « la réitération des faits implique la notion de dangerosité de Mr Fourniret..., Il lui appartiendra de solliciter une aide psychologique ».

-  03/84 - 26/06/1987 Détention préventive

-  26/06/ 1987 Cour d’Assises d’Evry : huit victimes présentes, mon agression requalifiée par les jurés, aidés dans cette voie par le Juge et par Fourniret lui même avec son attitude, en « attentat à la pudeur avec violences ». (NDLR : lire le récit des faits par Dahina)

Sanction : 7 ans de prison ferme dont 2 avec sursis, 3 ans de mise à l’épreuve. Circonstances atténuantes !!!

-  26/10/1987 A effectué les 3 ans et 6 mois constituant le maximum en préventive. Remise de peine pour bonne conduite. Sort, lavé, ayant payé comme me l’a dit Monsieur Charpenel « sa dette envers la société »et libre d’aller et venir à sa guise.

Libre de commencer à faire payer les autres

-  11/12/1987- 26/06/2003 ISABELLE, FABIENNE, JEANNE-MARIE, ELISABETH, NATACHA, CELINE, MANANYA...combien d’autres... ? celles qu’il n’a pas tué, JOËLLE, MARIE-ASCENSION, et les autres qu’il a approché... combien qui n’ont pas osé porter plainte ? celle dont on parle peu, FARIDA...

-  1987 / 2003 Est arrêté à plusieurs reprises, emprisonné à Verdun en 1991, puis soupçonné à nouveau, il y a des plaintes, il est identifié mais laissé tranquille ? Que s’est-il passé ?


-  26/06/2003 Merci Marie-Ascension, au nom de toutes les familles qui attendait une réponse depuis toutes ces années...

40 années d’agressions sexuelles, NON, IL N’AURAIT PAS DU ETRE LA.

Dahina Le Guennan.


NDLR : Dahina Le Guennnan est vice-présidente de l’association Victimes en série, créée en septembre 2004 à l’assemblée Nationale. Sa volonté de voir changer les choses est son principal objectif. Pour que cela ne se reproduise plus....

Alors qu’il se trouve emprisonné en 1984, Fourniret ose écrire à ses victimes pour tenter une ultime manipulation. Voici le contenu de cette lettre :

« Obtenir votre Pardon »
Lettre envoyée par Michel Fourniret à ses victimes le 14 septembre 1984 :
« Mademoiselle, Mon initiative insensée a causé votre angoisse et votre humiliation. Que dire de cette attitude irraisonnée qui a provoqué votre immense désarroi, et paralysé votre confiance en l’avenir ? Je n’avais pas conscience de la gravité de cette entreprise et, déconcerté par ma propre audace, réalisais trop tard la folie de mes intentions, constatant que, terrifiée, vous ne pouviez deviner ni mon pacifisme, ni le caractère inoffensif de mon intimidation. Le peu de dignité subsistant dans l’ignominieux quadragénaire dont j’ai l’aspect, empêche de me confier, mais Vous, dont j’ai blessé la sensibilité, tentez, je vous en prie, d’imaginer la désespérance qui a pu me conduire. Vous avez pu croire à un abject et méprisable motif, là où mon attitude incarnait une impossible recherche d’absolu aboutissant à ma révolte. (...) Qu’il me soit permis de revenir sur terre, de réhabiliter l’honneur de mes proches. Avec le temps, recouvrer ma dignité humaine et obtenir votre Pardon. Veuillez croire, Mademoiselle, à mon très grand respect. »

Autoportrait d’un manipulateur (Patricia Tourancheau, Libération, 19/10/2004) :

Aujourd’hui suspecté de dix meurtres, Michel Fourniret avait déjà été arrêté en 1984 pour agressions sexuelles à répétition. Faiblement condamné, il avait pourtant fourni au juge d’instruction des documents qui trahissent son état de pervers maniaque. Il y a vingt ans, Michel Fourniret, qui n’était pas encore un tueur en série mais un agresseur sexuel à répétition, a déjà roulé la justice pour amoindrir sa peine et accélérer sa libération. Ses lettres adressées en 1984 au magistrat, à ses victimes, et même à Dieu, témoignent de ses redoutables talents de manipulateur. Libération a retrouvé dans le dossier d’instruction de l’époque ces courriers et surtout, un document de sept pages rédigé par lui, avec deux tableaux où ses actes sont répertoriés comme s’il s’agissait d’un simple bilan comptable. Alors que, comme l’ont souligné les psychiatres, c’est l’oeuvre « d’une personnalité close, avec idée obsédante quasi délirante » centrée sur la quête de la virginité. En préambule de ce « rapport » organisé en sept chapitres et en guise d’introduction à une autobiographie tendancieuse, Michel Fourniret, emprisonné à Fleury-Mérogis depuis dix jours, écrit au juge d’instruction d’Evry, le 5 avril 1984 : « N’étant pas un professionnel de l’expression orale, seule la voie épistolaire me permet d’être moi-même. » A l’heure où Fourniret est suspecté de dix meurtres souvent précédés de viols, trois tentatives d’enlèvement, un attentat à la pudeur, vols d’armes et d’argent commis en France et en Belgique entre 1987 et 2003, cette pièce à conviction vient d’être versée au nouveau dossier d’instruction ouvert à Charleville-Mézière, dans les Ardennes (1).

« Synoptique des délits ou synthèse »

En 1984, l’ancien ouvrier métallurgiste a alors 42 ans. Il a monté un bureau d’études dans les Yvelines, habite une propriété à Clairefontaine avec sa deuxième épouse et ses trois enfants. Interpellé le 23 mars 1984 dans l’Essonne en flagrant délit de violences sur la compagne d’un policier, Michel Fourniret révèle aux enquêteurs quinze agressions précédentes depuis 1977. Adepte de l’adage « faute avouée, à moitié pardonnée », il livre au magistrat un « synoptique des délits ou synthèse » sous forme de tableaux tracés au cordeau. D’une écriture appliquée, Fourniret remplit ses colonnes de renseignements sur chacune de ses victimes, date, lieu, personne, domicile, âge, piéton, véhicules, « arguments » (pistolet, fiole, liens), « circonstances » et « observations ». Il commente chaque cas sans se présenter comme l’agresseur qu’il est. Prétend qu’il n’emploie « aucune contrainte ». Il serait inoffensif, voire réconfortant. Comme avec cette écolière de 13 ans à propos de laquelle il note : « Emotion de cette enfant lorsque j’eus embrassé son visage. La pris aux épaules. Me dit : "Me faites peur." Je la reconduis à son domicile. » Pour le viol à Epernon en 1982 de Dahina, une adolescente vierge de 14 ans, Fourniret coche les cases « fiole » et « lien » puisqu’il a utilisé ? selon un mode opératoire rodé ? une bouteille soi-disant remplie de vitriol pour la menacer, puis l’a attachée en rase campagne avant d’abuser d’elle. Circonstances indiquées : « Interpellation, prise d’otage. » Pour lui, c’est le « CAS LE PLUS GRAVE » auquel il consacre des majuscules mais pas un mot sur le viol. Observations : « M’apprend sa non-virginité. Mon intention de possession ne peut s’accomplir. » Elle a pourtant été réalisée.

« Chapitre V. La justice devant ce cas »

Au fil de sa synthèse de style policier rédigée sur un mode indulgent, le pervers maniaque essaie de faire croire qu’il s’agit de bavardages de salon avec ces jeunes filles : « Entretien courtois et libre. Est vierge », note-t-il au sujet d’une Marocaine de 19 ans qu’il a kidnappée et menacée pour essayer d’obtenir des relations sexuelles. Ou encore à propos d’un attentat à la pudeur en 1983 sur une lycéenne de 16 ans : « M’apprend sa virginité. Dénudée par elle-même. Délit visuel. Lui pose question morphologie virginité. La dépose au point de départ. Est courroucée. » Pour la suivante, qui n’a jamais été déflorée et qu’il a obligée à se dénuder, l’inculpé de « violences » sur l’auto-stoppeuse de 17 ans minore à nouveau ses actes : « Grand désarroi. Je la calme doucement. Nous reprenons la route en conversant longuement. Je la dépose métro Porte-Maillot. Dès ce moment, je sens que quelque chose s’est passé et que je peux vivre comme tout être normal et paisible. » En réalité, il recommence trois fois à attirer des jeunes filles dans les rues, sur les routes ou les parkings, en déployant des stratagèmes et en usant de pressions psychologiques pour les contraindre. En bas de page, Fourniret se targue d’avoir sciemment glissé de faux éléments aux gendarmes : « J’ai parlé de Christine, 26 ans. Ce personnage n’existe que par une affabulation de ma part. Je tenais ainsi à prouver, et après avoir réfléchi, que je n’étais absolument pas capable d’agir avec brutalité. »
Dans son chapitre III, intitulé Motivations délictuelles, Fourniret dresse son portrait. « Type humain : nerveux, cérébral, penseur. Spoliation, enfant, de l’affectif maternel (ses parents se sont séparés le jour de ses 12 ans à Sedan). » « Idéal d’existence placé dans la fiancée et l’épouse, sa blancheur. » Son « écroulement des illusions » remonterait à 1963, à la découverte de la non-virginité de sa première femme. « La réalisation de cet idéal sublimant étant imparfaite a pu engendrer la fixation et la cristallisation du mental sur le sujet de la virginité. » Le pervers se construit ainsi un mobile hors du commun. Sa « revendication de savoir » ne peut « se satisfaire » à ses yeux « qu’en faisant du mal » à des jeunes filles. Il imagine alors son « scénario d’intimidation basé sur un pistolet et un flacon de vitriol » comme armes et « un air traqué » ou inquiet pour aborder ses proies. Il se compose un masque d’homme aux abois poursuivi par la police ou de conducteur égaré qui cherche une adresse, pour endormir leur méfiance. Il tente d’embobiner le magistrat quant à la réitération de ses infractions sexuelles, lui qui bannit le mot sexe de son vocabulaire : « Je pense que si l’un des délits avait été mené au terme final, l’acte, il n’aurait pas été suivi par d’autres tentatives. » Fourniret a pourtant déjà violé une adolescente vierge et donc abouti, ce qui ne l’a pas empêché de continuer.
Sa Détermination du seuil d’action (chapitre IV) tiendrait à la fois à la « gradation favorisée par l’impunité » et à la « rançon de [sa] profession » de travailleur solitaire : « le confinement cénobitique = on devient dangereux à vivre en ermite ». L’agresseur en série se permet aussi de se mettre à la place de la justice : Chapitre V. La justice devant ce cas. Il détaille le rôle de l’institution, « protéger notre société », « prévenir les rechutes », « sanctionner les fautes » et « comprendre ». Parlant de lui à la troisième personne, il demande : « S’agit-il d’un homme dit normal soumis à des pulsions physiologiques ? D’un être harcelé par une obsession ? D’autre chose ? Ne peut-il s’agir de mon cas. » Michel Fourniret se situe délibérément à part, au-dessus du lot. Il évoque à plusieurs reprises l’injustice qui consiste à pénaliser, non seulement le coupable, mais aussi sa famille : « Je parle ici de l’éclatement du foyer. Pensez-vous déjà que cela soit mérité ? » interroge le calculateur. Ce qui lui permet de déboucher sur sa Prise de conscience (chapitre VI), manière d’induire son prétendu caractère inoffensif. « Vocation de non-violence », ainsi se dépeint-il comme un « homme éprouvant à 99 % le besoin de s’élever » mais « dominé par le pour cent restant, glissant dans les ténèbres ». Ayant « médité » depuis son incarcération, Fourniret ne se « méprise » pas franchement mais « c’est vrai, je ne suis pas fier ». Il a bien sûr une excuse : la pseudo-majesté de sa quête. « Je sais aussi combien ma fidélité à un Idéal a pu me rendre malheureux. » Plus trivial, son ultime paragraphe titré Les retombées de l’inconscience énumère les conséquences de son incarcération sur son entreprise et sa famille, visant à culpabiliser le magistrat et à retrouver la liberté au plus vite. « Ma femme est sans emploi », « les commandes en cours permettraient de combler le découvert bancaire », « ma voiture est mise en vente, ainsi que deux de mes machines », « j’ai perdu mon meilleur client », etc. Il renvoie la balle dans le camp du juge : « J’attends encore quelques jours une indication de votre part (sur sa sortie, ndlr) » avant de louer l’atelier, vendre les biens. Le voilà père absent qui va rater la communion d’un fils le 15 avril et « un rendez-vous de première importance le 10 ». Fourniret ne doute de rien. Mais la magistrate le maintient en prison.

Stratégie de contrition payante

L’inculpé persiste, adresse le 14 septembre 1984 à ses victimes une lettre d’excuse dans laquelle il s’érige en... victime (lire ci-dessus). Le 19 septembre 1984, il livre à nouveau un courrier d’introspection qui s’appelle Réflexions sur sa « position par rapport à Dieu ». Il se place sur le même plan que le « Tout-Puissant » : « Entendons bien Christ : je vénère à travers toi la qualité des sentiments humains, la bonté, la sensibilité. » L’agresseur théologien confesse son « égocentrisme » et son « narcissisme » passés et n’hésite pas à ramener Dieu dans son camp : « A présent tu seras mon complice, même pour admettre que quelque part sont détenues les clés du mystère. » La juge Annicchiarico d’Evry a résisté, pas dupe, refusant de libérer Fourniret sur le champ. Mais sa stratégie élaborée et sa contrition de façade ont fini par payer. Ainsi, le 26 juin 1987, la cour d’assises de l’Essonne et les jurés populaires tombent dans le panneau. Dans le box, Michel Fourniret bat sa coulpe, baisse la tête, demande pardon face à ses victimes. Et ces agressions qu’il a révélées aux gendarmes, il les minore encore avec le même sang-froid que dans son « rapport ». Il y parvient tellement bien que le viol de Dahina est requalifié en « attentat à la pudeur avec violence » et sur l’ensemble des faits qui lui sont reprochés, il obtient des circonstances atténuantes. Le faux repenti n’est condamné qu’à sept ans de prison pour sept violences et voies de fait sur des jeunes filles. La justice l’a libéré à mi-peine pour bonne conduite, en octobre 1987. Deux mois plus tard, le 11 décembre, Michel Fourniret enlève et tue Isabelle Laville, 17 ans, dans l’Yonne, à deux pas de son domicile à Saint-Cyr-les-Colons. L’agresseur sexuel n’était pourtant pas parti sans laisser d’adresse au juge d’application des peines. Nul ne l’a pisté.


-  lire le récit de Dahina Le Guennan
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